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Climat Sécheresse, « une situation de crise » déjà réelle, selon Nathalie Kosciusko-Morizet

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À la suite du comité sécheresse du 16 mai, Nathalie Kosciusko-Morizet n’a pas annoncé de mesure pour faire face au climat excessivement sec de ces derniers mois. Elle a plutôt effectué un constat de la gravité de la situation en termes de pluviométrie et de nappes phréatiques et craint les conflits entre les différents usagers.

«Nous sommes d’ores et déjà dans une situation de crise », a annoncé Nathalie Kosciusko-Morizet, le 16 mai, à la sortie du comité sécheresse. « La situation est vraiment critique pour deux motifs : un déficit pluviométrique considérable et un cumul des températures très élevé. […] Nous sommes dans une situation de mois de juillet alors que nous ne sommes qu’en avril ». Fonte des neiges, modification de la reproduction des poissons, niveau des nappes phréatiques en baisse…, « cette situation doit être suivie de très près » et « ne peut être prise à la légère », affirme Nathalie Kosciusko-Morizet. « La pluviométrie des semaines à venir sera déterminante », continue-t-elle. Mais les pluies ne s’annoncent toujours pas. Effectivement, Michèle Blanchard, ingénieur à la division de la climatologie de météo France, ne prévoit pas « de pluies significatives » d’ici 15 jours. Et les températures devraient continuer à grimper. Ariane Blum, hydrogéologue du Bureau de recherche géologique et minière, constate que « 2/3 des nappes phréatiques ont des niveaux inférieurs, voire très inférieurs à la normale et 2/3 des nappes ont leur niveau d’eau en baisse. » Au 18 mai, 33 départements ont appliqué des mesures de restrictions d’eau.

Un mois d’avril parmi les plus secs depuis 1959

« Un mois d’avril parmi les plus secs depuis 1959 », c’est ainsi que commençait le bulletin national de la situation hydrologique du 16 mai. « Globalement sur la France, les cumuls de précipitations pour le mois d’avril 2011 n’ont atteint que 29% de la moyenne de référence établie sur la période1971-2000. Le déficit dépasse même 75% de la Somme à l’est de la Bretagne et au Bassin parisien, de la Vendée à la Gironde jusqu’au Nord des Alpes, sur le littoral des Bouches-du-Rhône au Var, en Bourgogne, en Champagne et au sud de l’Alsace. » Les sols superficiels sont « extrêmement secs ». La « moitié nord de la France connaît même des niveaux de sécheresse des sols jamais atteints fin avril au cours des cinquante dernières années ». Si le niveau des nappes au 1er mai est « hétérogène d’une région à l’autre », plus des deux tiers (68%) des réservoirs affichent un niveau inférieur à la normale. Par ailleurs, « le manteau neigeux au 1er mai 2011 s’est considérablement amoindri. Seuls les massifs les plus élevés des Alpes et des Pyrénées conservent une couverture neigeuse », observe également le bulletin. Par rapport à 1976, les nappes phréatiques sont mieux remplies, mais les sols sont plus secs en surface.

Des conflits entre les usagers apparaissent déjà

Nathalie Kosciusko-Morizet « craint les tensions entre les différents usagers » et dénonce « le lien trop souvent exclusif entre sécheresse et agriculture ». Elle prône une réduction de la consommation d’eau de 20% d’ici à 2020, notamment dans le secteur agricole. « L’agriculture est dans une situation assez peu satisfaisante », note-t-elle. Elle donne pour exemple les arrêtés sécheresse pris durant des années humides du fait d’une irrigation excessive des productions agricoles. À terme, son objectif est de définir en amont, au niveau des territoires, des volumes maximums par usager (industrie, agriculture, tourisme…) via un comité de gestion. Mais cette mesure faisait déjà partie de la loi de modernisation de l’agriculture. Ces comités, « outils puissants d’anticipation » selon Nathalie Kosciusko-Morizet, devraient entrer en vigueur au 31 décembre 2011. Elle souhaite également réduire de 15% les fuites d’eau potable, soit 600 millions de m3, via un décret qui sortirait cet été. Cette décision a cependant un coût important car elle nécessite de revoir tous les réseaux d’approvisionnement en eau potable, parfois vieux de plus d’un siècle. « La gestion de la pénurie, c’est compliqué. Déjà dans des départements, les conflits tourisme/agriculture apparaissent », a-t-elle conclu, sans annoncer de mesures nouvelles face à la sécheresse. Un nouveau comité se réunira en juin.

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