Déjà affecté par les droits de douane supplémentaires imposés par les États-Unis dans le cadre du différend concernant Airbus, le secteur viticole de l’UE subit désormais les conséquences de l’épidémie de coronavirus. Les producteurs (vignerons indépendants et sous appellations d’origine) et un certain nombre d’eurodéputés appellent la Commission européenne à prendre des mesures d'urgence (distillation de crise, vendange en vert, assouplissement de la réglementation…).
L’épidémie de coronavirus affecte déjà le secteur viticole européen – avec une baisse importante des ventes due au confinement –, et la confédération européenne des vignerons indépendants (CEVI) prédit l'advenue très rapide d'un déséquilibre volumique sur le marché, avec pour conséquence un effondrement des prix. L’Organisation appelle donc la Commission européenne à mettre en place « diverses mesures de soutien tels que stockage privé, vendanges en vert ou distillation ». Même constat pour la fédération des vins d’appellation (EFOW) qui dans une prise de position demande des mesures réglementaires neutres sur le plan budgétaire comme la prolongation d’un an des autorisations de plantation et de replantation, une plus grande flexibilité dans l’indication du millésime et des modifications temporaires des cahiers des charges. Mais les producteurs sous appellation souhaitent également que Bruxelles finance la vendange en vert, des aides au stockage, des restitutions aux exportations, ou des soutiens à la distillation.
Gel hydroalcoolique
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Les eurodéputés Irène Tolleret et Juan Ignacio Zoido, qui co-président l’intergroupe vin du Parlement européen (lequel se réunira le 20 avril), ont envoyé le 15 avril une lettre au commissaire Wojciechowski, signée par 70 autres eurodéputés, demandant des mesures exceptionnelles dans le cadre de l’organisation commune des marchés (OCM), comprenant une distillation de crise pour toutes les catégories de vins sur une base volontaire, des aides pour la vendange en vert, un soutien pour le stockage privé, l’arrachage des vignes et des actions de promotion. Pour l’eurodéputé Éric Andrieu, l’activation « urgente » du mécanisme de distillation de crise devrait en effet aider les viticulteurs à écouler leur production. Et, suggère-t-il, l’alcool résultant de cette distillation, même s’il est un peu plus cher que celui produit avec la betterave, pourrait servir pour la fabrication de gel hydroalcoolique.
Les signataires de la lettre demandent aussi un assouplissement de la législation européenne en matière de promotion, d’étiquetage, de contrôles et de sanctions, d’autorisations de plantation (et de replantation) et en matière de gestion des programmes nationaux viticoles. Ils suggèrent aussi la possibilité de transférer à la prochaine année budgétaire les fonds non utilisés dans les programmes en cours. Et ils réclament enfin un fonds de compensation pour le secteur afin que les producteurs puissent faire face à cette crise qui s’ajoute aux problèmes découlant des sanctions américaines d’octobre 2019 dans le contexte de l’affaire Airbus.