Le syndicat majoritaire lancera un mot d’ordre de mobilisation à l’automne, mais ses contours sont encore indéfinis. Dans le contexte d’instabilité gouvernementale, la FNSEA commence déjà à préparer la présidentielle de 2027.
« Je peux déjà vous dire qu’on se mobilisera cet automne », a annoncé le président de la FNSEA Arnaud Rousseau le 2 septembre, lors de sa conférence de presse de rentrée. Le responsable syndical a en revanche exclu de rejoindre le mouvement « Bloquons tout » du 10 septembre, car « on ne veut pas de politisation de nos revendications ». Le syndicat majoritaire envisage plutôt des actions « à la fin de l’automne », une fois les travaux agricoles achevés (semis des cultures d’hiver, retour des animaux en bâtiment). « On sent bien que tout le monde a des fourmis dans les jambes, mais nous voulons nous mobiliser avec une vision : pas de bazar ni de populisme », a ajouté M. Rousseau.
Si l’envie de se mobiliser semble bien là, le mode opératoire, le calendrier, ainsi que les revendications elles-mêmes, ne sont pas encore définis à ce stade. Le président de la FNSEA promet que la mobilisation portera sur « des sujets extrêmement concrets ». « Comment on fait sur l’eau, les phytos, le sujet administratif ? » Autre crainte : d’éventuels retards de paiement des aides Pac : « Le nouveau système envoie des codes couleur aux agriculteurs : nous avons des craintes que les gens qui sont en orange ou en rouge ne soient pas payés dans les temps à la mi-octobre. » Le mot d’ordre pourrait enfin englober les réponses aux difficultés du secteur viticole, le budget 2026, ou encore l’application de la loi Entraves (si elle s’avérait retardée).
« Le discours de Rungis a vécu »
C’est notamment l’expérience tirée du parcours chaotique de la loi Entraves qui pousse la FNSEA à relancer des manifestations. Arnaud Rousseau s’estime satisfait « à 80 % » du contenu de ce texte conçu pour répondre au mouvement de colère agricole de l’hiver 2023-2024. Mais « on a mis presque deux ans pour obtenir satisfaction, ce n’est pas tenable », s’est-il agacé. Des retards dus à l’instabilité politique, entre remaniements et dissolution de l’Assemblée. Pour la suite, la FNSEA veut prendre les devants en préparant déjà la présidentielle de 2027. Le syndicat a commencé à travailler sur sa « vision pour l’agriculture », qu’elle présentera aux candidats potentiels à l’élection présidentielle à son congrès 2026, avec un an d’avance sur le calendrier habituel.
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Avant que l’Élysée ne change de locataire, le président de la FNSEA interpelle Emmanuel Macron pour lui demander de présenter « sa vision pour l’agriculture ». Et de rappeler que le chef de l’État a promis aux professionnels un « discours sur les souverainetés » en mai 2024. « On a besoin que le président de la République donne la ligne », car « le dernier grand discours est celui de Rungis en 2017, a exposé le responsable syndical. Or, ce discours centré sur la montée en gamme a vécu depuis longtemps. »
Sujets internationaux
Dans le détail, le patron de la FNSEA attend de M. Macron qu’il « réaffirme le besoin de produire » et qu’il explicite « la place de l’alimentation dans le réarmement de la France ». Autre question posée au chef de l’État : quelle est « la protection qu’il entend apporter à l’agriculture française » face à la concurrence étrangère ? « Il y a actuellement de nombreux sujets internationaux, qui sont le domaine réservé du président de la République », a fait remarquer M. Rousseau.
C’est le cas de l’accord UE/États-Unis conclu cet été, qui entérine des droits de douane de 15 % sur les importations européennes, frappant le secteur des vins et spiritueux. Ou encore des importations d’œufs en provenance d’Ukraine, dénoncées par les éleveurs en raison de la présence d’antibiotiques interdits en Europe. « Est-ce que, sous couvert de soutien à l’Ukraine, on peut tout autoriser, y compris importer des produits qui ne respectent pas nos normes ? », s’est ému Arnaud Rousseau. Enfin, Emmanuel Macron est particulièrement attendu sur l’accord UE/Mercosur, qui a été soumis au Collège des commissaires mercredi 3 septembre. « C’est de sa responsabilité », a estimé M. Rousseau. Interrogé, l’Élysée n’a pas répondu à nos sollicitations.