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Manifestations : semaine marquée par les interpellations

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Après la Coordination rurale la semaine dernière, les autres syndicats ont organisé des rassemblements à Paris : le 13 janvier pour la FNSEA, le 9 et le 15 janvier pour la Confédération paysanne, dont la seconde action s’est soldée par de nombreuses interpellations.

Le nouveau train d’annonces de Sébastien Lecornu, le 13 janvier, n’aura pas suffi à calmer la colère paysanne, mais ces derniers jours ont été marqués par de nombreuses interpellations.

Les agriculteurs sont restés mobilisés dans plusieurs régions de France mercredi 14 et jeudi 15 janvier, à l’appel des principaux syndicats agricoles. Et d’autres actions étaient prévues les jours suivants, notamment un rassemblement à Strasbourg le 20 janvier contre l’accord UE-Mercosur (FNSEA, Copa-Cogeca). Avant cela, le syndicat majoritaire a annoncé une action régionale à Lyon le 15 janvier, ainsi que dans de nombreux autres départements.

La veille, une dizaine de tracteurs de la Coordination rurale (CR) du Gers ont filtré la circulation sur un rond-point menant à l’aéroport Toulouse-Blagnac. Le préfet de Haute-Garonne ayant interdit la manifestation, deux agriculteurs ont été interpellés dans la Ville rose, rapporte l’AFP : Lionel Candelon, président de la chambre du Gers (CR), et Luc Mesbah, secrétaire général de la FDSEA. Un autre groupe a bloqué l’A64 en déversant des pneus et de la paille, à proximité du périphérique.

Barrages filtrants dans le Var ou sur l’autoroute A1 (nord), blocages de dépôts pétroliers dans la Marne, en Gironde, et en Savoie, opération escargot en Meurthe-et-Moselle, etc. : les syndicats ont varié les modes opératoires. En début de semaine, le 12 janvier, les actions, dirigées notamment contre l’accord UE-Mercosur – qui devait être signé samedi 17 au Paraguay – ont surtout ciblé les autoroutes et les ports. Au Havre (Seine-Maritime), premier port français pour le trafic de conteneurs, des militants FDSEA et JA ont filtré et contrôlé les camions frigorifiques, vérifiant leur provenance.

Le même jour, au port de Bayonne, une centaine d’agriculteurs de la Confédération paysanne, du Modef et du syndicat basque ELB ont bloqué un site céréalier d’exportation de Maïsica. À La Rochelle, une soixantaine de manifestants ont établi un barrage de ballots de paille devant des installations pétrolières sur le port industriel, à l’appel de la CR. Des manifestations, réunissant entre plusieurs dizaines et plusieurs centaines de participants (selon l’AFP ou la presse locale), ont également eu lieu à Metz, Pau, Périgueux, Poitiers, Dax et Limoges.

La Conf' occupe une annexe du ministère

Mais c’est surtout la capitale qui s’est imposée comme un passage obligé de démonstration de force pour les syndicats. La Conf’ a ainsi mené une action spectaculaire mercredi 14 janvier, en parvenant à occuper pendant une heure une annexe du ministère de l’Agriculture avec une centaine de militants. Selon la Conf’, 52 d’entre eux « ont été interpellés, notamment les trois porte-parole nationaux du syndicat », et placés en garde à vue. Ils ont tous été relâchés le lendemain. Aucune poursuite n’a été engagée contre eux, « en raison de l’absence d’infraction suffisamment caractérisée, pour l’ensemble des personnes interpellées » (pas de dégradation), selon un message du parquet transmis à l’AFP.

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Plusieurs députés dont Éric Coquerel, Sandrine Rousseau et Manon Meunier ont apporté leur soutien lors de cette action. Parmi les manifestants, une importante délégation d’agriculteurs d’outre-mer. « La colère qui s’exprime depuis des semaines dans l’Hexagone, sur la gestion de la crise de la dermatose nodulaire et l’accord UE-Mercosur, fait écho aux difficultés que rencontrent les paysans des Drom », explique la Confédération paysanne dans un communiqué. Et le syndicat de demander « en urgence la refonte » des aides du Posei (Pac), pour les rendre « accessibles à toutes et tous », les plafonner et les redistribuer « équitablement pour lutter contre la concentration des aides dans les mains de quelques grands groupes agroindustriels et familles ».

350 tracteurs FNSEA à Paris

Quelques jours plus tôt, le 9 janvier, plusieurs dizaines d’agriculteurs de la Conf’ étaient entrés sur le périphérique parisien, porte de Montreuil, avec six tracteurs, bloquant la circulation, rapporte l’AFP. Dans un communiqué, le syndicat revendique « une centaine » de manifestants, issus de la Conf’ mais aussi de plusieurs organisations de la société civile (Soulèvements de la terre, CGT Paris, Solidaires, Cancer colère, collectif « Agro en lutte » d’étudiants d’AgroParisTech). En marge de la manifestation, deux des trois porte-paroles nationaux de la Conf’, Stéphane Galais et Thomas Gibert, avaient été interpelés et placés en garde à vue, puis relâchés le jour même.

Le 13 janvier, c’était au tour de la FNSEA de montrer les muscles à Paris. À l’appel de la FRSEA du Grand bassin parisien, plusieurs centaines de tracteurs (350 selon la préfecture, 500 selon le syndicat) tracteurs sont entrés dans Paris mardi, pour les premiers dès 6h du matin. Venus des départements de la grande couronne parisienne, mais aussi des Hauts-de-France, les tracteurs de la FNSEA et des JA s’étaient installés non loin de l’Assemblée nationale, où Sébastien Lecornu a décidé de leur permettre de passer la journée, selon une source proche du dossier. Des représentants de la FNSEA ont pu rencontrer Sébastien Lecornu en début d’après-midi, avant que celui-ci ne fasse ses annonces (1). Après quoi les manifestants ont passé la nuit devant l’Assemblée nationale pour négocier de nouvelles avancées, avant de lever le camp mercredi matin.

La CR dénonce « une différence de traitement »

Après cette manifestation FNSEA, autorisée par la préfecture et sans interpellation, la Coordination rurale a dénoncé « une différence de traitement » avec ses actions du 8 janvier, qui l’ont vue braver une interdiction d’entrée dans Paris. « Nous avons constaté avec amertume une véritable politique d’empêchement et d’arrestations visant notre mobilisation, alors qu’aujourd’hui la FNSEA bénéficie d’un traitement très différent à Paris pour permettre l’avancée de ses tracteurs vers les lieux de pouvoir », estime le syndicat. Pour la manifestation de la Coordination rurale du 8 janvier, le ministère de l’Intérieur a considéré que le syndicat avait « appelé à bloquer la capitale », et s’était félicité que ce ne soit pas le cas. Un dispositif avait « empêché un certain nombre de tracteurs de venir dans la capitale ».

YG (avec AFP)

Les ports ciblés en début de semaine, comme symbole de l’importation

52 militants de la Conf' interpellés, dont les trois porte-paroles nationaux