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Frank Garnier (ENGreen) : « Nous espérons boucler une première levée de fonds de 3 millions d’euros à l’automne 2023 »

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Frank Garnier (à gauche) et Lionel Navarro. Crédits : © Frank Garnier

ENGreen travaille sur le développement de nouvelles méthodes de lutte contre les agents pathogènes de plantes et des animaux, grâce à des nanoparticules naturelles, aussi appelées vésicules extracellulaires. La start-up a été créée par Laurent de Crasto, ingénieur agronome (CEO d’ImmunRise Technologies, également spin-off de l’IBENS), Lionel Navarro (directeur de recherche au CNRS et président du conseil scientifique d'ENGreen), Denis Tardit (ex-Syngenta) et Frank Garnier (conseiller stratégique d'ENGreen). Sa technologie pourrait être utilisée dans le domaine animal, comme nouvelle approche thérapeutique et vaccinale contre le virus de la grippe aviaire notamment et en agriculture, en remplacement de certaines molécules de synthèse contestées, notamment pour les traitements de semences. Lionel Navarro et Frank Garnier font le point sur les enjeux et les prochaines échéances d’ENGreen, qui compte boucler un premier financement de 3 millions d’euros à l’automne 2023, avant de lancer une levée de fonds de série A d’un montant de 7 millions d’euros, auprès de fonds d’investissements mondiaux, présents dans la biotech.

Expliquez-nous comment est née ENGreen et quelle est la technologie sous-jacente ?

Lionel Navarro: Mon équipe de recherche académique, basée à l’Institut de biologie de l’Ecole supérieure (IBENS), travaille sur les mécanismes de résistance aux agents pathogènes des plantes et de l’homme. Une thématique émergente de l’équipe vise à étudier le rôle et la régulation des petits ARN extracellulaires dans les interactions hôtes-pathogènes. Dans le cadre d’une collaboration entre mon équipe et la start-up ImmunRise Technologies, spin-off de l’IBENS, nous avons pu montrer qu’il était possible de cibler à façon des gènes de virulence d’une bactérie phytopathogène et réduire ainsi sa pathogénicité.

Le projet ENGreen, filiale d’IRT, vise à valoriser ces découvertes dans le but de développer de nouvelles méthodes de lutte contre les agents pathogènes de plantes et des animaux. Au cœur du projet, se trouvent des nanoparticules naturelles appelées vésicules extracellulaires, qui jouent un rôle majeur dans la communication intercellulaire. ENGreen, pour « Extracellular Nanoparticles (EN) », dérivées de plantes ou de microalgues « Green », va exploiter cette propriété. Plus particulièrement, la société va utiliser les vésicules extracellulaires de plantes et de microalgues pour encapsuler, protéger et délivrer différentes molécules actives (ARN, peptides, nanobodies, etc.) dans des cellules cibles. Ces cellules cibles peuvent notamment être des bactéries ou champignons pathogènes, ce qui permettra de réduire ainsi leur survie et/ou la virulence avec une grande sélectivité, c’est-à-dire sans impacter les microorganismes bénéfiques.

Franck Garnier : L’utilisation des vésicules extracellulaires n’est pas révolutionnaire en soit, car la plupart des organismes les produisent. Ce qui est innovant en revanche et qui constitue la force d’ENGreen, c’est de se focaliser sur des vésicules extracellulaires provenant de végétaux et de microalgues, ce qui permet de produire ces nanoparticules en grande quantité.

LN : En effet, le savoir-faire d’ENGreen repose sur la maitrise de la production et purification des vésicules extracellulaires de plantes et de micro-algues mais aussi sur leur ingénierie pour cibler des cellules d’intérêts.

Vers quels types dapplications vos découvertes pourront-elles être utiles ?

LN : Dans le domaine animal par exemple, les vésicules extracellulaires de plantes ne sont pas immunogènes, et peuvent être produites en grande quantité et administrées facilement par voie oral. Cette technologie pourrait notamment être utilisée comme nouvelle approche thérapeutique et vaccinale contre le virus de la grippe aviaire, qui, comme vous le savez, pose de sérieux problèmes dans les élevages avicoles. ENGreen utilisera aussi cette technologie contre des bactéries responsables de mammites bovines.

Et en agriculture, quelques cibles ont été sélectionnées, notamment sur les traitements de semences où de plus en plus de molécules de synthèse vont être interdites. Il faudra donc pouvoir stabiliser et protéger les actifs issus du domaine du biocontrôle pour améliorer leur efficacité. Finalement, cette technologie sera exploitée pour cibler des pathogènes vasculaires, qui sont difficilement accessibles avec les vecteurs actuels.  

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Le process dENGreen est-il suffisamment avancé pour être commercialisé ?

FG : Nous en sommes pour l’instant à la preuve du concept chez l’animal et pour passer ce cap, nous prévoyons une levée de fonds en seed, auprès de fonds d’amorçage et de family offices. Ils pourraient nous accompagner d’un point de vue technologique pour renforcer la propriété intellectuelle de nos brevets, avant d’envisager le développement de partenariats avec des industriels. Nous espérons boucler une première levée de fonds de 3 millions d’euros à l’automne 2023.

Ensuite, dans la deuxième partie de l’année prochaine, nous comptons débuter les premiers contacts avec des fonds d’investissements mondiaux cette fois, présents dans la biotech, pour lancer une levée de fonds de série A d’un montant de 7 millions d’euros. Un financement que nous espérons boucler début 2025. Et les cibles de développement des solutions d’ENGreen étant mondiales, ses actionnaires doivent l’être aussi.

A noter qu’en parallèle, nous travaillons aussi sur l’aspect réglementaire pour faire avancer le dossier sur la partie commercialisation de notre technologie en Europe, mais aussi dans le monde, où de plus en plus de problèmes causés par le réchauffement climatique apparaissent.

Vous parliez de nouer des partenariats avec des industriels, expliquez-nous comment ?

FG : Nous pensons que les industriels en recherche de solutions nouvelles sur le végétal et sur la santé animale, comme les grands laboratoires vétérinaires, dont certains ont d’ailleurs déjà développé des vaccins contre la grippe aviaire, pourraient être intéressés par des co-développements avec ENGreen. La société fonctionnera probablement au cas par cas avec les industriels. De notre côté, nous maitrisons la technologie de vectorisation à l’aide de ces nanoparticules. L’industriel, quant à lui, détiendra par exemple un peptide ou un ARN qu’il voudra véhiculer à l’aide de nos vésicules extracellulaires. Il s’agira dans ce cas-là, d’un co-développement. Un contrat de licence est également envisageable. Et enfin, une troisième voie possible sera celle d’un développement en interne sur quelques cibles d’intérêt. Mais si dans les mois à venir, un industriel vient à nous avec un peptide ou un ARN d’intérêt, nous pourrions nous lancer.