C’est un feu nourri de questions et d’inquiétudes, au soir du 13 novembre, auxquelles le ministre de l’Agriculture a dû faire face à l’Assemblée nationale pour la discussion de son budget. Le contexte s’y prête : avec des crédits de paiement en recul de 2,1 %, incluant une baisse de 9 % pour la valorisation des produits, Michel Barnier a dû faire un tri drastique pour sélectionner quelques priorités. Un amendement proposé par le gouvernement a permis d’étoffer les crédits destinés à l’installation des jeunes.
«La baisse de vos crédits nous inquiète », lançait le rapporteur de la commission économique Antoine Herth (UMP, Bas-Rhin). « La conjoncture actuelle ne doit pas conduire à baisser la garde face aux défis qui attendent l’agriculture de demain », poursuivait-il. Rapporteur spécial pour ce budget, Nicolas Forissier (UMP, Indre) avait souligné les différents signes d’un financement préoccupant : utilisation des recettes de la vente de l’immeuble de l’Onic pour compenser la réduction des crédits d’intervention des offices ; Fonds de calamités agricoles (FNGCA) non doté ; budget Agridiff (agriculteurs en difficultés) divisé par deux ; insuffisance des moyens de l’agence de communication (Aficar), etc. Ce qui n’a pas empêché le député d’inciter ses confrères à adopter ce budget, compte tenu des priorités dégagées néanmoins par Michel Barnier et du travail de rationalisation de ses services. Une position similaire de la part de François Sauvadet, député de Côte-d’Or, qui s’exprimait au nom du Nouveau centre.
Moins de promotion
À gauche, Jean Gaubert (PS, Côtes-d’Armor) n’y allait pas de main morte, constatant qu’une réduction de budget de 2,37 % en euros courants équivalait à -4 % en euros constants. Et de regretter la baisse des crédits d’intervention des offices, la réduction des moyens de promotion internationale, « dix millions de moins sur l’appui au revenu des agriculteurs, la DJA, les prêts bonifiés. » Jean-Claude Sandrier (PC, Cher) estimait, pour sa part, que « les agriculteurs mais aussi les consommateurs peuvent à juste titre s’interroger sur la volonté de ce gouvernement de peser en faveur d’une agriculture respectueuse des hommes et des territoires. » Suivait un feu nourri de questions, tant sur des évolutions générales du budget que sur des conséquences particulières dans les départements de la part de députés sans doute sensibilisés par la proximité des élections municipales. Marc Bernier (UMP, Mayenne) se félicitait de la stabilité des crédits pour l’enseignement et la recherche en s’inquiétant de l’avenir de l’enseignement technique ( « les agriculteurs ne comprendraient pas que le ministre de l’Education soit le seul responsable de l’avenir de ce secteur »). Marc Le Fur (UMP Côtes-d’Armor) mettait en avant les difficultés des éleveurs de porcs ; Nicole Ameline évoquait le rôle des Safer dont « il faut privilégier la mission de restructuration » ; Pascale Gruny plaidait en faveur des biocarburants tandis que d’autres s’inquiétaient des files d’attente pour les différentes aides agricoles (modernisation des bâtiments agricoles, installation des jeunes, PHAE, ICHN), des réductions des budgets des offices, du déficit du FFIPSA (prestations sociales agricoles), etc. Autant que questions auxquelles Michel Barnier répondait point par point, constatant par exemple une augmentation des montants moyens des ICHN (de 2 650 euros) 5 370 euros entre 19997 et 2007 ou une reconduction de l’enveloppe des PHAE, spécifiant également que la liste d’attente pour les aides aux bâtiments d’élevage est en cours de réduction.
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Le Sénat veut retirer à l’Aficar pour donner au FNGCA
Un jour plus tard, la Commission des finances du Sénat se faisait également critique, évoquant une « situation budgétaire dégradée, caractérisée par d’importants reports de charges à la fin de l’année 2007 » tout en reconnaissant « les efforts de maîtrise budgétaire » de Michel Barnier. La commission regrettait la persistance, au sein du projet de loi de finances pour 2008, de « poches de sous-budgétisation » concernant notamment le fonds national de garantie contre les calamités agricoles (FNGCA). Et d’adopter un amendement « tendant à supprimer la subvention attribuée à l’Agence française d’information et de communication agricole et rurale (Aficar), dont elle a jugé les missions non prioritaires, et à en réaffecter le produit au FNGCA ».