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Néonicotinoïdes : « Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’on vote une telle dérogation »

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Jean-Marc Zulesi, député LREM des Bouches-du-Rhône, s’est distingué au sein de la majorité en votant en 2018 en faveur d’une date de sortie du glyphosate dans la loi Egalim. Reconnaissant l’urgence de la dérogation à venir sur les néonicotinoïdes, l’élu prévoit déjà d’amender le texte.

La dérogation sur les néonicotinoïdes signifie-t-elle un recul de l’action de la majorité sur la biodiversité ?

Pour ceux qui comme moi sont proches du monde apicole, ce n’est pas de gaieté de cœur que l’on s’apprête à voter une telle dérogation. Mais elle est nécessaire lorsqu’on se trouve face à la réalité. La filière sucrière française est en grande difficulté. Les betteraves ont été décimées par la jaunisse, à la suite d’un hiver doux propice aux pucerons porteurs de ce virus. Si nous n’apportons pas de solution, nous perdrons donc cette filière, au risque de devoir trouver les betteraves ailleurs. Il est aussi important de noter que la dérogation est limitée à l’enrobage des semences.

La filière betterave a-t-elle été réticente, selon vous, sur les alternatives ?

Avant d’attaquer la filière, je préfère balayer devant ma porte. Force est de constater que l’État et le législateur, dans la loi biodiversité de 2016, n’ont pas mis tous les moyens en place pour accompagner cette politique dans les filières et les territoires. Or, la véritable écologie consiste à prendre des décisions, mais surtout à accompagner les acteurs concernés.

Cette loi biodiversité avait été portée par Barbara Pompili, devenue depuis ministre de la Transition écologique. Avez-vous pu échanger avec elle ?

Nous sommes en lien constant, et je sais qu’elle partage nos exigences. D’ailleurs, dès la fin de la pause parlementaire, la commission du Développement durable dont je suis membre rencontrera la ministre et le ministre de l’Agriculture sur ce sujet. Nous serons très vigilants, parce que c’est un sujet très sensible. À tel point, d’ailleurs, que certains collègues voudront peut-être s’abstenir lors du vote.

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Souhaitez-vous faire évoluer le texte lors de son examen ?

Cinq millions ont été mis sur la table pour accompagner la filière. J’étudie donc la possibilité d’amender la loi afin que les parlementaires de la commission du Développement durable et des Affaires économiques soient associés au suivi de ce plan.

J’ai par ailleurs remarqué que le bilan de l’Anses sur les alternatives a disparu de la version actuelle du texte. Or, pour apaiser le débat, il pourrait être pertinent de rajouter à nouveau cet appui scientifique. Il y a aussi un sujet sur la période de dérogation, qui court actuellement jusqu’en 2023. Le texte de loi permettra de cadrer cela.

Le plan de relance pourra-t-il également soutenir la transition vers l’agroécologie ?

Le plan de relance doit effectivement accompagner les filières vers une agriculture plus raisonnée. Mais tout se joue réellement au niveau européen, avec une révision nécessaire des aides de la Pac.

« La véritable écologie consiste à accompagner les acteurs concernés »