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Pesticides, restauration de la nature : l’offensive de la droite au Parlement européen contre Bruxelles

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Menant depuis des semaines une opération pour enterrer les propositions de la Commission européenne sur l’utilisation durable des pesticides, le parti démocrate-chrétien européen (PPE), principale force politique du Parlement européen, a adopté une résolution proposant de les rejeter, ainsi que celles sur la restauration de la nature. Beaucoup d’autres élus de droite au Parlement européen soutiennent cette demande, comme l’a montré un débat à Strasbourg le 10 mai. Une démarche que les élus du centre et de la gauche dénoncent, préférant travailler pour trouver des solutions afin de soutenir les agriculteurs dans la transition verte.

Le groupe politique PPE (parti populaire européen, principale force politique du Parlement européen), et plus généralement la plupart des élus de droite, ont vivement attaqué lors d’un débat le 10 mai au Parlement européen à Strasbourg les initiatives de la Commission européenne issues de la stratégie De la ferme à la table : règlement sur l’utilisation durable des pesticides, législation sur la restauration de la nature, révision de la directive sur les émissions industrielles. Des textes accusés de pousser à la décroissance du secteur agricole et de mettre en péril la sécurité alimentaire de l’UE dans un contexte de crise.

Le PPE a d’ailleurs adopté le 5 mai lors de son assemblée politique qui s’est tenue à Munich, une déclaration sur l’agriculture dans laquelle il rejette les propositions de la Commission européenne sur l’utilisation durable des pesticides et sur la restauration de la nature. Les objectifs proposés de réduction de l’utilisation des pesticides « ne sont tout simplement pas réalisables » et « ce n’est pas le moment de mettre en danger la sécurité alimentaire en Europe », estiment les membres du PPE. Ils dénoncent également l’objectif de retirer 10 % des terres agricoles de la production, une mesure jugée « irresponsable » : « Dans trop de régions ou d’États membres, la mise en œuvre de la législation existante sur la nature a conduit à un cauchemar bureaucratique. » « Nous pensons que les dérogations existantes au régime de conditionnalité de la politique agricole commune devraient être étendues afin de permettre l’utilisation d’un plus grand nombre de terres à des fins productives pour faire face aux pénuries potentielles », demande aussi la déclaration.

En campagne électorale

« Pas de futur sans agriculteurs », ont clamé nombre de ces élus. « Pas d’agriculture sans nature », leur ont rétorqué les Verts. Une analyse publiée le même jour par l’Agence européenne de l’environnement rappelle le besoin urgent d’efforts de restauration des écosystèmes européens, à la fois à l’intérieur des zones protégées désignées existantes mais aussi en dehors de ces espaces, dont les terres agricoles.

Plusieurs eurodéputés du centre et de la gauche ont aussi dénoncé l’offensive idéologique menée par la droite à l’approche des élections européennes du printemps 2024. Pour le Vert Philippe Lamberts cette campagne du PPE représente « une attaque » contre la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, qui est membre du parti PPE, « une lutte de pouvoir interne au parti est menée sur le dos des agriculteurs et de la nature ». « Il ne faut pas profiter de ce débat pour mener une campagne électorale pour séduire les agriculteurs. Ce dont nous avons besoin, c’est de fournir des soutiens et des solutions pour mener à bien la transition agricole. Évitons la propagande ! », a prévenu la sociale-démocrate espagnole Clara Aguilera, rapportrice pour avis sur le règlement pesticides.

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Des solutions

La commissaire européenne aux Services financiers, Mairead McGuinness, qui représentait la Commission européenne lors du débat (voir encadré) a reconnu les difficultés qu’entraînent certaines des propositions du Green deal et a suggéré de voir comment elles fonctionnent ensemble, « plutôt que de les considérer séparément ». C’est le sens des propos du centriste Pascal Canfin qui estime qu’il y a une majorité à trouver avec les Verts et les socialistes : « Il faut considérer l’ensemble des textes sur la table et à venir comme un paquet. Pourquoi ne serait-il pas possible de trouver des solutions sur l’agriculture comme nous en avons trouvé pour le climat ou les transports ? » Il estime que les propositions attendues au mois de juin sur les nouvelles techniques de sélection génomique (NBT) sont une des réponses aux inquiétudes du secteur.

La présidence suédoise du Conseil de l’UE organisera le 23 mai à Stockholm une conférence portant sur la manière dont la Pac peut contribuer à la réalisation d’ambitions en matière d’environnement et de climat, « tout en garantissant une augmentation de la production et une agriculture résiliente ». Et, la veille, le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, viendra, lui, défendre les projets de Bruxelles devant la commission de l’Agriculture du Parlement européen. Il est attendu de pied ferme.

 

Une absence remarquée

Beaucoup d’eurodéputés ont regretté l’absence du commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski, lors du débat organisé dans la matinée du 10 mai au Parlement européen à Strasbourg sur « le rôle des agriculteurs en tant que facilitateurs de la transition verte et d’un secteur agricole résilient ». Un débat de plus de deux heures programmé à la demande du parti populaire européen très remonté contre les propositions de la stratégie De la ferme à la table. C’est Mairead McGuinness (PPE), commissaire européenne aux Services financiers et qui a longtemps siégé à la commission de l’Agriculture du Parlement européen, qui représentait la Commission européenne. « Avons-nous un commissaire à l’Agriculture ? », s’est interrogé le centriste Asger Christensen. Lors d’un autre débat qui a suivi dans l’après-midi (sur l’impact des importations de produits agricoles ukrainiens) en présence, cette fois, du commissaire Wojciechowski, le président de la commission de l’Agriculture, Norbert Lins, en a remis une couche : « Cela aurait été bien de vous voir » lors du débat de ce matin. La socialiste espagnole Clara Aguilera s’est jointe à ce concert de critiques mais elle y a vu un avantage : « Heureusement, Mme McGuinness est là. C’est le meilleur visage de la Commission que nous pouvons avoir. N’oublions pas que le commissaire à l’Agriculture est d’extrême droite ! »