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Grandes cultures : protéagineux, tournesol et exportations portés par les conséquences de la guerre en Ukraine

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Les dérogations aux règles européennes du verdissement accordées dans le contexte de la guerre en Ukraine pour favoriser la production de l’UE, ont bénéficié aux cultures de protéagineux et de tournesol. Et les exportations européennes de céréales profitent également de cette situation pour atteindre des records, selon les prévisions de la Commission européenne. Malgré une baisse de la production attendue en 2022 (du fait des conditions sèches qui touchent de nombreuses régions), les besoins de consommation intérieure et une partie de la demande d’exportation seront satisfaits.

La dérogation mise en place au mois de mars par la Commission européenne pour autoriser la production de cultures destinées à l’alimentation humaine et animale sur des terres en jachère, a entraîné, selon les premières estimations, une augmentation des superficies de protéagineux pour 2022/23 de 6 % (soit 2,2 millions d’hectares supplémentaires). Grâce à l’augmentation de la production (les rendements seraient aussi en hausse de 3 %), les exportations européennes de protéagineux devraient augmenter de 19 % par rapport à l’année dernière, indique Bruxelles dans ses perspectives à court terme pour les marchés agricoles publiées le 7 juillet.

Les agriculteurs européens ont également utilisé cette dérogation pour planter du tournesol : les superficies s’élèveraient à 4,7 millions d’hectares, soit une augmentation de 7,8 % en un an. La production européenne de tournesol atteindrait ainsi un niveau record de 11,1 millions de tonnes (+7,8 %). Lorsqu’elle avait annoncé les dérogations aux règles sur la rotation des cultures et les terres non productives – pour faire face aux conséquences de l’invasion de l’Ukraine – la Commission européenne avait estimé qu’il était possible de mobiliser 4 millions d’hectares de jachères en 2022.

Exportations records

Globalement, « les retombées de l’invasion de l’Ukraine par la Russie continuent d’avoir un impact sur les marchés mondiaux des produits de base et de représenter une menace majeure pour la sécurité alimentaire mondiale », alerte la Commission européenne. Les prix agricoles mondiaux ont augmenté de 30 % depuis le début de l’invasion, bien qu’une certaine « détente ait été observée ces dernières semaines, liée en partie à l’arrivée de la prochaine récolte ». Bruxelles rappelle qu’avec le début de la nouvelle récolte céréalière en Ukraine et dans le reste de l’Europe, « l’incertitude demeure quant à la capacité des agriculteurs ukrainiens à stocker et à exporter correctement leur récolte de 2022 ». Des questions se posent aussi sur la capacité des agriculteurs ukrainiens à assurer leur récolte de 2023, même sur une superficie réduite.

Dans ce contexte, les exportations nettes des céréales de l’UE devraient augmenter, passant de 25 Mt en 2021/22 à 33,5 Mt en 2022/23. Il s’agirait du plus haut niveau atteint depuis 2014/2015, quand elles s’étaient élevées à 35,5 Mt. « Si cette augmentation se concrétise, elle contribuera à atténuer les préoccupations importantes concernant la disponibilité des céréales sur les marchés mondiaux, en compensant partiellement les difficultés d’accès aux céréales ukrainiennes et les restrictions à l’exportation mises en place par certains exportateurs », veut croire la Commission européenne.

Besoins de consommation intérieure satisfaits

Côté production, affectée par des conditions climatiques sèches dans plusieurs régions, la récolte céréalière de l’UE devrait baisser de 2,5 % en 2022 (à 286,4 Mt). Toutefois, précisent les services bruxellois, les stocks existants qui ont considérablement augmenté au cours de la saison 2021/2022, pour atteindre un niveau estimé à 17,2 Mt (soit une hausse de 92 % en glissement annuel) « contribueront à satisfaire les besoins de consommation intérieure et une partie de la demande d’exportation, qui devrait rester élevée en raison des pressions exercées sur les marchés mondiaux ».

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La production de blé tendre devrait atteindre 125 Mt (-3,9 %), celle d’orge 52,2 Mt (+0,4 %) et celle de maïs 72,1 Mt (-1,4 %). Compte tenu du coût élevé des aliments pour animaux et de la baisse prévue de la production de viande et de lait dans l’UE, la demande d’aliments pour animaux devrait diminuer de 1,3 % en 2022/2023 pour atteindre 158,8 Mt. Et l’utilisation de céréales pour produire des biocarburants devrait également diminuer de 3 %, en raison de la moindre compétitivité des céréales en tant que matières premières et de la stagnation de la production, la reprise de la demande de carburant après la pandémie ayant été freinée par les prix élevés.

 

 

Aides d’urgence : 1,2 Mrd€ de débloqués au final

Environ 1,2 milliard d’euros ont été distribués aux producteurs agricoles de l’UE dans le cadre de l’aide d’urgence annoncée au mois de mars par la Commission européenne pour soutenir les secteurs les plus touchés par les conséquences de l’invasion russe en Ukraine. La Commission européenne avait décidé de débloquer une enveloppe de 500 millions d’euros (dont 350 M€ provenant de la réserve de crise agricole) répartis entre les États membres lesquels pouvaient exceptionnellement y apporter un cofinancement supplémentaire à hauteur de 200 % maximum. Ces soutiens pouvaient donc, potentiellement atteindre, 1,5 milliard d’euros. De nombreux États membre ont eu recours à cette possibilité de cofinancement Par exemple, la France avec une enveloppe de 89 M€ complétée par 178 M€ supplémentaire à destination des secteurs de l’élevage, l’Allemagne avec 60 M€ complété par 120 M€ pour les secteurs des fruits et légumes, du porc ou du vin, ou encore l’Espagne avec 64,5 M€ complété par 129 M€ pour les secteurs bovin, ovin et fruits et légumes. La plupart des aides ont été ciblées vers le secteur de l’élevage, principalement porcin mais aussi vers la volaille, le lait, les œufs ou le bœuf. Le reste des fonds est allé vers les fruits et légumes et le vin.