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Perspectives agricoles : redressement des récoltes européennes sur fond d’incertitudes politiques

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La production agricole européenne, en particulier les cultures végétales fortement affectées par la sécheresse en 2018, devrait repartir à la hausse en 2019. Côté marchés, les incertitudes liées à l’issue du Brexit, notamment, pourraient peser sur les échanges.

Entre l’issue imprévisible du Brexit et une croissance mondiale révisée à la baisse – en particulier dans l’UE –, de fortes incertitudes pèsent sur les marchés agricoles européens, estime la Commission européenne dans ses dernières perspectives agricoles à court terme. Après une année 2018 marquée par des conditions climatiques compliquées, Bruxelles prévoit un redressement de la production céréalière mais aussi d’huile d’olive en 2019.

L’automne sec a entravé les semis, mais, avec les conditions douces de l’hiver, une production céréalière de 307,5 millions de tonnes (contre 290,5 Mt l’année dernière) est attendue du fait d’une légère hausse des superficies à 55,8 millions d’hectares contre 55,1 Mha en 2018. Néanmoins, une grande partie de l’Europe du sud et du sud-est souffre d’un fort déficit pluviométrique qui pourrait avoir des conséquences négatives sur la récolte s’il n’y a pas de pluie dans les prochaines semaines.

Et, même si elles se sont récemment redressées, les exportations de blé de l’UE se situent toujours à des niveaux historiquement bas (19 Mt), soulignent les services de la Commission.

Suite à la sécheresse de 2018 dans l’UE, les importations de maïs sont reparties à la hausse et devraient atteindre un nouveau record, avec 21 millions de tonnes (soit 50 % de plus que la moyenne quinquennale). Pour 2019, Bruxelles prévoit des surfaces de maïs grain en hausse de 4,8 % à 8,7 Mha. Une estimation que les professionnels européens (CEPM) jugent surévaluée, « la hausse des surfaces étant plus proche de 2 % » à 8,45 Mha, estiment-ils.

Huiles et sucre

La superficie consacrée aux oléagineux devrait, elle, diminuer, en particulier pour le colza, en raison des conditions de sécheresse pendant la période d’ensemencement de l’automne. Les principaux pays producteurs de colza sont touchés, notamment la France (-17 %) et l’Allemagne (-8 %). La production d’oléagineux devrait quand même être relativement stable par rapport à la campagne agricole précédente, à près de 33 Mt.

Et, une fois encore en raison de conditions climatiques défavorables, la production de sucre en 2018-2019 est estimée à 17,6 Mt, soit 17 % de moins qu’en 2017/18. Cette diminution devrait contribuer à une baisse significative de près de 50 % des exportations de sucre de l’UE qui s’établiraient à 1,7 Mt. En 2019-2020, le marché pourrait se stabiliser avec une production en légère hausse à 18,3 Mt (+4 %).

En raison de la forte augmentation de la production espagnole d’huile d’olive (1,7 Mt, deuxième récolte la plus élevée depuis 2003), la production de l’UE est repartie à la hausse (+2,9 % en 2018-2019). L’augmentation de la demande mondiale et la baisse de l’offre en dehors de l’UE devraient entraîner une hausse des exportations communautaires de 11 %, pour atteindre 625 000 t. Mais, pour la prochaine campagne, l’absence actuelle de pluie dans les principaux pays producteurs pourrait avoir une incidence négative sur la production.

Productions animales

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La sécheresse de l’été dernier n’a pas épargné le secteur de l’élevage. Une augmentation de la production de viande bovine a été enregistrée en 2018, en raison de la pénurie d’aliments et de l’abattage précoce des vaches entraînant une diminution du cheptel de 1,3 %. En 2019, la production de bœuf devrait redescendre à 8,1 Mt (contre 8,2 Mt en 2018).

Quant à la production laitière, elle devrait augmenter de 0,7 % en 2019, pour s’établir à 167,3 Mt (166,4 Mt en 2018). Cette augmentation devrait s'accompagner d'une demande mondiale soutenue (1).

En 2018, la production de viande de volaille a augmenté de près de 5 % en raison des conditions internationales favorables et de la hausse des prix. Toutefois, en 2019, la croissance de la production sera plus modérée (+2 %) en raison de l’ajustement des prix.

Pour la viande porcine, en 2019, les prix devraient augmenter à mesure que l’offre se réduit (-3 % en 2018 et stable en 2019). Les perspectives d’exportation s’améliorent, en particulier vers la Chine dont le secteur est gravement affecté par l’épidémie de peste porcine africaine (voir encadré).

Enfin, les productions de viandes ovine et caprine qui ont déjà reculé de 1 % en 2018 (à 915 000 t) continueront sur leur tendance avec un nouveau recul de 1 % (à 906 000 t).

(1) Voir n° 3687 du 08/03/2019

Porc : l’épidémie de peste porcine en Chine pourrait porter les exportations mondiales à des niveaux records

Dans son dernier rapport sur les marchés mondiaux de la viande, le département à l’agriculture (USDA) estime que les exportations de viande de porc augmenteront de 8 % en 2019 par rapport à 2018 à plus de 9,08 Mt, soit un nouveau record mondial. Principale raison : la diminution, estimée à 10 %, de la production porcine chinoise sévèrement touchée par une épidémie la peste porcine. L’USDA anticipe donc un bond de 30 % des importations chinoises par rapport à 2018. L’UE, premier exportateur mondial, qui a vu ses exportations vers la Chine reculer de 13 % en 2018, devrait en profiter. En 2019, elle pourrait couvrir 63 % de la demande supplémentaire chinoise. L’UE devrait également bénéficier de l’entrée en vigueur de son accord commercial avec le Japon. Au total, les exportations européennes de porc augmenteraient de 11 % par rapport à 2018. Le Brésil pourrait être le principal bénéficiaire de la hausse de la demande chinoise avec une augmentation de 23 % de ses exportations par rapport à 2018. Les États-Unis enfin pourraient exporter environ 2 Mt de porc en 2019, soit 5 % de plus qu’en 2018, mais vraisemblablement pas vers la Chine, pays avec lequel ils sont en pleine guerre commerciale.