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Luzerne : vers une baisse des surfaces en 2025 et 2026

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Le directeur général de Désialis s’attend à une baisse des plusieurs milliers d’hectares dans sa zone d’influence sur les deux prochaines années. La Coopération Agricole - Luzerne de France déplore la chute des cours de la luzerne déshydratée, qui plombe le revenu des producteurs.

Lors d’une conférence de presse le 11 mars organisée par La Coopération Agricole - Luzerne de France, le directeur général de Désialis (commerçant français de luzerne déshydratée) Pierre Bergoc a annoncé s’attendre « à une baisse de plusieurs milliers d’hectares de la surface de luzerne » sur la zone d’influence de la société lors des deux prochaines années, qui commercialise les volumes produits sur environ 80 % de la sole nationale. Cette dernière s’élevait à 68 000 ha en 2023.

Désialis projette pour le moment un recul de 5 % de la sole entre les étés 2023 (récolte 2024) et 2024 (récolte 2025). Un nouveau repli de 5 % est attendu à l’été 2025 (récolte 2026). La raison : la chute des cours mondiaux et français, plombant la rentabilité des producteurs, qui seraient amenés à abaisser leurs plantations. Selon nos confrères de La Dépêche-Le Petit Meunier, les prix en base départ Marne, principal indicateur hexagonal, passent de plus de 300 €/t courant 2023 à 185 €/t en 2025.

Forte production états-unienne

Plusieurs éléments baissiers sont à signaler. Le premier d’entre eux : l’offre mondiale, jugée abondante. Les États-Unis, principal producteur planétaire de luzerne, ont connu de très bonnes récoltes ces dernières années. La production est évaluée en 2024 à 52,3 Mt, correspondant à une progression de 5 % par rapport à l’an dernier, et de 12,5 % par rapport à 2022, d’après l’USDA (ministère américain de l’agriculture). Dans le même temps, la demande chinoise, le principal client, s’est effondrée. La justification : l’effritement de la rentabilité des exploitations laitières. Par conséquent, les volumes états-uniens se sont réorientés vers le Moyen-Orient ou encore l’Afrique, destinations traditionnelles des exportateurs européens et français.

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blé tendre
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Vient ensuite la situation espagnole, qui agite les marchés depuis près de deux ans. En mai 2023, le pays, leader de la production européenne (suivent la France et l’Italie) avait annoncé un décrochage de sa production de 50 % par rapport à l’an dernier. Finalement, en septembre 2023, le recul n’est finalement plus que de 25 %. « Environ 350 000 t supplémentaires se sont retrouvées par surprise sur le marché », déplore Pierre Bergoc. Et en mai 2024, les Espagnols annoncent une récolte d’environ 1,3 Mt, soit un niveau normal.

En France, les rendements de luzerne sont remontés depuis l’année catastrophique de 2020 (forte sécheresse), passant de 10,81 tonnes de granulés par hectare (t/ha) à 13,04 t/ha. Ce niveau est jugé correct par la profession, mais reste inférieur aux excellents niveaux constatés en 2017 ou en 2014, qui affichaient plus de 14 t/ha. Par conséquent, rendements moyens et prix dégradés ne motivent guère les producteurs. L’effritement des prix du blé tendre et des tourteaux (notamment le soja), qui guident en partie ceux de la luzerne déshydratée, a également pesé. « Les industriels ont par ailleurs augmenté leur consommation d’issues de meunerie », et de blé fourrager, ajoute Pierre Bergoc.

Afin de pallier en partie cette baisse de la rémunération, la profession tente de trouver de nouveaux débouchés. Elle travaille par exemple à démontrer les bienfaits de la luzerne pour l’alimentation des chèvres dans le cadre de la production de fromage. La Coopération Agricole – Luzerne de France déplore par ailleurs le fait qu’il est parfois conseillé à des éleveurs de sortir la luzerne déshydratée de leurs formules d’alimentation du bétail. La justification : l’outil CAP’2er de l’Idele (Institut de l’élevage), se base sur des données datant de 2005, et juge l’empreinte carbone de la matière première trop élevé. Or, « nous avons fait d’énormes progrès depuis en matière de réduction de GES, et les nouvelles données sont certifiées par l’Inrae », pointe le directeur général de La Coopération agricole - Luzerne de France Yann Martinet.

Recul de 10 % de la sole française lors des deux prochaines années ?