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Céline Laisney (Alim'Avenir) : « Plutôt que la fin des protéines animales, nous allons vers une plus grande variété de protéines dans notre alimentation »

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Céline Laisney, directrice d'AlimAvenir. Crédits : © AlimAvenir

Le cabinet de veille et de prospective AlimAvenir, dirigé par Céline Laisney, vient de publier la deuxième édition de son rapport AlimAlternatives, un panorama mondial des protéines alternatives afin de mieux appréhender ce vaste ensemble de protéines : végétales, issues de la fermentation, cellulaires ou issue des insectes. Face à une demande de protéines mondiale en hausse, portée par l’augmentation de la population et du niveau de vie, les protéines animales sont toujours en vogue, mais leur développement se heurte aux défis environnementaux. En parallèle, les protéines végétales progressent, mais l'essor des protéines au sens large reposera sans doute sur une grande variété de sources, dont certaines sont à un stade initial.

Face au développement des protéines alternatives, les protéines animales ont-elles encore un avenir ?
Ce serait aller un peu vite en besogne d’affirmer que la fin de la production et de la consommation de protéines animales est proche. Au contraire, on constate une progression de la production mondiale, soutenue par l’essor démographique et la hausse des revenus. Selon la FAO, la production de protéines animales devrait encore augmenter de 21% entre 2020 et 2050.
C’est beaucoup, et cela entraîne des effets conséquents sur la production de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. Cette hausse se fait sous contrainte environnementale de plus en plus forte.
Toutefois, sur certains marchés, on constate une prise de conscience des populations qui limitent leurs achats de protéines animales, principalement pour des raisons de santé. En Europe en particulier, les prévisions de la Commission européennes tablent sur une baisse de la consommation de viande par habitant et une stagnation de celle de lait.
Plutôt que la fin des protéines animales, nous allons plutôt vers une plus grande variété de protéines dans notre alimentation.

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Que constate-t-on précisément en matière de consommation de protéines végétales ?
Si on regarde les substituts à la viande, le marché se développe mais de façon contrastée. A l’échelle mondiale, il y a une hausse nette ces dernières années, de 2,8 Mrd$ en 2017 à 6,4 Mrd$ en 2023 selon Euromonitor, mais l’essentiel des ventes se fait en Europe et aux États-Unis. Et sur ce dernier marché, les ventes en GMS reculent depuis 2021, et stagnent en restauration.
Toutefois, il y a beaucoup de signaux encourageants pour les protéines végétales, qui vont des incitations des enseignes de la grande distribution aux engagements des chaines de restauration collective. Les États européens s’y mettent aussi en promouvant les apports de protéines végétales, en recommandant de baisser la consommation de protéines animales et en incitant à proposer des repas végétariens dans les cantines ou les hôpitaux.
 
Ces incitations portent-elles leurs fruits ?
C’est encore un peu tôt pour le dire, mais on constate sur les marchés européens notamment des changements de comportement. Les flexitariens sont de plus en plus nombreux. En France, entre 2015 et 2024, il y a deux fois plus de foyers comptant au moins une personne flexitarienne, selon Kantar. Et la consommation de protéines végétales a progressé en France entre 2015 et 2022 avec +11% à 5 kg/an/ménage.
 
Quels sont les leviers qu’il est possible d’actionner pour faire vraiment décoller les ventes de protéines alternatives ?
Des prix publics identiques à la viande est un point important, qu’il est possible d’atteindre en agissant sur les moyens de production et les marges des distributeurs. Sur plusieurs marchés européens, Lidl s’est engagé à aligner les prix de ses gammes MDD végétales sur celui des produits animaux. Il faut aussi éduquer et rassurer les consommateurs, qui s’interrogent sur l’ultra-transformation, les listes d’ingrédients trop longues ou les additifs. Ces différents points commencent à être pris en compte par les industriels.
 

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D’autres sources de protéines émergent comme la fermentation ou la viande cellulaire. Sont-elles des solutions d’avenir pour nourrir les hommes ?
La fermentation intéresse de plus en plus les États membres, qui mettent en place des financements comme Ferments du futur en France, et aussi les grands industriels de l’agroalimentaire. La fermentation de précision en est à ses débuts, les premiers produits se limitent à quelques marchés où ils sont autorisés, et posent la question des OGM et des coûts de production pour l’instant élevés. La fermentation de biomasse souffre de moins de barrières règlementaires, et les premières usines voient le jour. Les mycoprotéines reviennent au goût du jour, avec des investissements importants engagés, peu de difficultés réglementaires et des perspectives pour abaisser les coûts de production grâce à la fermentation en milieu solide. Quant à la viande cellulaire, plusieurs signaux négatifs se sont allumés récemment allant de la réticence de certains États aux coûts de production encore élevés. Les microalgues souffrent aussi à cause de leur coût énergétique et de leur bilan environnemental, comme la production d’insectes qui s’oriente vers l’alimentation animale, mais qui est confrontée à la concurrence du soja, qui reste très bon marché.