Élections chambres : les clés du scrutin
Les élections des chambres d’agriculture de 2025 se tiendront après trois évènements notables qui font planer une incertitude sur la stabilisation du paysage syndical en cours depuis 2013. D’abord un changement de cap à la tête de la Coordination rurale, incarné par la bretonne Véronique Le Floc’h, qui assume désormais clairement les méthodes musclées de la fédération du Lot-et-Garonne. Puis les manifestations de l’hiver dernier dans le Sud-Ouest, où le syndicalisme majoritaire s’est fait déborder par sa base, donnant naissance quelques mois plus tard à des structures dites « a-syndicales ». Et enfin la dissolution du Parlement et l’affaiblissement des gouvernements depuis un an, qui ont diminué la FNSEA dans son rôle traditionnel de négociateur.
S’il a connu un regain d’intérêt récent dans la sphère publique, grâce aux manifestations agricoles et au surgissement dans les médias généralistes de la Coordination rurale (CR) et de ses « bonnets jaunes », le syndicalisme agricole reste un domaine d’étude relativement pauvre. Le ressort des votes pour chacune des trois grandes centrales est encore assez méconnu.
Pour éclairer le débat, quelques ressources précieuses existent. Nous nous appuierons sur les travaux et entretiens menés en 2019 avec deux chercheurs spécialistes, Roger Le Guen et Serge Cordellier – malheureusement disparu en 2023 – et avec le sociologue François Purseigle cette année.
Pour ce scrutin de 2025, nous retiendrons que deux évènements pourraient perturber le tableau relativement stable qu’est le syndicalisme agricole depuis dix ans : l’élection de Véronique Le Floc’h à la tête de la Coordination rurale, et les manifestations de l’hiver dernier qui ont vu les syndicats agricoles se faire déborder dans le Sud-Ouest – où la CR est d’ailleurs déjà bien implantée.
La concomitance de ces deux évènements, auxquels il faut ajouter l’affaiblissement des gouvernements depuis un an – dont la FNSEA est généralement l’interlocuteur privilégié – , plaide pour une poussée de la Coordination rurale. Mais les inconnues restent nombreuses, notamment le niveau de l’abstention et le renouvellement important du corps électoral entre chaque scrutin.
Rappelons qu’en plein mouvement des « gilets jaunes », le précédent scrutin avait finalement été celui de la stabilité, confirmant la thèse du « pluralisme stabilisé ».
Après être apparues dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, la Confédération paysanne et la Coordination rurale ont achevé de s’installer dans le paysage agricole il y a dix ans, en présentant des listes dans presque tous les départements. « En 2013, l’offre syndicale est apparue stabilisée et, au moins temporairement, saturée avec trois organisations », résumait Serge Cordelier.
Le vote, qui se tiendra du 15 au 31 janvier, dira si une nouvelle dynamique est enclenchée.
Avant d’évoquer le rôle des manifestations de l’hiver dernier, il faut se pencher sur ce qui est advenu à la Coordination rurale quelques mois plus tôt – et qui peut être lu comme un évènement annonciateur, compte tenu de l’implantation du syndicat dans le Sud-Ouest. Fin 2022, le deuxième syndicat agricole a placé à sa tête une agricultrice, Véronique Le Floc’h, en rupture ouverte avec la précédente équipe, notamment sur le terrain des modes d’action syndicale.
Ce changement de cap intervient après le scrutin décevant de 2019 pour la Coordination rurale, qui n’avait progressé que d’un point, après + 2 points en 2013 et + 6 points en 2007. Ce score promettait une forme de stagnation au syndicat minoritaire, après trois décennies de croissance portées par son déploiement géographique. Pour ses adhérents, le rebond devait donc venir de l’action directe, soit une forme de retour aux sources – on se souvient de la tentative de blocus de Paris en 1992.
