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Laurent de Crasto (ImmunRise Biocontrol) : « Nous comptons orienter notre développement sur les maladies fongiques. »

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Laurent de Crasto est cofondateur et Pdg d'ImmunRise Biocontrol. Crédits : © ImmunRise

Fondée en 2015 par Laurent de Crasto, ingénieur agronome, et Lionel Navarro, chercheur du CNRS, ImmunRise Biocontrol utilise les propriétés antifongiques de la microalgue marine Amphidinium carterae pour développer des produits de biocontrôle pour la viticulture et l’agriculture. Son Pdg Laurent de Crasto revient sur les récents résultats des essais de sa molécule dans un vignoble du Bordelais, et sur la levée de fonds en cours qui permettra de préparer l’industrialisation de la production et la mise sur le marché de la solution.  

Pouvez-vous nous en dire plus sur les résultats des essais en champs de votre fongicide naturel dans un de vos vignobles partenaires, le Château Lambert à Saint-Aignan ?

Nous menons ces essais en champs depuis quatre ans sur une parcelle de près de 3000 m², avec une viticultrice en conventionnel qui cherche à développer un programme avec zéro résidu de pesticides. En 2025, nous avons fait 10 traitements ImmunRise, avant et après 3 traitements phytosanitaires conventionnels contre le mildiou au moment de la floraison en juin. Nous avons eu le même rendement que sur le conventionnel, avec des raisins intacts et 80% de pesticides utilisés en moins. Nous gardons les traitements conventionnels à la floraison car ça reste un traitement exploratoire. L’année prochaine nous allons peut-être passer sur la floraison aussi. 

Nous faisons aussi des tests dans le Médoc à Pouillac, et en 2026 nous irons dans d’autres régions viticoles, à Cognac, en Champagne. Nous allons tester des formulations et des doses un peu différentes pour pousser le produit et voir dans quel programme il peut s’intégrer. 

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Vous n’avez qu’un seul produit dans votre gamme ? 

Nous sommes en train d’élargir la gamme. La microalgue Amphidinium carterae va rester l’actif principal, mais nous élargissons les formulations et les doses, d’autant que le produit a un spectre d’action large qui ne se limite pas au mildiou de la vigne. Il fonctionne aussi sur des cultures comme la pomme, la tomate et les céréales. À partir de 2026, on va faire des essais sur d’autres cultures, pour vérifier que le produit est aussi robuste qu’en viticulture. 

Où en est le processus d’homologation de votre biofongicide ? 

C’est un produit de biocontrôle pour lequel nous devons obtenir une homologation au niveau européen, puis français, et ça prend 3 à 5 ans en fonction des dossiers. Donc le produit ne sera pas commercialisé avant 2029 en Europe. 

Nous sommes aussi en train de déposer des dossiers d’homologation sur d’autres zones que l’Europe. Les marchés aux États-Unis, en Amérique du Sud et dans certains pays d’Asie sont un peu plus rapides dans leurs délais d’homologation. Nous pensons peut-être gagner un an, avec une commercialisation dès 2028 sur certains continents. 

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En avril dernier, vous remportiez l’appel à projet de France 2030 pour votre projet Seeds of Love. Comptez-vous aussi utiliser votre molécule pour le traitement de semence ? 

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C’est un débouché sur lequel on travaille pour notre algue, d’autant que certains produits utilisés aujourd’hui en traitement de semences ont été ou vont être interdits. Par exemple, le thirame, qui servait à traiter les semences potagères, a été interdit en 2018. Il y aura besoin d'être remplacé. 

Nous voulons arriver sur le marché au moment où les produits conventionnels seront interdits. Nous sommes en train de finaliser la formulation de ce nouveau traitement des semences avant de faire la demande d’homologation. Normalement, elle est un peu plus courte car elle ne nécessite pas de demande d’AMM nationale, mais cela va quand même prendre de 3 à 4 ans. 

Est-ce que vous avez d’autres produits en développement à partir de nouvelles microalgues d’intérêt ?

Nous avons déjà identifié d’autres souches de microalgues que nous prévoyons de développer ces deux prochaines années. Nous comptons orienter notre développement sur les maladies fongiques. Les fongicides représentent environ 40% de l’ensemble des produits phytosanitaires utilisés en agriculture.

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Vos microalgues sont aujourd’hui produites par l’entreprise islandaise Agalif. Pourquoi ce choix ? 

La société Agalif est parmi les meilleurs producteurs de microalgues en Europe, voire au monde. Nous produisons nos microalgues avec eux depuis quelques années déjà. En plus, ils bénéficient d’une énergie totalement décarbonée, grâce à la géothermie et l’hydroélectricité. 

Pour l’instant, nous avons la capacité de produire suffisamment de microalgues, au moins pour nos essais et pour les demandes d’homologation. Nous sommes en train de discuter pour élargir la capacité de production à plus de 50 m3, avec une échelle de production préindustrielle. Après l’homologation de notre premier produit, nous pourrons envisager de construire un bâtiment dédié dans le cadre d’une coentreprise avec Agalif pour assumer une production plus importante. Internaliser notre production n'est pas un objectif pour l’instant. 

La société avait levé 5 M€ en 2022. Un nouveau tour de table est-il prévu ? 

Avec nos bons résultats, nous cherchons en effet à lever 10 M€ pour aller au bout de l’homologation, obtenir les AMM et lancer la production industrielle. Nous sommes déjà en contact avec des investisseurs, nous cherchons des industriels ou des fonds d’investissement. Nous nous donnons jusqu’à fin 2026 pour boucler ce tour de table.