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Un plan d’aides à la viticulture très attendu par la profession et les élus

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À plusieurs occasions, le gouvernement a laissé filtrer son intention d’annoncer un plan de soutien à la viticulture (ainsi qu’à l’horticulture). Un tel plan est souhaité depuis le début de la crise sanitaire et depuis l’application de la taxe américaine sur le vin français. Très attendue le 6 mai par la profession et les élus des régions viticoles, son annonce par le ministre de l’Agriculture et celui de l’Économie a été reportée à la semaine du 11 mai, exacerbant l’impatience des professionnels.

La présentation du plan d’aides au secteur viticole, prévue le 6 mai, « a été reportée à la semaine prochaine », a regretté Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA, lors d’un point presse le même jour. Le responsable syndical devait participer ce jour à une réunion avec les ministres Bruno Le Maire (Économie), Didier Guillaume (Agriculture) et Gérald Darmanin (Action et comptes publics). « Nous regrettons d’avoir appris ce report à la dernière minute, 30 minutes avant la réunion », a-t-il déclaré, évoquant une possible réunion le lundi 11 mai, mais « sans confirmation ». « Il faut très rapidement que le gouvernement s’engage, la situation est trop sérieuse », s’est-il alarmé. Jérôme Despey, par ailleurs viticulteur et président du conseil spécialisé viticole de FranceAgriMer, espère que ce retard sera synonyme de « moyens complémentaires » pour la filière, ce qui « serait un beau signal ». Cette réunion a été reportée faute d’arbitrages financiers finalisés. En effet, Bruno Le Maire n’a pas souhaité présenter un plan qui ne contiendrait pas de mesures significatives, a-t-on appris le 7 mai de sources professionnelles. Il n’empêche que sur le terrain, « l’impatience est grande », rapportait la Cnaoc le 7 mai.

La filière vitivinicole attend un plan de relance « d’au moins 500 M€ »

Le secteur vitivinicole, frappé par la taxe américaine de 25 % sur le vin français depuis octobre et maintenant par un coup de frein brutal sur la commercialisation, demande au gouvernement « d’agir énergiquement », dans un communiqué des principales organisations professionnelles viticoles, diffusé le 5 mai. Dans ce texte, signé par les syndicats de producteurs (Cnaoc, VinIGP, les Vignerons indépendants et les Vignerons coopérateurs), les négociants (UMVin) et les interprofessions (Cniv), ainsi que par la FNSEA et les Jeunes agriculteurs (JA), la filière attend du gouvernement qu’il dégage « des fonds conséquents, au moins 500 M€, hors du Programme national d’aide viticole (PNA) ». Une enveloppe qui permettrait de gérer les disponibilités sur le marché à des prix attractifs et à des volumes conséquents : distillation de crise, baisses de rendements, vendange en vert, stockage privé. Elles demandent un plan d’exonérations de cotisations et de charges pendant la période de fermeture des CHR. Elles insistent enfin pour que le contentieux aéronautique soit résolu, assorti de la mise en place d’un fonds de compensation à la taxe US sur le vin.

Les élus de la vigne proposent au gouvernement un plan de soutien à la viticulture

La sénatrice radicale Nathalie Delattre et le député LREM Philippe Huppé, tous deux coprésidents de l’Association nationale des élus de la vigne et du vin (Anev), ont adressé le 1er mai au Premier ministre et aux ministres de l’Agriculture et de l’Économie leurs propositions pour soutenir la viticulture.

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Une partie importante du plan de soutien proposé consiste en des allégements fiscaux : exonération (« et non report ») de charges sociales et patronales sur l’emploi des exploitants agricoles et salariés. Annulation des prélèvements directs sur les entreprises. Défiscalisation de la réintégration de 50 % des sommes épargnées au titre de la Dotation pour épargne de précaution (DEP) « lorsque celles-ci sont utilisées pour assurer le paiement des salaires des employés ». Pérennisation du dispositif d’exonération particulière de cotisations sociales attaché à l’emploi de travailleurs occasionnels et demandeurs d’emploi en agriculture. Cette mesure « constituerait une incitation à faire appel à la main-d’œuvre locale pour les travaux de la vigne, tout en permettant aux exploitations viticoles de rester compétitives sur le long terme ».

L’Anev estime nécessaire de dégager des fonds pour la distillation « d’au moins 3 millions d’hectolitres de vin français ». La Commission européenne refuse de mobiliser un budget dédié, recommandant aux États membres d’utiliser les fonds du Programme national d’aide viticole de 2020. À défaut d’une évolution de la position de la Commission, l’Anev demande la mise en place exceptionnelle d’un budget national pour la distillation. Enfin, l’Anev réitère la demande des professionnels de mettre en place un fonds de compensation de la taxe américaine au niveau national en l’absence d’une décision européenne. « Cette demande est soutenue par plus de mille communes des territoires viticoles », souligne l’Anev.

Anev demande des allégements fiscaux et une compensation de la "taxe Airbus"

Horticulture : la FNPHP veut un plan de soutien, craignant 400 M€ de pertes en 2020

Un mois après que Didier Guillaume avait annoncé un « plan particulier » pour le secteur horticole, et dix jours après que la Commission européenne l’a exclu de son paquet de mesures d’urgence, la FNPHP se retourne donc vers le gouvernement français. Dans un communiqué paru le 30 avril, elle lui propose un « plan de soutien et de relance » pour le secteur, qui aurait déjà essuyé en France 200 M€ de pertes, et s’apprêterait à en subir 400 M d’ici la fin d’année. La principale mesure n’est pas nouvelle : la FNPHP demande depuis plusieurs semaines un texte national autorisant officiellement l’accueil du public chez les détaillants ; le 1er avril, la secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher avait donné un feu vert oral au redémarrage du commerce des plants potagers, suivi de manière éparse selon les départements. Autre mesure phare : la relance des chantiers de paysage. C’est, selon la FNPHP, « le levier le plus efficace (pour l’État) de soutenir les entreprises et diminuer son soutien financier ». En la matière, la FNPHP demande « la prise en charge à 80 % des pertes des entreprises, l’exonération de l’ensemble des charges patronales pour les employeurs et l’élargissement des aides à l’ensemble des acteurs de la filière pour leurs pertes en végétal ». La FNPHP ne désespère par non plus d’aides financières venant de l’UE.