La Pologne met les bouchées doubles sur l'exportation agroalimentaire. Cette politique enclenchée en 2004, avec des résultats tangibles, se poursuit maintenant par la recherche d'exportations à plus forte valeur, à travers un objectif de qualité des produits.
C'est une volonté des pouvoirs publics polonais que de pousser fortement l'exportation agroalimentaire, en mettant l'accent sur la valorisation financière par le haut de gamme. À l'occasion de Polagra, exposition agroalimentaire qui s'est déroulée à Poznan du 29 septembre au 2 octobre, le ministre de l'Agriculture polonais, Marek Sawicki, a déclaré lors d'une conférence de presse qu'il veut élargir la promotion des produits alimentaires polonais de qualité « au monde entier ».
Le solde exportateur a décuplé en dix ans
Depuis son entrée dans l'UE le 1er mai 2004, la Pologne a considérablement accru ses exportations agroalimentaires, avec l'appui d'un organisme d'État, l'Agence du marché agricole (ARR). Cette année-là, l'ARR est devenue organisme payeur accrédité par l'UE pour distribuer des aides financières et mener des actions de promotion. Le solde agroalimentaire polonais a plus que décuplé : il est passé de 506 millions de dollars en 2003 à 8,1 milliards en 2013.
Si les exportations de porc sont passées de 200 000 tonnes en 2003 à 320 000 en 2001, celles de bœuf ont littéralement explosé : moins de 50 000 tonnes en 2003, plus de 250 000 tonnes en 2011. En 2012, l'Agence du marché agricole (ARR) a lancé un programme de trois ans, ayant pour but la promotion des spécialités alimentaires polonaises.
Depuis 2012, cap sur l'exportation de spécialités
Sur cette tendance très dynamique, le gouvernement polonais a pris en 2012 le virage de l'exportation de produits typiques, à travers les spécialités. En 2012, l'Agence du marché agricole a lancé un programme de trois ans, ayant pour but la promotion des spécialités alimentaires polonaises, a indiqué Lucjan Zwolak, vice-président de l'ARR, le 29 septembre lors d'une conférence. Ce programme fait partie d'un projet du ministère de l'Économie intitulé « Promotion de l'économie polonaise sur les marchés internationaux ». Les activités du projet sont mises en œuvre au cours des années 2012-2015. « Elles fournissent aux entreprises polonaises l'occasion de promouvoir largement leurs produits à l'étranger. L'objectif de cette mesure est de créer de nouvelles marques puissantes, associées à la Pologne et reconnues dans le monde entier », précise-t-on à l'ARR. Ce programme de promotion vise en particulier l'Allemagne, la France, la Russie, l'Ukraine, la Chine et les Émirats arabes unis. Concrètement, cela se traduit par la présence des produits alimentaires polonais au Sial de Paris, au World Food de Moscou et au World Food d'Ukraine, à l'Anuga allemande.
Consolidation de la politique d'exportation
Le gouvernement polonais est en train de consolider sa politique d'exportation. Tous les ingrédients d'une politique mature d'exportation y figurent : le démarquage commercial avec une forte identification des produits, les signes appuyés de soutien du gouvernement aux initiatives de promotion, un encouragement aux investissements dans l'innovation. Un programme, « la Pologne a bon goût », a pour objectif « d'accroître la compétitivité de l'économie polonaise en améliorant son image parmi ses partenaires internationaux », reconnaît explicitement l'ARR. Ce programme de promotion ne cache pas son intention de créer de « solides marques polonaises qui seront reconnaissables partout dans le monde, et associées au pays d'origine ».
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Cette intention clairement affichée est confirmée par les propos du ministre de l'Agriculture. « Polagra a toujours retenu l'attention du président de la République. Il fait toujours la promotion des produits alimentaires polonais à l'étranger dès qu'il le peut. Cette promotion doit être assistée par les milieux diplomatiques, sinon elle est inefficace », a déclaré Marek Sawicki lors de la conférence de presse. Ce dernier a remis plusieurs dizaines de prix à des entreprises le 29 septembre, lors d'un grand banquet organisé à Poznan. Le ministre de l'Agriculture s'est voulu également le supporter de l'agriculture et de l'agroalimentaire polonais, en faisant part de sa « fierté » devant le taux élevé de jeunes agriculteurs en Pologne : « Je suis très fier que la Pologne ait un taux de 14,5% de jeunes agriculteurs. La moyenne dans l'UE est de 7% ».
Pour parfaire la politique d'exportation, Marek Sawicki a par ailleurs annoncé la mise en place de crédits pour l'exportation dans les pays à risque. Pour les entreprises qui vont sur les marchés extérieurs, le ministère a publié un guide : Comment exporter, comment organiser la promotion.
Confiance dans la croissance des marchés
Les décideurs de l'ARR sont confiants dans la croissance des marchés sur des créneaux de qualité. Ils considèrent que l'essor des classes moyennes dans les pays émergents tirera une demande de produits de qualité. « Nombre de consommateurs chinois deviennent exigeants et ont les moyens d'acheter des produits de qualité », a confirmé Andrzej Szumowski, président de l'association des fabricants de vodka.
Ne comptant pourtant que 9 produits sous AOP (fromages, carpe, haricots, miels) et 16 IGP (fraises, pommes, miels, pains, fromages, gâteaux), les Polonais estiment que leur savoir-faire, « de haut niveau », sera reconnu par les pays acheteurs, comme l'a affirmé Lucjan Zwo-lak. « Notre secteur agroalimentaire n'était pas performant jusqu'à la période de transition » entre le régime soviétique et le régime actuel, mais les progrès « ont été plus rapides que dans les pays qui ont connu un développement linéaire », s'est-il félicité. « Les Polonais sont ouverts aux nouveaux goûts ; ainsi, les Italiens nous ont appris à faire des pâtes. De même , nous apprenons à produire de la viande d'oie, peu répandue en Pologne, pour répondre à la demande allemande », a ajouté Lucjan Zwolak. Le secteur agroalimentaire polonais s'approprie les goûts et recettes culinaires du monde pour en dupliquer les produits et les exporter : goulash à la hongroise, borscht à l'ukrainienne, pierogi à la russe (pains farcis avec la viande). Cette confiance dans la croissance des marchés se justifie aussi par la progression des investissements dans ce secteur encore jeune : chaque année, les investissements des entreprises agroalimentaires polonaises s'élèvent à des montants allant d'environ 370 millions d'euros à 540 millions.
LE secteur de pointe est celui de la viande, avec 1,8 milliard de dollars de solde net (volaille non comprise). Le solde net de la viande de volaille vient juste au-dessous, avec 1,4 milliard de dollars. L'export de produits laitiers suit avec plus de 1,3 milliard. Au chapitre des importations agroalimentaires de la Pologne, figurent en tête les tourteaux d'oléagineux (874 millions de dollars d'importations nettes), les animaux vivants (564 millions), les graisses végétales (171 millions).
L'agence du marché agricole met en scène les produits polonais à travers un slogan « du goût et des couleurs ». Les spécialités alimentaires polonaises sont des jambons et saucisses sèches, des pains spéciaux aux graines, des biscuits, du chocolat (avec des ingrédients d'origine locale que sont le sucre, le glucose, le beurre et l'albumine d'œufs), et bien sûr la vodka « pour lever des toasts ». La brochure de l'ARR utilise les traits spécifiques de la Pologne pour y associer les grands hommes du pays. Elle fait l'analogie entre ce qu'apportent les produits alimentaires polonais à l'alimentation du monde et ces grands hommes : le pape Jean-Paul II pour son ouverture au monde, Lech Walesa pour sa détermination à lézarder un système figé, Nicolas Copernic pour le changement de conception qu'il a introduit, et Frédéric Chopin pour sa créativité et sa capacité à faire rêver…