Abonné

Aude Bernardon-Méry (Biom InnoV) : « Notre particularité repose sur notre approche de l’holobionte »

- - 7 min
L'équipe de Biom InnoV, avec Antoine Coutant (à gauche) et Aude Bernardon-Méry (2ème en partant de la droite). Crédits : © Biom InnoV

Spécialisée dans les « médicaments verts » comme alternatives aux pesticides traditionnels, Biom InnoV est la première start-up issue d'AgriLife Studio. Ce start-up studio dédié aux solutions à impact pour le monde agricole a investi 1,5 millions d’euros dans la start-up pour lui permettre de financer les différentes étapes de son développement.Aude Bernardon-Méry, cofondatrice et CEO de Biom InnoV et Antoine Coutant, cofondateur et directeur général d’AgriLife Studio, et cofondateur de Biom Inno, détaillent pour Agra Innovation la technologie et les ambitions de la start-up. 

Comment est né Biom InnoV ? 

Aude Bernardon-Méry : Biom InnoV est né de ma rencontre avec AgriLife Studio autour de mon projet de développement de biosolutions. L’objectif de Biom InnoV vise à développer de nouveaux actifs, de nouveaux médicaments verts, pour lutter contre les maladies des plantes au travers de deux piliers. D’une part, nous avons développé deux produits protégés par un brevet et une licence d’exclusivité, pour lesquels nous entrons dans la phase des études afin d’obtenir les AMM. Ces deux produits sont issus des mêmes principes actifs, mais formulés différemment. L’un peut être appliqué sur les feuilles de la vigne contre le mildiou et l’oïdium, et l’autre en traitement des semences contre le mildiou du tournesol, sur lequel il n’existe pas de produit de biocontrôle aujourd’hui. 

Et nous allons par ailleurs développer de nouveaux extraits avec un focus sur les grandes cultures autour des maladies du blé, qui attaquent les semences ou les feuillages, en ciblant principalement la septoriose, la fusariose et le pythium. 

Antoine Coutant : AgriLife Studio se focalise sur des innovations de rupture capables de résoudre des enjeux majeurs. Et comme chacun sait, l’une des barrières à l’entrée de nombreuses start-up porteuses de solutions dans l’AgriTech porte sur les gros investissements à supporter au démarrage. 

Lire aussi : Priscilla Rozé-Pagès et Antoine Coutant (AgriLife Studio) : « Notre but est de dérisquer les projets de nos start-up à impact afin de réussir leur première levée de fonds »

Nous avons donc accompagné Aude pendant un an sur son projet de création de Biom InnoV, jusqu’à investir 1,5 million d’euros en amorçage début avril pour faciliter le développement de la start-up. 

Ce qui nous a le plus interpelé dans Biom InnoV, c’est que des firmes mondiales ont montré un intérêt commercial pour ses deux premières solutions, non seulement parce que les produits ont une efficacité proche de celle des produits conventionnels, ce qui est assez rare pour être souligné, mais aussi parce que leur coût à l’hectare par application leur est également similaire. D’après notre analyse sur les produits de biocontrôle qui vont marcher, Biom InnoV est un projet très robuste

 

Sur quel principe reposent les solutions de Biom InnoV ?

AB-M : Notre particularité repose sur notre approche de l’holobionte. Là où les produits de synthèse s’attachaient à éradiquer le pathogène, nous sommes partis sur une autre approche, en capitalisant sur la plante et son environnement. Nous nous attachons à faire remonter l’immunité de la plante, à lui donner des cartouches nutritives pour qu’elle réussisse à constituer ses défenses et également à prendre soin de son microbiote. Les microorganismes, qu’ils soient sur la partie aérienne ou au niveau de la rhizosphère, servent la santé des plantes. 

Nous utilisons un extrait de plantes comme actif, dans lequel nous avons identifié des molécules qui sont responsables de l’efficacité. Nous y joignions des oligo-éléments et des sources carbonées pour l’aspect nutritionnel de la plante et de son microbiote. Cela ne stimule pas les réactions de défense de la plante, mais c’est un élément constitutif de sa bonne santé.

L’idée est plutôt de se baser sur toute cette biodiversité pour éviter de créer des poches de pathogènes. On parle plutôt d’une régulation des populations sous un certain seuil de nuisibilité. Notre but est d’abaisser les pressions parasitaires, réguler les populations dans le sens que nous aurons choisi. 

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Lire aussi : Jean-François Déchant (Elicit Plant) : « En Europe, nous devrions être actifs assez rapidement dans 18 pays »

Quelles sont les prochaines étapes pour Biom InnoV ?

AB-M : Les processus d’obtention des AMM pour les nouveaux produits sont longs et coûteux. Le financement de 1,5 million d’euros que nous accorde AgriLife Studio va nous permettre de commencer à réaliser toutes les études pour l’Europe, en nous assurant que leurs guidelines soient compatibles avec ce qui est également demandé aux États-Unis et en Amérique latine. Dès que le projet sera dérisqué d’un point de vue « Tox-Ecotox » (innocuité pour les utilisateurs et consommateurs, les organismes vivants et l’environnement, ndlr) au niveau européen, nous lancerons les demandes d’AMM sur le continent américain. Ceci devrait nous permettre d’obtenir les AAM à peu près en même temps en Europe et aux États-Unis, en 2030. 

Nous avons déjà programmé le lancement d’un financement de série A fin 2026, pour assurer la continuité de ces procédures, notamment la grosse vague d’études à fournir pour soumettre la substance active sur nos deux produits au niveau européen. 

AC : Si nous sommes capables d’investir et d’accompagner durablement le projet, nous irons aussi chercher des financements publics et ensuite des fonds de capital-risque pour les futures séries A et B.

Notre mission est de permettre aux équipes de la start-up de se focaliser sur la technologie, le business, les applications… Je suis impliqué de manière opérationnelle aux côtés d’Aude et sous sa direction, pour aider sur la partie commerciale notamment et la partie levée de fonds, le temps que la société recrute son équipe au complet. 

L’objectif d’AgriLife Studio porte sur le développement de tout un écosystème grâce à Biom InnoV. On manque d’un acteur français dans le domaine en protection des cultures autour de ces nouvelles technologies. Avec Biom InnoV, nous misons sur un spécialiste pure player des biosolutions pour la protection des cultures, implanté à Saint-Malo, en France.

Lire aussi : En 2024, les investisseurs se sont concentrés sur les start-up de biocontrôle (Etude)

La société compte-t-elle s’équiper à terme de son propre laboratoire ? 

AB-M : L’idée est plutôt de nouer des partenariats extérieurs, comme ceux que nous avons déjà avec UniLaSalle, avec l’École de Chimie et Inrae également. Notre force est d’être réactifs et de chercher les compétences dont nous avons besoin là où elles se trouvent. On se donne la liberté d’utiliser l’équipement qui va nous servir à l’instant T mais pas forcément plus tard. Ces partenariats nous permettent de continuer à nous développer sans avoir à nous endetter sur plusieurs années. 

Nous restons focalisés sur la R&D jusqu’aux phases d’AMM et ensuite nous passons la main. Pour la fabrication industrielle de nos solutions, nous sous-traiterons à des façonniers avec un cahier des charges très précis et des firmes phytopharmaceutiques se chargeront de la vente de nos solutions.