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Viande bovine : premières mobilisations contre les baisses de prix

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Le 19 mai, la FNB (éleveurs de bovins viande, FNSEA) a mené une opération de « stickage » à Paris, menaçant de « blocages d’abattoirs » si ces derniers ne relèvent pas leurs prix d’achat. Quelques jours plus tôt, une promotion de Lidl sur des steaks irlandais provoquait une mini-controverse.

Devant la récente baisse des cours des bovins viande, des élus du bureau de la FNB (FNSEA) ont organisé le 19 mai une action de « stickage » dans un supermarché parisien, une forme de dernier avertissement avant d’éventuels « blocages d’abattoirs ». Selon un communiqué, les éleveurs ont apposé des autocollants proclamant « Les abatteurs tuent l’élevage ! » sur des produits pour dénoncer les « baisses de prix extrêmement brutales imposées par les abatteurs ». « En quelques semaines seulement, les éleveurs ont vu la valeur de leurs animaux s’effondrer, avec des pertes allant de 200 à 350 € par bovin », déplore le syndicat. Des baisses « injustifiées au regard des fondamentaux du marché », selon lui. « La mobilisation ne s’arrêtera pas là », prévient la FNB, qui appelle les sections bovines départementales à « multiplier les opérations de stickage dans toute la France ». Tout en menaçant de « blocages d’abattoirs si cette situation devait perdurer ». Fin avril, la FNB avait promis de premières actions ponctuelles et exhorté les éleveurs à ne pas accepter les baisses de prix.

En Haute-Vienne par exemple, la FDSEA annonçait une opération de contrôle de l’origine des aliments mercredi 20 mai, élargissant le mot d’ordre aux autres productions animales (lait, ovins). « Nous refusons que certains acteurs de la filière utilisent les importations pour tirer les prix vers le bas », martèle le syndicat. La FDSEA note que « les éleveurs français subissent une nouvelle pression à la baisse sur leurs revenus », avec des baisses de prix généralisées : « Jusqu’à 1 € de baisse sur les broutards, 1 € sur les jeunes bovins, 70 centimes sur les agneaux, 100 € sur 1 000 litres de lait ».

Levée de boucliers contre les steaks irlandais

Quelques jours plus tôt, une opération promotionnelle de Lidl sur des steaks irlandais provoquait une mini-controverse. Un signe révélateur d’une fébrilité grandissante sur le terrain. Au moins deux FDSEA (Lot et Aveyron) ont mené le 13 mai des actions dans des supermarchés Lidl afin de dénoncer une opération promotionnelle sur un steak irlandais présenté comme « le meilleur du monde ». Dans le Lot, la FDSEA et les JA ont organisé « une action de mobilisation devant les magasins Lidl de Figeac et Bretenou », d’après un communiqué. Les deux syndicats dénoncent « une promotion jugée incompréhensible et inacceptable dans le contexte actuel que traverse l’élevage français ». Quant à la FDSEA de l’Aveyron, elle annonçait, aussi par communiqué, une « visite » le même jour du Lidl de la Gineste, à Rodez. Avant eux, la FDSEA de la Nièvre s’était mobilisée dès le 7 mai, en contrôlant sept magasins, selon la presse spécialisée (article payant).

Le produit ciblé, un faux-filet d’angus maturé 32 jours de l’industriel irlandais Dawn Meats, a « remporté le prix du "meilleur steak du monde" lors du prestigieux William Reed World Steak Challenge 2025 », proclame Lidl dans sa publicité. Le distributeur se défend en rappelant son « engagement envers la filière bovine française », très majoritaire dans son approvisionnement. Dans un message envoyé à Agra Presse, l’enseigne rappelle que la viande française « reste la priorité dans [son] offre avec 90 % de bœuf frais d’origine France au niveau national ».

Lidl rappelle aussi que cette opération ponctuelle (du 7 au 13 mai) « ne se substitue pas à [ses] approvisionnements locaux » et qu’elle « s’inscrit dans une volonté de proposer une diversité dans [son] assortiment ». Tout en relevant qu’elle « repose sur un principe de réciprocité qui nous est cher : elle permet à nos homologues à l’étranger de mettre à l’honneur régulièrement des produits d’origine France dans leurs rayons ».

Hausse des charges, baisse des prix

Au-delà de la polémique sur la qualité de la viande, le contexte économique explique aussi la sensibilité des éleveurs bovins. Avec, d’un côté, la flambée de charges due à la guerre au Moyen-Orient (engrais, carburants). De l’autre côté, après plusieurs années de hausse en raison d’un manque d’animaux à l’échelle européenne, les cours des bovins viande ont fléchi ces dernières semaines, perdant jusqu’à 30 centimes selon les catégories. Une baisse « injustifiée » aux yeux de la FNB (éleveurs de bovins viande, FNSEA), qui conteste les arguments des abatteurs. Interrogée par Agra Presse, Caroline Monniot, de l’Idele, estime que le marché bovin « se réajuste » et qu’il n’y a « aucune raison que les prix baissent sur la durée ».

YG

En quelques semaines, « des pertes allant de 200 à 350 € par bovin »

Mot d’ordre élargi aux autres productions animales en Limousin