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Parlement européen Un hémicycle profondément remanié, des équilibres peu modifiés

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De nombreux changements de têtes attendent la commission de l’agriculture du Parlement européen à l’issue des élections du 7 juin. Plus de la moitié des 736 parlementaires élus vont, en effet, découvrir l’hémicycle strasbourgeois le 14 juillet, lors de la première session plénière de la législature 2009-2014. C’est ensuite, les 20 et 21 juillet, que les députés agricoles se retrouveront pour l’installation de leur commission parlementaire, à Bruxelles cette fois. En revanche, globalement, les équilibres politiques de l’Assemblée restent favorables au Parti populaire européen (PPE, centre droit). Celui-ci profite de l’affaiblissement de son rival de centre gauche, le Parti socialiste européen (PSE). Mais il devra compter avec l’émiettement accru de la Chambre, le PPE étant quelque peu affaibli par le départ des conservateurs britanniques, polonais et tchèques, soucieux de donner une tonalité plus eurosceptique à leurs interventions dans les débats.

Plusieurs ténors de la commission de l’agriculture du Parlement européen vont déserter ses rangs. Son président, le Britannique Neil Parish (PPE, centre-droit), n’y figurera plus. Il n’était pas candidat. De même pour son très actif vice-président, l’Allemand Friedrich-Wilhelm Graefe zy Baringdorf (Verts). De fait, au moins 28 des 47 membres titulaires de cette instance – dont l’influence sur la politique agricole commune au-delà de 2013 sera considérable – n’ont pas été réélus ou n’étaient simplement pas candidats. La perspective de débats cruciaux pour l’avenir des campagnes européennes ne manquera pas d’inciter les « anciens » députés à garder leur sensibilité agricole.

C’est le cas du Français Joseph Daul qui brigue de surcroît un nouveau mandat à la tête de son groupe politique, le PPE. Et d’un autre Français, Stéphane le Foll (PSE), qui ne cache pas son intérêt pour la présidence de la commission, après en avoir assuré l’une des vice-présidences. Le résultat des élections ne lui facilite toutefois pas la tâche. Le Portugais Luis-Manuel Capoulas Santos (PSE) et le Polonais Janusz Wojciechowski (PPE) devraient les accompagner. Marc Tarabella (Belgique, PSE) et Thijs Berman (Pays-Bas, PSE), qui font leur retour dans l’hémicycle, pourraient opter comme par le passé pour l’agriculture.

Rendez-vous bruxellois fin juillet

Parmi les nouveaux venus – faute d’un poste de commissaire européen ou de haut représentant aux Affaires extérieures qui correspondent davantage à ses aspirations –, le Français Michel Barnier (PPE) pourrait réclamer lui aussi une place de choix au sein de la commission de l’agriculture. Il côtoierait alors probablement ses concitoyens José Bové (Vert), fondateur de la Confédération paysanne, et le Corse François Alfonsi (Vert). Mais aussi, un autre ancien ministre de l’agriculture, l’Italien Paolo de Castro. Ainsi que deux figures agricoles, espagnoles cette fois, Andrea Cozzolino (ex-ministre régional de l’agriculture de la Campanie) et Mario Pirillo (ministre régional de l’agriculture de Calabre).

Les conservateurs britanniques Julie Girling et Ashley Fox partagent également un goût pour les dossiers agricoles. C’est encore le cas de Martin Hausling, expert en la matière des Verts allemands, du Libéral britannique (ALDE) George Lyon, ancien président de l’Union des agriculteurs écossais (NFU), de la conservatrice autrichienne (PPE) Elisabeth Köstinger, ancienne représentante des Jeunes agriculteurs (Ceja), ainsi que deux anciens ministres polonais de l’agriculture, Wojciech Olejniczak (PSE) et Jaroslaw Kalinowski (PPE).

La première rencontre des députés agricoles aura lieu les 20 et 21 juillet, à Bruxelles. Toutefois, il ne s’agira pas là d’une session de travail, mais d’une simple réunion constitutive. Le premier contact avec les dossiers ne se fera pas avant le mois de septembre.

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Stabilité du centre-droit

Auparavant, les députés feront leur première apparition dans l’hémicycle strasbourgeois le 14 juillet prochain, date officielle du début de leur mandat. Ils devront alors élire le président du Parlement européen. Et ce en fonction des tractations qui ont d’ores et déjà été lancées au lendemain des élections du 7 juin. L’appel de l’ancien président de l’Assemblée, l’Allemand Hans Gert Pöttering (PPE), aux « partis pro-européens » à « collaborer pour que l’Europe soit unie » face aux forces anti-européennes, a été interprété comme un message en faveur d’une reconduction des liens entre le PPE, le PSE et les Libéraux. Cet « accord technique » se traduirait notamment par un partage de la présidence de l’institution et d’autres de ses instances clefs.

Le rapport de force à peine modifié entre les deux poids lourds de l’institution plaide en faveur d’un tel accord. Le parti de centre droit sort en tête avec 264 sièges assurés (35,9 %), une position stable par rapport à la précédente législature (-0,8 %). En revanche le second groupe politique, le Parti socialiste européen, est en recul de 5,7 points. Il devrait disposer de 161 sièges au moins (21,9 %). Son érosion devrait toutefois être atténuée par l’arrivée d’au moins 18 des 21 députés du Partito Democratico (PD) italien pour le moment classés parmi les non-inscrits, le temps de quelques tractations.

Suivent ensuite les Libéraux (ALDE). Avec 80 sièges, ils restent la troisième force du Parlement : 10,9 % des voix (-1,8 %). Une avance réduite par rapport aux Verts. Ces derniers bénéficient désormais de 53 voix (7,2 %) en progrès de 1,7 %. Les 25 conservateurs britanniques, accompagnés de 15 élus polonais (Parti de la loi et de la justice) et des 9 Tchèques du Parti civique et démocrate, devraient se regrouper pour former un groupe de 49 parlementaires de centre droit à la sensibilité eurosceptique affirmée, tranchant ainsi avec le PPE.

Enfin, l’extrême-gauche (Gue/NGL) a décroché 33 sièges. Et les nationalistes (UEN et Ind/Dem), 54 sièges au total. Ceux-ci devraient, eux aussi, revoir quelque peu l’organisation de leur groupe.