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À quoi ressemblera l’élevage français en 2033

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La société de conseils Abcis a dressé, pour le Crédit agricole, un portrait des principales filières d’élevage d’ici 2033, transformées au gré du développement de la restauration, des accords commerciaux et des contraintes en élevage.

À quoi ressembleront les filières poulet, œuf, viande porcine, viande bovine, lait de vache en 2033 ? C’était la commande du Crédit agricole faite au cabinet de conseil Abcis, dont les résultats ont été présentés au Space. Un paramètre déterminant sera la part de la restauration (vs le commerce de détail), qui augmenterait d’ici 2033 et favoriserait les importations. Cette part progresserait entre 2023 et 2033 pour chaque filière : en poulet (de 34 à 39 %), en porc (de 15 à 18 %), en bœuf (de 27 à 31 %) et en lait (de 13 à 15 %).

Les accords commerciaux de l’Union européenne sont d’autres décisifs selon les auteurs. L’ouverture des frontières affecterait principalement le poulet et la viande bovine, dans un contexte de durcissement potentiel des règles environnementales et de bien-être animal. Dernier facteur bien connu : les "demandes sociétés", dont le bien-être animal. Les économistes parient qu’il passera essentiellement par la dédensification et des « standards premium ». Ils soulignent que les investissements en équipements sont importants et risqués dans la mesure où les recherches se poursuivent, et que des accords de filières et contrats sur cinq à dix ans seront indispensables aux éleveurs. Si bien que l’on devrait assister à « verticalisation des filières ».

Mutation du parc en poulet et de poules

Les effets ne sont pas les mêmes dans chaque filière. Abcis prévoit une forte progression d’ici 2033 de la consommation de produits avicoles, en particulier poulet et œufs, aux dépens des viandes de porc et bovine, grâce à la restauration. Elle prend le parti de considérer que le taux d’auto-approvisionnement (production/consommation) du poulet se stabilisera dès maintenant jusqu’en 2033. L’hypothèse du développement d’un parc d’élevage « ECC compatible » est retenue au Crédit agricole. C’est-à-dire que les bâtiments d’élevage se transforment pour répondre aux critères de l’ECC (European Chicken Commitment) en attendant d’y mettre les souches appropriées aux densités réduites. Abcis mène une étude sur l’aval de la filière volaille, qui évaluera notamment la demande à venir pour le cahier des charges ECC, a-t-on appris à la conférence.

Le taux d’auto-approvisionnement en œuf suivrait une pente douce accidentée en 2026 – c’est l’échéance à laquelle les distributeurs ne commanderaient plus d’œufs de poules élevées en cages (les cages disparaîtraient effectivement en 2031). La Bretagne devrait y perdre une part de production au profit d’autres régions. L’investissement à venir se mesure aux 40 % du parc qui n’est pas encore converti aux modes d’élevage alternatifs.

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La production porcine se maintiendrait et le taux d’auto-approvisionnement resterait au-dessus de 100 d’ici à 2033, selon l’étude. Les principaux investissements sont prévus dans l’augmentation des surfaces de bâtiments et l’installation de maternités. « Les maternités collectives répondent à bien des problématiques », a remarqué Béatrice Eon de Chezelles. L’accès au salariat et les autorisations administratives sont deux défis.

Du côté de l’élevage bovin allaitant, l’abattage profiterait du développement de l’engraissement. Les aléas climatiques et le manque de main-d’œuvre resteront des contraintes lourdes. Le cheptel devrait continuer à décroître régulièrement, menant à un taux d’auto-approvisionnement juste au-dessus de 85 % contre un peu moins de 90 % aujourd’hui.

En élevage laitier enfin, la perspective présentée est la descente vers un équilibre entre la production et la consommation. La filière subirait des départs d’éleveurs plus massifs avant 2025 que par la suite. La production laitière évoluera selon les régions : moins élevée en Bretagne, relativement soutenue en Basse-Normandie, reprenant en Franche-Comté, tirée dans les Hauts-de-France par la demande belge, décrochant totalement dans le Sud-Ouest… Les économistes reconnaissent l’effet de seuil à l’agrandissement des charges de travail et de la robotisation.

Un parc d’élevage « ECC compatible » se constitue

« Les maternités collectives répondent à bien des problématiques »