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Manifestations d’agriculteurs : la droite européenne dénonce « l’écologie punitive »

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Déjà en campagne, les partis de la droite du Parlement européen, qui ciblent clairement l’électorat agricole en vue du scrutin de juin, fustigent les contraintes environnementales alors que des manifestations d’agriculteurs se multiplient dans l’UE. À part le lancement prochain d’un dialogue stratégique sur l’agriculture, la Commission européenne ne propose que peu de solutions aux préoccupations exprimées.

Suite aux manifestations d’agriculteurs des derniers jours en Allemagne mais aussi en Roumanie ou en France, les eurodéputés ont appelé, lors d’un débat le 17 janvier en plénière, la Commission européenne à répondre à leurs préoccupations. Une discussion largement dominée par les partis de droite (démocrates-chrétiens, conservateurs, extrême droite) qui ont fait de l’électorat agricole l’une de leurs cibles en vue des élections européennes de juin. Ils ont critiqué les contraintes environnementales de la stratégie De la ferme à la table et demandé la prolongation des dérogations sur l’utilisation des jachères ainsi que des mesures de sauvegarde sur les importations ukrainiennes.

Lire aussi : Allemagne : les agriculteurs bloquent une partie du pays

La Française Anne Sander (PPE, droite) a pointé « l’avalanche de nouvelles règles soutenues par des adeptes de l’écologie punitive ». Son compatriote Jordan Bardella (ID, extrême droite), qui sera tête de liste de son parti en France, avait lui – un peu plus tôt lors d’un débat précédent – appelé à « décréter l’état d’urgence agricole ! », plaidant pour des exonérations d’impôts sur les transmissions, la fin de «l’écologie punitive» ou encore la garantie des prix. Beaucoup d’élus conservateurs (ECR), polonais et néerlandais notamment, ont fustigé la fracture entre agriculteurs et élites qui veulent remplacer l’agriculture européenne par des importations voire de « la viande de synthèse et des farines d’insectes ». D’autres, à gauche comme à droite, n’ont pas manqué de dénoncer les négociations d’accords commerciaux qui permettent l’entrée en Europe de produits ne répondant pas aux standards de l’UE.

Pour la centriste allemande Ulrike Müller, « il faut reconnaître que la vieille Pac a échoué et qu’il faut une nouvelle Pac » sans surcharge administrative. « L’agriculture est en crise, mais c’est un problème structurel », a estimé, de son côté, le Vert français Benoît Biteau (colistier de son parti pour les Européennes). Mais il faudrait, selon lui, cesser d’opposer écologie et économie car ce qui menace la souveraineté alimentaire, le revenu des agriculteurs, le climat et la santé, « c’est ce modèle productiviste nécessitant l’usage massif de pesticides ».

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Pac, budget et dialogue stratégique

Pour le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, la Pac n’est pas un problème ; au contraire, à ses yeux, elle a apporté beaucoup de solutions aux agriculteurs. Par contre, il met en cause des règlements adoptés en dehors de la Pac, citant la législation sur la restauration de la nature, la révision de la directive sur les émissions industrielles ou le règlement Pesticides (qui n’a pas été adopté à ce stade). Selon lui, la plupart des solutions aux problèmes actuels des agriculteurs sont entre les mains des États membres. Seul problème avec la Pac, admet-il : l’obligation de préserver 4 % de zones non productives qui est perçue comme une mesure de limitation de la production. Mais il a dû se contenter de redire ce qu’il répète depuis des semaines : pour revenir sur cette obligation de maintenir des jachères (à laquelle les États membres dérogent depuis déjà deux ans), il faudra rouvrir en partie la Pac ce qui va demander du temps. Pourtant Janusz Wojchiechowski admet soutenir la proposition soumise par la France d’autoriser la culture de légumineuses sur ces surfaces. Mais il doit convaincre le reste de la Commission européenne...

De même, concernant le budget de la Pac – comme il l’a déjà fait à de nombreuses reprises – il convient que les fonds disponibles sont insuffisants : « Ce sera la tâche du prochain Parlement européen de se battre pour un budget renforcé. » Et de promettre, en attendant, que les agriculteurs pourront s’exprimer dans le cadre du dialogue stratégique sur l’agriculture qui va être lancé prochainement et, bien sûr, lors des élections européennes.

En Allemagne, l’extrême droite veut récupérer la colère des agriculteurs

Les agriculteurs mobilisés en Allemagne depuis une semaine veulent se dissocier des groupes d’extrême droite qui tentent d’infiltrer leur fronde d’ampleur. Lors d’une manifestation à Dresde, dans l’est du pays, un cordon de policiers séparait strictement le rassemblement principal et quelques dizaines de personnes du mouvement local d’extrême droite "Freie Sachsen" - "Saxe libre", ont constaté des journalistes de l’AFP. Les autorités allemandes disent craindre un « noyautage » par les formations extrémistes de la fronde des agriculteurs déclenchée en décembre par la suppression d’allègements fiscaux et de subventions. Après une semaine de défilés et blocages routiers dans tout le pays, une grande manifestation de la profession était organisée lundi à Berlin. Le mouvement "Freie Sachsen", qui regroupe monarchistes, complotistes et droite nationaliste, a multiplié les messages de soutien aux agriculteurs sur les réseaux sociaux, appelant à une « semaine de résistance » en parallèle de leur mouvement. D’autres groupes, comme les néonazis de Troisième Voix ou le mouvement nationaliste Ein Prozent, ont eux aussi appelé à des « grèves générales » et des « émeutes subversives ».