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La FNSEA et les JA en action nationale « mi-novembre »

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Devant la menace de plus en plus crédible de l’accord UE-Mercosur, les syndicats majoritaires mobilisent leurs troupes à l’occasion du G20 des 18 et 19 novembre. La FNSEA et les JA exigent aussi la « concrétisation » des engagements pris par le gouvernement en début d’année.

Alors que les actions se multiplient sur le terrain, « nous envisageons de repartir en mobilisation à partir de la mi-novembre », a annoncé Pierrick Horel, président national des Jeunes agriculteurs (JA), le 22 octobre. « Ce qui vient faire déborder le vase déjà bien rempli, c’est le sujet Mercosur », a-t-il expliqué en conférence de presse, devant la perspective de plus en plus crédible d’une signature de l’accord commercial UE-Mercosur. « La date [de la mobilisation] n’est pas totalement arrêtée », a indiqué le président de la FNSEA Arnaud Rousseau le même jour, notant que les agriculteurs devaient d’abord finir leurs travaux d’automne (semis, récoltes, ensilage, etc.). Et de préciser le lendemain sur RTL : « Le rendez-vous, c’est le G20 agricole au Brésil » (les 18 et 19 novembre à Rio de Janeiro, NDLR). Réagissant aux rumeurs d’un fonds de compensation agricole assorti à l’accord, le patron de la FNSEA a martelé : « L’agriculture n’est pas à vendre pour un plat de lentilles ! »

Au micro de RTL, Arnaud Rousseau s’est dit prêt « à aller loin pour faire en sorte que nos revendications soient entendues en France […], à Bruxelles ». À court terme, le tandem majoritaire attend notamment des prêts garantis et bonifiés par l’État. Après un ultimatum lancé à la nouvelle ministre de l’Agriculture dès sa nomination, M. Rousseau exigeait des réponses « à la fin de cette semaine au plus tard » (vendredi 25 octobre, NDLR). Et d’appuyer en conférence de presse : « L’urgence, c’est très clairement les prêts bonifiés, un fonds d’allègement des charges pour permettre aux exploitations de passer le cap. » Autre aide d’urgence très attendue : le fonds de 75 M€ pour compenser les pertes dues à la fièvre catarrhale ovine de sérotype 3 (FCO-3) annoncé par Michel Barnier. Pour M. Rousseau, « on a besoin qu’il englobe la FCO-8 et surtout qu’on nous dise à quel moment les premiers éleveurs vont être indemnisés ».

Les syndicats veulent mener une « bataille globale »

À moyen terme, la FNSEA et les JA demandent aussi des mesures de simplification, ainsi que l’aboutissement de la loi d’orientation agricole (LOA) et des mesures en faveur de l’agriculture prévues dans le projet de loi de finances (PLF) pour 2025. Ce texte comporte plusieurs mesures promises aux professionnels en début d’année. « Une bonne nouvelle, pour peu qu’il soit finalement voté », admet Arnaud Rousseau, tout en rappelant que la FNSEA et les JA entendent mener une « bataille globale » : « À quoi bon avoir une exonération de la TFNFB de trois ou quatre euros par hectare si par ailleurs l’Europe va importer [du Mercosur] 99 000 tonnes de viande bovine ? »

Lire aussi Crise agricole : vers un nouvel hiver de mobilisation ?

Interrogée le 23 octobre sur Sud Radio, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a dit « entendre » la colère des agriculteurs, tout en appelant à éviter « la violence », qui « est toujours une impasse », et en assurant que sa porte était « ouverte ». « Mon obsession, c’est de répondre aux engagements qui ont été pris. […] Les engagements pris seront tenus, ils sont tenus dès aujourd’hui », a-t-elle répété. Toutefois, les éventuelles réponses de l’exécutif ne seront « pas de nature à empêcher le mouvement à la mi-novembre », a prévenu Arnaud Rousseau.

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Retards de versement d’aides

L’appel national des syndicats majoritaires intervient alors que les actions se multiplient un peu partout en France, signe d’une tension croissante. En Bourgogne-Franche-Comté, le 18 octobre, une dizaine d’agriculteurs, échappés d’un groupe de 300 manifestants, ont forcé l’entrée du conseil régional afin de protester contre les retards de paiement de fonds européens, gérés par la région, a constaté un journaliste de l’AFP. Selon les JA et la FDSEA de Côte-d’Or, qui avaient appelé à la manifestation, 3 447 dossiers sont en souffrance depuis un an et demi, empêchant le versement d’aides européennes du Feader (2d pilier de la Pac), gérées par la région.

Quatre jours plus tard, à Strasbourg, c’est également contre des retards de versement d’aides que les agriculteurs se sont mobilisés devant les locaux de l’Agence de services et de paiement (ASP). Une action également dirigée contre le conseil régional, qui venait de voter une taxe sur les transports routiers. Les versements des avances sur les aides Pac 2024 « étaient attendus avec impatience dans les fermes pour le 15 octobre », rappellent la FDSEA et les JA dans un communiqué. « Malheureusement, près de 20 % des fermes ne toucheront pas l’argent, soit plus de 500 agriculteurs », déplorent-ils, pointant « l’incompétence de l’État ».

« Le temps des élections viendra »

Au niveau national, dans un communiqué du 16 octobre, le ministère de l’Agriculture s’était félicité du versement de 4,3 Md€ d’avances d’aides Pac (premier pilier et ICHN) « dès le premier jour permis par la réglementation européenne ». Il restait « 7 % de dossiers non encore payés », reconnaît la Rue de Varenne, soit « un peu moins de 20 000 exploitations ». L’exécutif avance « différentes causes » à ce non-paiement dans les temps, les deux principales étant les « modifications tardives de déclarations » (cultures d’été notamment) « dans le cadre du droit à l’erreur » et des vérifications de la qualité d’agriculteur actif. Le ministère annonce des prochains paiements le 30 octobre, courant novembre, puis le solde « pendant la première quinzaine de décembre ».

Quelques jours plus tôt, des manifestations des syndicats majoritaires avaient eu lieu dans la Marne et à Nancy. L’Occitanie n’est pas en reste, avec des panneaux retournés, échangés ou déposés devant la préfecture dans de nombreux départements. C’est aussi dans cette région, berceau du mouvement de colère de l’hiver 2023-2024, que la Coordination rurale menace de « paralyser et affamer » Toulouse. Une surenchère syndicale probablement liée à la proximité des élection des chambres d’agriculture, le 31 janvier 2025. Une explication balayée par Arnaud Rousseau le 22 octobre. « La première préoccupation des agriculteurs aujourd’hui, c’est la météo », a-t-il rétorqué, ajoutant que « le temps des élections viendra ».

« Ce qui vient faire déborder le vase déjà bien rempli, c’est le Mercosur »

Des retards de versement d’aides mettent de l’huile sur le feu