En conflit ouvert avec la précédente équipe dirigeante – qui a porté plainte contre elle pour « escroquerie » au service de remplacement – , Véronique Le Floc’h doit notamment son accession à la présidence au soutien de Serge Bousquet-Cassagne (Lot-et-Garonne), qui a mené la construction illégale du lac de Caussade. Ses modes d’action sont désormais pleinement assumés. « Sous le mandat précédent, ils faisaient peur, a expliqué Véronique Le Floc’h dans nos colonnes fin décembre. C’était un peu comme s’ils ne voulaient pas cautionner ce qu’ils faisaient, alors qu’ils font partie de la même famille. »
Depuis lors, le syndicat multiplie les actions coup de poing, avec deux tentatives illégales de bloquer le marché de Rungis (en janvier, puis en décembre), un appel remarqué – qui ne sera pas non plus suivi d’effets – à « affamer » la ville de Toulouse, des dégradations de locaux de l’Office français de la biodiversité (OFB) donnant lieu à quatre placements en garde à vue.
La Coordination rurale affirme aussi avoir changé de rapport au monde politique. « Avant, être apolitique, cela voulait dire ne parler à aucun parti politique. Désormais, cela signifie parler à tous les partis politiques », a indiqué son porte-parole Patrick Legras. Option compréhensible face à un Parlement très éclaté, quitte à apparaître souvent raccord avec les propositions d’un Rassemblement national au plus haut, et dont la CR compte dans ses rangs la plus grande proportion de sympathisants parmi les syndicats.
Plus de trente ans après sa création, notamment par l’absorption de la FFA (proche du Front national), les ressorts du vote pour la Coordination rurale, et leur évolution, sont encore peu étudiés, soulignait Serge Cordelier en 2019. Elle a notamment pris place dans des régions qui furent des fiefs du communisme rural. Tel est le cas du Lot-et-Garonne, de la Charente, de la Haute-Vienne, ou du Beaujolais, « où le vote communiste rural a disparu au même rythme que le métayage, historiquement très présent ».
L’autre grande question de ce scrutin de 2024, c’est la performance du syndicalisme majoritaire FNSEA/JA, avec un enjeu majeur : rester au-dessus des 50 %, conserver la majorité absolue, alors qu’il se maintient entre 56 et 53 % depuis 1995. Et rien n’est fait après les manifestations dans le Sud-Ouest et en raison de la faiblesse persistante des gouvernements successifs.
Ces derniers mois, la FNSEA n’aura eu de cesse de répéter la même demande : mettre en œuvre les promesses faites au printemps par le gouvernement Attal. Alors que le syndicalisme majoritaire semblait avoir repris la main sur un mouvement de grogne qui lui avait d’abord échappé, la dissolution du Parlement et l’affaiblissement des gouvernements ont mis à mal son traditionnel exercice de négociation.
Or, c’est cette capacité à synthétiser les attentes du monde agricole, puis à peser face aux pouvoirs publics, grâce à la majorité absolue des votes des agriculteurs qu’elle représente, qui fait l’ADN de cette centrale, rappelle Roger Le Guen. Si elle ne parvenait plus à transformer les demandes du monde agricole en politiques publiques, son rôle singulier de « forteresse agricole » (Gilles Luneau, Fayard, 2004), de lieu où la profession s’entend au préalable sur sa stratégie de négociation, pourrait vaciller.
La situation est d’autant plus compliquée que, vis-à-vis du monde agricole, le syndicat majoritaire marche sur des œufs depuis un an, notamment depuis le deal conclu à l’automne 2023 entre son président Arnaud Rousseau et la Première ministre de l’époque, Élisabeth Borne : une trajectoire de hausse du GNR négociée contre des assouplissements fiscaux. En effet, une des premières revendications entendues sur les blocages autoroutiers aura été le prix du GNR.
Contrairement à 2009, la FNSEA et les JA ont vite réagi cette fois, et accompagné le mouvement. Quelques jours après les barrages d’autoroutes apparus dans le Sud-Ouest, le duo avait lancé ses troupes sur le terrain dans toute la France, et établi lui-même une nouvelle liste nationale de demandes syndicales. La machine de négociation se mettait en marche – quitte à noyer la nature régionale de ce mouvement.
Problème : les pouvoirs publics ont semblé faillir, face à des syndicats qui ne voulaient pas lâcher la pression jusqu’aux élections de janvier. Si de premières annonces d’envergure ont été adoptées au printemps, telles que l’annulation de la hausse du GNR (sans remise en cause des acquis fiscaux) ou la fin des jachères administratives, de nombreuses promesses restent encore en suspens, notamment fiscales.
