Abonné

Séquestration du carbone : les ministres de l’Agriculture de l’UE tentent de faire valoir les spécificités agricoles

- - 7 min

La présidence française du Conseil de l’UE organise du 6 au 8 février la réunion informelle des ministres de l’Agriculture autour du thème de l’agriculture bas-carbone et de la séquestration de carbone dans les sols et les forêts. Des propositions de la Commission européenne sont attendues pour la fin de l’année afin d’établir un cadre de certification solide. Les bénéfices que pourraient en tirer les agriculteurs restent incertains.

L’agriculture bas-carbone et la séquestration de carbone dans les sols seront au centre des discussions lors de la réunion informelle des ministres de l’Agriculture de l’UE à Strasbourg du 6 au 8 février. La présidence française en a fait l’une de ses priorités avec l’ambition d’adopter des conclusions sur le sujet en mars, alors que la Commission européenne doit présenter en fin d’année ses propositions sur la certification des absorptions de carbone agricole. Dans un document qui doit servir de base de travail, présenté aux experts agricoles des États membres le 31 janvier dans le cadre du comité spécial Agriculture (CSA), la France suggère pour valoriser l’ensemble des efforts menés par les agriculteurs un élargissement du champ des pratiques pouvant être certifiées, au-delà de celles favorisant seulement le stockage de carbone, à celles qui permettent, plus globalement, de réduire l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre (y compris le méthane par exemple). Mais la volonté de Paris d’élargir au maximum ce futur dispositif pourrait se heurter à l’opposition de la direction générale du Climat qui, comme l’ont montré les débats dans le cadre d’une conférence organisée le 31 janvier sur les cycles du carbone durable, se veut beaucoup plus prudente.

Lors d’une table-ronde sur les cycles de carbone durables organisée le 31 janvier par la Commission européenne, le commissaire à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, a rappelé que « la certification du carbone séquestré est confrontée à un certain nombre de problèmes techniques difficiles », citant la question de la pérennité de la séquestration du carbone par l’agriculture et le besoin d’identifier les « impacts potentiels » sur la biodiversité. « Nous devons vérifier la crédibilité de toutes les options disponibles, ce n’est qu’alors que nous pourrons commencer à réfléchir à un modèle de financement pour les agriculteurs via les écorégimes de la Pac, par exemple », prévient Christian Holzleitner chef d’unité à la direction générale du Climat de la Commission européenne.

Lire aussi : Agriculture bas-carbone : des interrogations sur la mise en œuvre concrète

Le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski a déjà indiqué qu’il apporterait quelques éléments, lors de la réunion informelle des ministres de l’Agriculture, sur les mesures qui pourraient être envisagées dans la future proposition de la Commission. La France, dans un document préparé pour l’occasion, suggère une liste de pratiques agricoles et forestières dont l’efficacité fortement liée à divers facteurs locaux reste à préciser. Elle cite : la gestion du bétail et des effluents associés ; la gestion des cultures (optimisation de la fertilisation azotée, introduction de légumineuses dans les rotations, sélection variétale…) qui permet de réduire les émissions de protoxyde d’azote ; l’implantation de haies, l’agroforesterie, la préservation des prairies permanentes et des zones humides, mais aussi l’utilisation de cultures intermédiaires, de rotations longues, de prairies temporaires permettant le maintien et le développement du potentiel de stockage du carbone ; le boisement des terres et l’amélioration de la gestion forestière ; le développement de la méthanisation, des énergies renouvelables et des biocarburants, ainsi que l’utilisation de biomatériaux ; ou encore la limitation de l’imperméabilisation des sols.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Besoin de temps

Lors du CSA, les délégations ont dans l’ensemble estimé que le système de certification devrait également prendre en compte les pratiques contribuant à la réduction des gaz à effet de serre. Nombre d’entre elles ont mentionné les interventions déjà prévues dans leurs plans stratégiques nationaux qui contribuent à l’agriculture bas-carbone, par exemple l’agriculture biologique, les prairies permanentes, les zones humides, les cultures de couverture et les cultures dérobées, l’agriculture de précision, la gestion durable des forêts et les écorégimes liés au sol. Toutefois, les pays de l’UE ont estimé que la Pac ne doit pas être la seule source de financement dans ce domaine. Les États membres ont donc plaidé pour un cadre de certification simple et transparent, reposant sur des avis scientifiques et une méthodologie commune. Plusieurs délégations plaident aussi pour que soient pris en compte les spécificités des pays ainsi que les efforts déjà réalisés dans le domaine du stockage du carbone. Certains États membres, mais aussi des députés au Parlement européen, alertent sur le risque de double paiement pour certaines actions qui pourraient être à la fois rémunérées par le biais de la Pac et de la vente de crédit carbone. Afin de définir correctement ces critères, la plupart des pays ont réitéré leur soutien à la création d’un groupe d’experts.

Les bénéfices que pourront tirer les agriculteurs de cette séquestration du carbone ne semblent donc pas pour demain. « Nous avons un peu de temps, confirme Christian Holzleitner, la première étape est de gagner la confiance de l’ensemble des acteurs. Et dans quelques années avec la prochaine Pac et les prochaines propositions sur le climat il sera possible de réfléchir à des dispositifs de rémunération des agriculteurs ».

Informelle à Strasbourg : le programme

La présidence française du Conseil de l’UE accueil du 6 au 8 février à Strasbourg et dans ses environs les ministres de l’Agriculture des Vingt-sept pour une réunion informelle sur le thème de l’Agriculture à bas-carbone. Le ministre français Julien Denormandie, accueillera ses collègues ministres lors d’un dîner de bienvenue le 6 février. La journée du 7 février sera consacrée, comme à l’accoutumée, à des visites de terrain. Les ministres se rendront d’abord à l’Inrae (Institut national de recherche agronomique et environnementale) de Colmar pour discuter des cépages résistants aux mildious et à l’oïdium. Ils auront au moment du déjeuner une présentation du label bas-carbone français. Dans l’après-midi, les ministres se rendront sur une exploitation agricole engagée dans ce label. Dans la soirée se tiendra l’habituel dîner officiel qui sera organisé au pavillon Joséphine. Le lendemain, place à la réunion en plénière avec un échange de vues, plus formel, sur le rôle de l’agriculture et de la forêt dans les objectifs climatiques de l’UE. L’objectif de la discussion sera notamment de partager les bonnes pratiques mises en place dans les États membres. La réunion se terminera, en début d’après-midi, par une conférence de presse donnée par le ministre Julien Denormandie et le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski.