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La vendange 2016, une des plus faibles depuis 30 ans

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La vendange française 2016 est maintenant estimée à moins de 42,2 millions d'hectolitres, au lieu des 42,9 prévus en août, a indiqué Agreste, la publication statistique du ministère de l’Agriculture, le 7 octobre. Un niveau inférieur de 9 % à la moyenne des cinq dernières années. « Il s’agirait de l’une des plus faibles productions depuis 30 ans », annonce le ministère de l'Agriculture, en raison des phénomènes à la fois multiples et intenses, de gel, grêle, excès et manque d’eau. Les professionnels témoignent de cette modification visible du climat.

La dernière estimation de production française de vin du ministère de l’Agriculture révise en baisse de 700 000 hectolitres la vendange 2016. La sécheresse dans les vignobles méditerranéens, qui s’est prolongée depuis la dernière prévision au 22 août, explique cette production encore moindre.

La pluie est arrivée trop tard

Les précipitations de mi-septembre « sont arrivées tardivement dans les vignobles du Midi, alors que les vendanges étaient déjà bien avancées », explique la publication. La sécheresse méditerranéenne s’est ajoutée aux autres aléas climatiques.

« La baisse sur un an de la production estimée est principalement la conséquence du gel de printemps qui a touché certains bassins viticoles (Champagne, Bourgogne et Val de Loire) et de la sécheresse en zone méditerranéenne », résume Agreste. Les dégâts liés à la grêle en Charente, Bourgogne-Beaujolais et Languedoc-Roussillon ont amoindri le potentiel de production, et les dégâts du mildiou ont accentué la réduction de la production, surtout en Val de Loire et Champagne. Cependant, les premières vendanges se sont déroulées dans des conditions sanitaires relativement bien préservées, à l’exception des régions du littoral de la façade atlantique (Charente et Val de Loire), « où des foyers de pourriture ont commencé à se développer ».

« La sécheresse n’a pas sévi que dans le sud. En Alsace aussi la vigne a souffert », indique Christine Assy, directrice de la Confédération des coopératives vinicoles de France (CCVF), ajoutant : « On dit qu’il faut que la vigne souffre (notamment en faisant des efforts pour trouver son eau, NDLR), mais point trop n’en faut. L’ampleur de cette sécheresse nous interroge ».

Chute libre en Val de Loire et Champagne

Le ministère a dressé un état des lieux de la vendange par régions. Ainsi, en Corse, du fait de l’aggravation de la sécheresse jusqu’aux vendanges, la production serait inférieure de 6 % à celle de 2015. Dans le Sud-Est, où les précipitations ont été faibles et tardives, la production est en repli de 3 %.

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En Languedoc-Roussillon la baisse de la production sur un an se confirme (- 11 %). « Chez nous dans le Languedoc nous avons toujours eu des contrastes forts entre le manque de pluie et les pluies torrentielles, mais cette fois nous avons des amplitudes hors normes. Jusque là on ne voyait pas des arbres périr de la sécheresse », témoigne Jacques Gravegeal, président de l’IGP du Pays d’Oc. Le phénomène d’hyper-sécheresse s’est étendu du pays biterrois au narbonnais, et a été « franchement catastrophique » en Pyrénées Orientales.

Dans le Bordelais, les pluies de la mi-septembre ont permis le déblocage de la véraison (période où les grains de raisin se gonflent), mais Agreste ne donne pas d’estimation. Dans les Charentes, un épisode de grêle en septembre et « le développement important de foyers de botrytis » devraient donner une récolte inférieure de 22 %.

Le Val de Loire, durement touché par le gel de printemps, verrait sa production s’effondrer de 35 %, selon Agreste. Un chiffre tempéré par l’interprofession Inter Loire : «  Si le muscadet chute de 50%, le plus important vignoble du Val de Loire, le vignoble Anjou-Saumur, enregistre un recul de 12% seulement, souligne I’interprofession. Nous restons donc sur le chiffre de -30% d’avant l’été » pour la production globale du val de Loire, où les vendanges de cabernet-franc (rouge), de sauvignon (blanc) et de chenin (blanc) sont encore en cours. Mais les vignerons « sont contents de cette vendange » parce que la qualité « est vraiment au rendez-vous ».

En Bourgogne et Beaujolais, le gel et la grêle feraient plonger la production de 20 %. Enfin, en Champagne, les volumes du millésime sont prévus en chute de 32 % du fait du mildiou et du gel.

« On dit qu’il faut que la vigne souffre, mais point trop n’en faut. L’ampleur de cette sécheresse nous interroge »

La Bourgogne de nouveau confrontée à une petite vendange

La Bourgogne s’était remise de son manque de disponibilités de vin durant la campagne en 2015/16, du fait d’une récolte 2015 en hausse de 7 % par rapport à la moyenne des cinq millésimes précédents. Mais pour les prochains mois, « la prudence reste de mise, la Bourgogne devant une nouvelle fois faire face à l’arrivée d’une récolte inférieure à la moyenne des cinq dernières années », a indiqué le 7 octobre le Bureau interprofessionnel des vins de Bourgogne (BIVB) lors d’une conférence de presse. Cette parenthèse de 2015/16 avait permis une embellie : la commercialisation en grande distribution avait augmenté de 5,5% « grâce à la hausse du disponible », tandis que l’export vers Hong-Kong, et le Royaume-Uni avait repris, du fait de cet effet volume, a souligné le BIVB.