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Viande bovine Inde : pas de pause pour la « révolution rose »

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Six mois après sa désignation au poste de Premier ministre, le leader du parti nationaliste hindou Narendra Modi n'a pas encore touché à la « Révolution rose », qu'il critiquait durant sa campagne et qui a conduit l'Inde au 2e rang des exportateurs mondiaux de viande bovine. Les exportations de viande désossée ont progressé de 2% sur les 7 premiers mois de l'année. Selon l'USDA, les exportations indiennes de viande de buffle devraient continuer de progresser en 2015.

Dans un rapport paru le 12 septembre, le ministère de l'Agriculture étatsunien (USDA) prévoit que les exportations indiennes de viande bovine continueront de progresser en 2015, à 2,2 millions de tonnes, grâce notamment à la demande croissante du Moyen-Orient, de l'Afrique et de l'Asie du Sud-Est. Si le candidat nationaliste hindou Modi avait critiqué durant les dernières élections législatives le développement dans son pays de l'industrie de la viande bovine, il n'a rien fait depuis qu'il a été nommé Premier ministre, le 16 mai dernier, pour y mettre fin. « Il faut bien voir que la priorité du nouveau gouvernement, c'est le Make in India. Modi veut que l'Inde devienne un hub manufacturier pour l'Asie du Sud-Est et l'Afrique. Et tous les secteurs sont concernés, notamment le secteur agricole dont la viande fait partie », explique Cédric Prévost, conseiller agricole de l'ambassade de France en Inde. Selon l'Institut de l'élevage, les exportations de viande bovine désossée ont progressé de 12% sur les sept premiers mois de l'année. « Il n'y a pas de blocage pour l'instant », confirment Sébastien Bouyssière et Marie Carlier, experts dans cette structure.

Des aides à la modernisation

En dépit de sa population hindoue largement végétarienne, l'Inde a triplé ses exportations de viande bovine depuis 2008. Elle est devenue en quelques années le premier exportateur de viande de buffle, le « carabeef » (1,765 million de tonnes), et depuis trois ans le deuxième exportateur mondial de viande bovine. Pour cela, elle s'est appuyée sur deux atouts : le prix de la main d'œuvre indienne est parmi les moins chers du monde, ce qui est particulièrement décisif dans ce secteur, et l'abattage selon le rituel halal, qui correspond aux préférences des consommateurs ciblés par les exportations de l'Inde. Le précédent gouvernement, sous l'égide du Parti du congrès, a donné un coup de pouce à cette filière, en 2006 en mettant en place un programme de subvention à la modernisation de l'industrie de la viande. Cette aide a tout de même aidé les opérateurs à se mettre aux normes sanitaires internationales, et à atteindre des pays importants au Moyen-Orient et en Asie du Sud Est, clients de cette viande halal bon marché.

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Modi sous pression

Pour l'heure, Narendra Modi n'est pas revenu sur cette politique, au grand dam de la droite nationaliste hindou, qui ont fait partie de ses soutiens. Le 13 octobre, le président d'une importante ONG nationaliste hindoue, la RSS, lui a rappelé qu'il était pour lui « nécessaire de bannir l'exportation de viande, en particulier de viande bovine, et la contrebande de vaches dans un futur immédiat ». À sa gauche, le secrétaire général du Parti du congrès a même raillé, sur le réseau social Twitter, un récent déjeuner de Modi avec le patron de Cargill. Et de noter que « les exportations (indiennes) de viande avaient atteint leur plus haut niveau de croissance », sous le précédent gouvernement de la coalition de droite (1998-2004) emmenée par le BJP.