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Nutrition et climat : ce qu’il faut retenir du projet de Snanc

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Limitation de la consommation de viande sans objectif chiffré, création d’une « semaine de l’alimentation durable favorable à la santé », possibilité évoquée d’instaurer des « objectifs réglementaires » en cas de non-atteinte d’objectifs de réduction des taux de sel, de sucres, de gras dans l’offre alimentaire, pas d’interdiction de la publicité aux enfants… Aperçu des principales mesures du projet de Snanc mis en consultation par le gouvernement.

Dans sa nouvelle stratégie 2025-2030 pour l’alimentation, la nutrition et le climat (Snanc), mise en consultation le 4 avril, le gouvernement rappelle les impacts de la consommation de viande sur la santé et l’environnement. Le texte indique que les produits d’origine animale comptent pour 61 % de l’empreinte carbone alimentaire française, le deuxième poste d’émission de gaz à effet de serre (GES) après les transports.

Pour autant, et malgré les protestations d’associations, la stratégie gouvernementale n’avance pas d’objectif chiffré de réduction de consommation de viande. L’objectif 5, parmi les vingt que compte le texte, promeut « une consommation suffisante et limitée de poisson et de produits laitiers, une limitation de la consommation de viande et de charcuterie et une réduction de la consommation de viande importée. » La Snanc affirme cependant s’appuyer sur le programme national nutrition santé PNNS, qui recommande une consommation maximum de 500 g de viande hors volaille et de 150 g de charcuterie par semaine pour un adulte.

Vers une « semaine de l’alimentation durable favorable à la santé »

Le texte prévoit aussi, d’ici 2030, de mettre en place chaque année une « semaine de l’alimentation durable favorable à la santé », durant laquelle les cours des élèves seraient centrés autour de « l’alimentation durable et de la nutrition ». Cette semaine se conclurait « par de grandes portes ouvertes à tous les citoyens, en favorisant les visites au plus près du terrain, notamment d’exploitations agricoles, d’activités de pêche, d’industries agroalimentaires et de commerces durables ». Cette semaine concurrencerait la célèbre Semaine du goût, dont le ministère de l’Agriculture est partenaire. Initialement créée en 1990 par les industriels français du secteur du sucre en partenariat avec le journaliste culinaire Jean-Luc Petitrenaud, la Semaine du goût a été rachetée en 2009 par une société événementielle, Le Public Système (devenu le groupe Hopscotch), rappelle le ministère de l’Education : « Les guides et des dépliants y sont notamment distribués dans les écoles afin d’encourager la consommation de sucre, pourtant décrié par les nutritionnistes. »

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De plus, la Snanc évoque la possibilité d’instaurer des « objectifs réglementaires », en cas de non-atteinte d’objectifs de réduction des taux de sel, de sucres, de gras dans l’offre alimentaire. L’exécutif rappelle qu’il souhaite établir de nouveaux plans de réduction volontaires avec les filières les plus contributrices. Ces plans seront déterminés dans les six prochains mois, sur trois ans, avec des objectifs intermédiaires à deux ans, précise le gouvernement. Dans un communiqué commun paru le 26 février, les ministères de l’Agriculture et de la Santé avaient annoncé fin février qu’ils souhaitaient désormais signer un accord collectif de filière par an dans l’agroalimentaire afin d’améliorer la qualité nutritionnelle et sanitaire des aliments. Les ministères ne précisaient pas quelles filières sont concernées, mais soulignaient que les professionnels de la filière boulangerie-viennoiserie-pâtisserie avaient « déjà indiqué entamer des travaux de réduction des teneurs en sucre ».

Produits gras, salés, sucrés : pas d’interdiction de la publicité aux enfants dans la Snanc

Côté publicité, le gouvernement n’emprunte toujours pas la voie de l’interdiction pour limiter l’exposition des enfants aux publicités pour des produits gras, salés et sucrés. L’exécutif s’en remet une nouvelle fois à la charte alimentaire signée sous l’égide de l’Arcom, existante depuis 2009 et mise à jour en décembre pour sa version 2025-2029. Le ministère de la Santé promet d'« étudier chaque année les rapports de l’Arcom pour évaluer la réduction de l’exposition des enfants à ces publicités ». Le gouvernement n’obligera pas non plus, mais « incitera » (sans précision) les annonceurs à apposer le Nutri-score et l’affichage environnemental. Enfin, il va « encourager » des engagements volontaires concernant les communications commerciales des marques dans le secteur alimentaire, en mobilisant notamment le dispositif des « contrats climats » prévus par la loi Climat.

Un objectif de limiter la viande dans la Snanc, mais sans chiffre

Des associations très déçues par la Snanc

Dans leur décryptage de la Snanc, 51 acteurs associatifs dont le Réseau Action Climat, Action contre la faim ou encore l’Indecosa-CGT admettent que « globalement, les thématiques et les objectifs de la Snanc correspondent dans les grandes lignes aux recommandations de la société civile, ce que nous saluons ». Cependant, « des mesures centrales sont absentes ou trop timorées pour une stratégie à la hauteur des enjeux auxquels elle s’attaque ». Outre la question de la viande ou de l’exposition des enfants aux publicités (par exemple), la Snanc « propose peu d’objectifs et de mesures pour la transition du secteur de la restauration commerciale (restaurants, fast-foods, livraison de repas) vers une offre plus saine ». Le principe de « Favoriser les achats de produits durables et de qualité, dont bio, dans le cadre des titres-restaurant » est « intéressant » mais « le fait que cette mesure ne fasse plus partie des "actions phares" comme c’était le cas dans la Snanc datée de juillet 2024 pose question ». La mesure a été reléguée à « un simple bullet point ».