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Entretien avec le coprésident du Modef : «On n’y a jamais autant cru qu’en ce moment »

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Frédéric Mazer, coprésident du Modef, se dit confiant dans les élections des chambres d'agriculture 2025. Crédits : © Benjamin Celier

Les récents débats autour du revenu agricole légitiment le positionnement syndical fort du Modef sur cette thématique, estime son coprésident Frédéric Mazer. Dans le cadre des élections des chambres d'agriculture qui ont lieu en janvier 2025, au-delà de cette revendication historique du Modef de la défense du revenu, cet éleveur d’ovins viande bio dans le Gard plaide pour un plafonnement des aides Pac et une réforme de la TATFNB. 

Quels sont vos objectifs pour les élections des chambres ? Prévoyez-vous de doubler votre score (1,9% en 2019) au niveau national, comme annoncé en 2022 ?

Nos objectifs sont toujours ambitieux, et la conjoncture fait que nous avons raison de croire en nous. On le voit sur le terrain, beaucoup d’agriculteurs commencent à douter très fortement de la FNSEA. Nous avons déposé des listes dans 17 départements, alors que nous aurions aimé en avoir 22. Maintenir un objectif de 4 % des voix avec moins de départements que prévu, ce sera compliqué. Mais dans les départements où on est présents, on sent bien que l’on fera des scores plus importants. Notre objectif reste d’obtenir la représentativité (10% des voix, NDLR) dans un maximum de départements. On n’y a jamais autant cru qu’en ce moment. D’ailleurs, tous les syndicats – y compris la FNSEA – reprennent désormais un des plus vieux slogans du Modef : le revenu.

Sur quels thèmes allez-vous faire campagne ?

Le premier sera le revenu, le deuxième le revenu, et le troisième le revenu ! C’est notre revendication historique. Et cela passera forcément par des prix rémunérateurs, et donc par l’application d’un coefficient multiplicateur – qui est aussi une de nos revendications historiques. Les autres syndicats parlent aussi de revenu, mais oublient ce qui est indispensable à nos yeux : il faut des prix garantis par l’État. Nous avons une idée précise du mode opératoire : partir du prix de revient par production, mettre autour de la table dans chaque région les acteurs du marché et l’État, et définir ensemble un prix au-dessous duquel on ne peut pas descendre. Après quoi le préfet prendrait un arrêté pour fixer ces prix plancher garantis. Ça a déjà été fait par le passé, et c’est en train de voir le jour dans certains bassins de productions viticoles, comme dans les côtes-du-Rhône par exemple.

Un tel dispositif ne serait-il pas illégal au regard du droit européen et du droit de la concurrence ?

Pour nous, c’est possible d’un point de vue juridique. Certains États membres seraient même enchantés de voir que c’est possible. Concernant le droit de la concurrence, mettre en place des prix garantis par l’État, c’est un choix politique, c’est clair et net.

Emmanuel Macron avait proposé des prix plancher il y a bientôt un an, mais cette annonce ne s’est pas concrétisée …

Car c’est un modèle qui ne leur convient pas ! Quand j’ai rencontré Annie Genevard au Sommet de l’élevage en octobre 2024, elle m’a dit : « Vous, vous êtes pour une agriculture administrée. Moi, je suis pour une agriculture libérale. » L’agriculture est soutenue par une quantité monumentale d’argent public, je trouve ça aberrant de dire qu’elle est libérale. Et il faut voir dans quelle impasse nous mène cette soi-disant agriculture libérale. Aujourd’hui, les paysans sont dans la rue, mais ce n’est pas pour le plaisir, c’est parce que le système les a mis sur le paillasson. Les agriculteurs veulent change de cap. Il y a des tabous qu’il faut faire sauter, et c’est que le Modef veut faire.

Quelles sont vos propositions pour les chambres d’agriculture ?

Le gouvernement et ses supplétifs ont diminué les dotations de l’État pour les chambres. Elles sont en recherche permanente de financements. Résultat : elles pratiquent des services payants, mais comme les agriculteurs n’ont plus de plus de revenu, ils ne peuvent pas les payer. Il faut que l’on revienne à un véritable service public, sachant que l’accompagnement technique doit permettre de répondre à des défis majeurs pour l’agriculture, comme le changement climatique. La priorité, c’est que l’État réabonde le budget des chambres, avec une distribution plus équitable de l’argent public.

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Vous plaidez donc pour une réforme de la TATFNB (1) ?

Oui, il faut imposer les agriculteurs de manière plus équitable, car il y a des grosses fermes qui paient très peu d’impôts. Mais il n’y a pas que la TATFNB, on veut aussi redistribuer les aides de la Pac. Dans les prochaines semaines, nous allons pousser une nouvelle revendication, qui est de plafonner à 50 000 euros par actif les aides du premier pilier de la Pac. On ne toucherait pas aux petites fermes et aux exploitations de montagne, car ça ne concernerait pas l’ICHN. Les sommes dégagées permettraient de répartir plus équitablement les aides et de financer l’accompagnement à la transition écologique, notamment à travers les chambres.

À l’occasion de ces élections, visez-vous de nouveaux territoires ?

Nous avons réussi à présenter une liste dans l’Aveyron, ce qui est très intéressant, car c’est le deuxième département français avec le plus grand nombre d’agriculteurs. Il y avait déjà là-bas un Modef départemental, mais il était en sommeil depuis quelques années. Nous avons connu une vague d’adhésions en rapport avec les élections et nous avons réussi à présenter une liste. C’est une région où les autres syndicats ne répondent plus aux revendications des agriculteurs, qui sont à la recherche d’un nouveau modèle.

Ces dernières années, le Modef a accueilli de nombreux jeunes dans ses instances dirigeantes. Ce renouvellement s’est-il poursuivi ?

Tout à fait, le Modef est en train de vivre une petite révolution. Beaucoup de jeunes sont entrés au bureau national, mais aussi dans les départements, avec comme ligne directrice la défense des petits agriculteurs. Comme le foncier est inabordable, les nouveaux arrivants s’installent souvent sur des petites structures, et le discours du Modef leur parle. Nous n’avons pas de mal à trouver des jeunes qui sont réceptifs à nos idées. C’est un peu plus compliqué en maraîchage, car, dans cette production, il y a moins cette culture du travail en commun et moins d’organisations professionnelles. Mais on sent que ça arrive en apiculture ou en élevage caprin et ovin par exemple.

Propos recueillis par Yannick Groult