Les députés ont adopté en première lecture, le 4 avril, une proposition de loi des écologistes ouvrant la porte à des prix planchers pour les produits agricoles, contre l’avis du gouvernement. La Conf’, la CR et le Modef appellent Emmanuel Macron à mettre en œuvre l’annonce faite au Salon de l’agriculture.
Dans un hémicycle clairsemé, l’Assemblée nationale a approuvé en première lecture, le 4 avril au soir, la proposition de loi (PPL) écologiste en faveur de prix planchers pour les agriculteurs, en dépit de l’opposition de la majorité et du gouvernement. Le texte de Marie Pochon, députée écologiste de la Drôme, doit maintenant être examiné par le Sénat. Il a été approuvé à l’Assemblée par 89 voix contre 66, la gauche votant pour et la majorité contre. Le RN s’est abstenu, affirmant par la voix de Grégoire de Fournas avoir « toujours été pour des prix planchers », mais regrettant l’absence dans le texte de « dispositifs pour encadrer les marges » au risque de nourrir « l’inflation alimentaire ». Les Républicains ont été quasi absents du débat, mais le député Pierre Cordier a marqué son désaccord avec le texte.
La PPL prévoit un prix minimal d’achat fixé par « une conférence publique » dans les filières qui le souhaitent, ou sur décision du gouvernement en cas de désaccord. Le texte prévoit que les prix ainsi déterminés permettent de rémunérer les agriculteurs à hauteur de deux fois le Smic, le prix minimum pouvant être revu tous les quatre mois. La ministre déléguée à l’Agriculture, Agnès-Pannier Runacher, a qualifié le dispositif proposé d’« inopérant » et de « summum de technocratie ». « L’instauration d’un prix minimal, qui par définition ne s’appliquerait qu’aux productions nationales, pourrait favoriser les produits importés », affirme la ministre.
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Conf’, CR et Modef à l'unisson
Lors de l’ouverture du Salon de l’agriculture le 24 février, Emmanuel Macron avait déclaré vouloir créer des « prix planchers » pour les produits agricoles. Dans une lettre ouverte adressée au chef de l'État, le 9 avril, la Confédération paysanne, la Coordination rurale et le Modef déplorent que le sujet ait « disparu des 62 engagements déclinés par le gouvernement » et lui demandent de « protéger le revenu paysan » en mettant en place des prix planchers. Le gouvernement a renvoyé le sujet aux conclusions de la mission parlementaire confiée aux députés Izard (Renaissance) et Babault (Modem), attendues pour la fin juin. « Abandonner ce sujet central à la seule évaluation des lois Egalim est complètement insuffisant, trop incertain et trop lent », assurent les syndicats minoritaires. L’annonce du président « doit permettre de protéger structurellement le revenu paysan pour toutes les productions. Ce filet de sécurité est l’occasion de rendre le commerce plus équitable, afin de sécuriser la valeur du travail dans le secteur agricole et de mieux répartir les marges dans les filières alimentaires », affirment-ils.