La faute à la dissolution du Parlement, puis à la censure du gouvernement, qui ont stoppé plusieurs débats parlementaires, et donné l’impression que le syndicat ne parvenait pas à obtenir de résultats concrets, quand bien même les gouvernements successifs lui étaient relativement acquis.
Cette faiblesse des gouvernements – que la conclusion d’un accord avec le Mercosur sans l’aval de la France n’aura pas démentie – est un vent contraire de plus pour le syndicalisme majoritaire, qui nourrit un mouvement plus général de défiance des institutions. Or, bien plus qu’un syndicat, la FNSEA est « l’institution centrale de la profession agricole », rappelait Roger Le Guen en 2019. Une place difficile à tenir en temps de crise.
Des trois syndicats, la Conf' est celui qui est apparu le plus en retrait ces derniers mois, et singulièrement à l’occasion des manifestations agricoles de cet hiver, bien qu’elle y fut active. Discrète jusqu’à faire oublier qu’elle s’était montrée très à l’offensive sur le sujet des « méga-bassines » quelques mois plus tôt – quitte à se mettre à dos une partie du monde agricole, en s’attaquant aux outils de production d’agriculteurs moyens.
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Même si elle n’est pas restée immobile, la Conf' a manqué le coche des manifestations de cet hiver. En visant essentiellement les enseignes de grande distribution et leurs centrales, la Conf' n’est pas parvenue à se démarquer dans les médias, comme elle le fit aux grandes heures de José Bové, ou comme y parvinrent les « bonnets jaunes » de la CR.
Mais le syndicat « paysan » s’était distingué durant les mois précédents, sur un autre thème qui lui est cher depuis plusieurs années : le stockage de l’eau, son partage et ses usages. Face aux « méga-bassines » du Poitou, le mode opératoire et la cible sont restés dans les esprits : le syndicat a visé des outils de production d’exploitations agricoles, avec le soutien d’organisations écologistes partisanes de l’action directe.
Comme lors du précédent de Sivens, le résultat électoral de ce type d’action est soumis à caution pour deux raisons ; d’une part, la multiplicité des organisateurs de ces manifestations, qui a pu noyer la présence de la Confédération paysanne au profit d’autres noms nouveaux comme les Soulèvements de la Terre ou Bassines non merci. L’autre aléa tient à la réception directe de ses actions auprès du monde agricole lui-même. Les adhérents de la Coop de l’eau visés dans les Deux-Sèvres sont des agriculteurs moyens. Quitte à braquer ceux qui leur ressemblent.
Mais après 37 ans d’existence, et un score stable depuis 2007, la Confédération paysanne ne semble plus chercher à élargir sa base de ce côté, et viser plutôt les jeunes non issus du monde agricole (Nima), qui s’installent souvent en maraîchage, seule orientation technico-économique dont le nombre d’exploitations croît depuis dix ans. Après José Bové en 2000, la Conf' a d’ailleurs nommé une nouvelle Nima à sa tête en 2023, en la personne de Laurence Marandola.
« On peut se demander si la Conf a envie de parler à d’autres agriculteurs que ceux qu’elle cherche à incarner, à défendre », s’interroge François Purseigle. Dans son enquête conduite au printemps lors des élections législatives, le sociologue montre « l’éloignement des individus qui se situent dans le pôle alternatif. En termes de caractéristiques socio-économiques et de positionnement idéologique, ils sont plus éloignés des autres. Finalement, le discours porté par la Conf n’est pas aligné avec les attentes des autres franges de la population agricole. »
C’est bien en dehors des syndicats que s’est organisé le mouvement de contestation de l’hiver dernier dans le Sud-Ouest. Et c’est l’un des enjeux de ce scrutin que de savoir comment ses manifestations se concrétiseront dans les urnes, notamment chez des agriculteurs jusqu’ici peu investis dans les mouvements agricoles, et qui se mobilisèrent alors massivement.
L’un des scénarios les plus probables est effectivement un vote sanction envers le syndicalisme majoritaire : « On peut imaginer que ces élections soient l’occasion pour certains de sanctionner des listes en place, que le scrutin constitue un cadre pour une nouvelle forme de la contestation », analyse François Purseigle.
Cette contestation devrait d’abord profiter à des listes a-syndicales, comme celle des « Ultras de l’autoroute A64 » en Haute-Garonne. Ou encore en Tarn-et-Garonne, où des anciens membres de la Coordination rurale ont fondé le Syndicat des paysans occitans (qui n'a pas présenté de liste aux élections).
