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Élevage : les conséquences d’une réduction de la densité dans l’UE

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Si l’UE réduisait sa densité d’animaux d’élevage et les répartissait de manière plus homogène sur son territoire, la production animale mais aussi végétale serait assez fortement revue à la baisse avec pour conséquence une hausse des prix, montre une analyse de la Commission européenne. Mais l’impact environnemental de l’agriculture européenne reculerait, lui aussi, fortement.

Rééquilibrer la répartition du cheptel européen dans le territoire de l’UE afin de favoriser une consommation locale de viande et rapprocher les cultures végétales (qui ont besoin d’engrais organiques) des productions animales (consommatrices de fourrages). L’idée est défendue par certains. Dans son rapport annuel sur les perspectives agricoles de l’UE, la Commission européenne a étudié, via un exercice théorique, les conséquences d’une telle décision pour l’agriculture européenne. Une série de scénarios a été envisagée, simulant des seuils de densité de bétail de 2 et 1,4 unité par ha dans tous les pays de l’UE en 2030 ce qui aboutirait à une diminution du nombre de têtes de bétail dans l’UE de 3 à 16 % selon les scénarios. De plus, les effets d’un additif alimentaire pour la réduction des émissions de méthane ont également été inclus dans l’étude. Dans tous les scénarios, la surface agricole totale devrait augmenter (de 2 % au maximum, soit 3,7 millions d’ha), principalement en raison d’une augmentation des prairies permanentes et des jachères, afin de ne pas dépasser les seuils de densité de bétail. L’évolution vers une production animale plus extensive s’accompagnerait d’une production végétale également plus extensive, avec des rendements plus faibles et une utilisation moindre des engrais dans l’ensemble.

Les viandes porcine, bovine et ovine les plus touchées

La réduction du cheptel se traduit par une diminution de la production de tous les produits animaux, avec une baisse plus marquée dans les secteurs à faibles marges économiques (viande porcine, viande bovine, viande ovine et caprine), une baisse moindre dans les produits laitiers et une réduction intermédiaire dans la volaille. Dans l’ensemble, la production végétale devrait également diminuer pour de nombreuses cultures en raison de la baisse de la demande d’aliments pour le bétail.

Côté environnement, les résultats semblent positifs : une baisse significative des émissions de gaz à effet de serre de l’UE (bien qu’en partie compensée par un effet de fuite de carbone vers d’autres parties du monde). La réduction de la densité du bétail dans les zones sensibles devrait également faire baisser les émissions moyennes d’ammoniac de l’UE jusqu’à 11 % et la pollution moyenne par les nitrates par hectare jusqu’à 12 %. Ces réductions seraient beaucoup plus importantes dans les régions actuelles d’élevage intensif où elles atteindraient jusqu’à 50 voire 60 % dans certaines d’entre elles.

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Hausse des prix, baisse des exportations

Par contre, du côté économique, les conséquences sont plus contrastées. Ils aboutissent à une augmentation générale des prix des produits animaux – en raison d’une offre plus faible – avec les hausses les plus fortes pour la viande de porc, les œufs et la viande bovine. La forte augmentation des prix de la viande bovine est principalement due aux restrictions à l’importation, les contingents tarifaires actuels limitant le volume des importations. En revanche, les prix à la production des cultures, en particulier des cultures fourragères (-15 % pour les légumineuses, -9 % pour le seigle et le méteil, -8 % pour l’avoine), diminueront en raison de la baisse de la demande d’aliments pour animaux. Les prix des autres cultures resteraient, eux, stables, voire augmenteraient (pommes de terre, légumes et cultures permanentes, par exemple). En ce qui concerne la production de l’UE, les réductions sont les plus importantes pour les viandes et les œufs, tandis qu’elles restent limitées pour les produits laitiers. En ce qui concerne l’impact sur le commerce, les exportations européennes de volaille et de viande porcine sont celles qui diminueraient le plus.

Le revenu agricole total de l’UE devrait augmenter dans tous les scénarios, grâce à la hausse des prix, mais cette évolution masque d’importantes différences sectorielles et régionales. Le revenu des éleveurs devrait augmenter car la hausse des prix ferait plus que compenser la baisse de la production par contre, le revenu du secteur des cultures diminuerait du fait du recul de la demande d’aliments pour bétail.