Le mouvement devrait aussi profiter à la Coordination rurale, qui est très bien implantée dans le Sud-Ouest, et dont les modes d’action musclés ont pu incarner une volonté de changement de ton dans cette région vis-à-vis des pouvoirs publics. C’est d’ailleurs un des objectifs affichés par la CR. « Nous visons essentiellement les non-syndiqués, explique récemment Véronique Le Floc’h dans nos colonnes. Ceux qui sont à la FNSEA, pour beaucoup d’entre eux, c’est une religion, et leur demander de changer est impossible. »
Mais « selon les départements, elle pourrait profiter à toutes les organisations » – les Jeunes agriculteurs incarnant ici et là « une forme de contestation », prévient François Purseigle. « Là où les lignes de porosité sont les plus grandes, c’est entre la FNSEA et la CR. La Confédération paysanne, au contraire, ne semble pas vouloir parler à d’autres agriculteurs que sa propre clientèle. La CR fait plus de bruit. Mais dans certains départements, les FDSEA et les JA ont aussi engrangé des adhésions. »
Parti de la base et non des appareils, ce mouvement nous ramène à l’épisode de la « grève du lait » de 2009, durant laquelle la Coordination avait habilement soutenu l’Apli. Quid des résultats électoraux ? Pour Serge Cordelier, cela a pu bénéficier à la CR en Bretagne ou en Basse-Normandie. Mais elle avait au contraire régressé en Aveyron, d’où venait pourtant le président de l’Apli Pascal Massol.
Cette fois-ci, les soutiens au mouvement sont venus de tous les syndicats, et les ralliements semblent plus difficiles. À l’exception justement de l’Aveyron, un département où la CR vient d’enregistrer le ralliement de mouvements autonomes nés cette année, rapporte François Purseigle.
Un autre résultat possible des manifestations, c’est le rebond de la participation, compte tenu du regain d’intérêt pour les politiques agricoles. Mais rien n’est certain – d’autant plus dans un contexte d’affaiblissement des gouvernements. Fin observateur des scrutins départementaux, Serge Cordellier n’avait jamais réussi à établir de corrélation entre l’intensité des enjeux électoraux des chambres d’agriculture départements et la participation des agriculteurs.
« Le risque numéro un, c’est l’abstention », analyse François Purseigle. Dans son enquête menée en partenariat avec Réussir-Agra avant les élections européennes de juin, il constatait que pas moins de 30 % des agriculteurs ne se sentaient proches d’aucune organisation syndicale : « Pour ceux-là, il peut tout à fait y avoir aussi une tentation d’abstention. »
Sur le temps long, la participation a bel et bien tendance à s’éroder. Et elle a particulièrement reculé sur les deux derniers scrutins, tombant pour la première fois sous la barre des 50 %. Elle atteignait ainsi 46 % en 2019, soit un niveau supérieur à l’ensemble des actifs aux élections professionnelles. Mais pour rappel, la participation des agriculteurs frolait les 70 % en 1983.
À l’instar des autres professions, le monde agricole est lui aussi touché par un rejet des syndicats. « C’est assez nouveau, constate François Purseigle. Il y a de plus en plus de difficultés pour les syndicats à représenter des situations qui sont éclatées, des agricultures qui sont de plus en plus différentes. Il y a forcément de déçus car il est difficile de porter un discours qui convienne à tout le monde. »
La formation des agriculteurs serait aussi pour quelque chose dans cette désaffection, expliquait Roger Le Guen en 2019 : « Le pouvoir du syndicalisme en général se délite à mesure que la formation initiale des agriculteurs est montée en puissance et que les jeunes se sont autonomisés du cursus familial classique. » Il remarquait que 10 % d’entre eux avaient un BTS en 1980, contre 40 % actuellement.
Le chercheur de l’Esa d’Angers note enfin que le syndicalisme agricole est bouleversé par l’envergure des nouveaux problèmes à traiter : « Il ne peut plus lutter seul, ni même en première ligne face aux critiques sur la biodiversité, le changement climatique, le bien-être animal, qui sont des objets mondialisés, globaux. Il peut seulement aider les agriculteurs à prendre part aux débats, les aider, ce qui n’est pas rien, mais implique de profonds changements de méthode et d’alliance. »
Dans leurs travaux respectifs, Serge Le Guen et Roger Cordellier s’accordent sur l’importance décisive du « bouleversement (ou effondrement) démographique » de la population agricole. Phénomène qui fragilise ou réduit considérablement la durée de vie des analyses de ce type de scrutin qui se déroule tous les six ans. En 2013, Cordellier rappelle que le nombre d’exploitants et assimilés (actif en droit de voter) a diminué de plus de deux tiers (64,87 %) entre 1983 et 2007, tandis que celui des anciens exploitants (collège 4) a augmenté de plus de moitié (53,37 %). Un effondrement qui atteint jusqu’à 74,83 % dans un des départements les plus peuplés d’agriculteurs, l’Ille-et-Vilaine. Cette chute s’accompagne par ailleurs d’un renouvellement, traditionnel, des générations, mais accéléré actuellement par la pyramide des âges. Au final : « Sur 2001-2007, près d’un tiers des inscrits avaient changé. 20 à 25 % des électeurs de 2001 avaient quitté l’agriculture, tandis que 10 % de nouveaux agriculteurs installés dans cette période étaient devenus éleveurs inscrits », notent les chercheurs. Le phénomène est d’autant plus fort qu’il est associé à une « baisse des fidélités », estime Roger Le Guen. En effet, les agriculteurs semblent moins attachés qu’avant à leurs votes passés, notait le sociologue : « Les fidélités institutionnelles se sont affaiblies. Les jeunes notamment ne regardent plus l’adhésion syndicale sous le même angle que leurs parents. Ils sont plus exigeants sur les résultats et plus centrés sur leurs projets personnels pour en juger. »
En 2008, dans la revue Pour, Serge Cordellier soulignait l’originalité du syndicat des Jeunes agriculteurs (auparavant appelé CNJA) dans le paysage agricole : « La représentativité du CNJA n’a jamais pu être mesurée puisque cette organisation ne s’est jamais présentée seule aux élections professionnelles (ses candidats ont toujours été intégrés aux listes FNSEA). » Cette originalité date de sa naissance en 1958, selon Serge Cordelier : cette année-là, Michel Debré lui « accorde une représentativité égale à celle de la FNSEA. C’est pour le gouvernement le moyen de contrebalancer l’influence de la FNSEA et d’élargir les appuis de sa nouvelle politique » (politique dite des structures, de restructuration, modernisation et intensification de l’agriculture, NDLR). Cette situation « singulière » lui vaut d’être « considérée comme organisation syndicale représentative à part entière alors que ses effectifs, comparés à ceux de la FNSEA, sont très modestes et qu’il est organiquement lié à cette dernière », estime Serge Cordellier. Aujourd’hui « l’alliance avec JA est une force dans certains départements, car ils peuvent incarner une certaine forme de contestation », constate François Purseigle. Une force sur laquelle lorgne notamment la Coordination rurale, qui multiplie les appels du pied.
Le Modef a déposé des listes aux élections des chambres d’agriculture dans 17 départements (1), contre 20 lors du précédent scrutin, a-t-on appris auprès du quatrième syndicat agricole. Le syndicat n’a pas réussi à remplir le premier de ses deux objectifs fixés fin 2022 par le nouveau secrétaire général du syndicat, Didier Gadéa, qui était de doubler le nombre de listes déposées pour le scrutin de 2024, et poursuivre ainsi le rebond engagé en 2019. Jusqu’à 2013, le Modef voyait le nombre de listes homogènes présentées reculer depuis les années quatre-vingt-dix : 60 départements en 1976-79, 40 en 1995, 33 en 2001, 21 en 2007, 13 en 2013, selon le décompte du chercheur Serge Cordellier dans la revue Pour. Ce déclin avait été stoppé en 2019, avec 20 listes présentées. Le second objectif du Modef reste de doubler son score, environ 2 % des voix aux dernières élections de 2019. En érosion quasi constante depuis plusieurs décennies, le Modef pesait 18,8 % des voix en 1976-1979, jusqu’à descendre à 1,47 % en 2013. En 2019, le Modef avait réussi à stopper sa rétractation, en obtenant 2 %. Pour rappel, son déclin avait commencé en 1983 lorsque son score avait chuté de moitié, à 8,8 %.
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