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Congrès de la Cnaoc Vigne : le soutien aux droits de plantation ignore les clivages politiques

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Le soutien aux droits de plantation traverse les clivages politiques droite-gauche et les clivages professionnels (catégories de vins AOC, IGP, sans IG), a montré le congrès de la Confédération nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie à appellations d’origine contrôlées (Cnaoc), qui s’est tenu le 3 avril à Beaune. Cette position est désormais très largement partagée.

«Quel que soit le gouvernement qui sortira des urnes le mois prochain, il devra défendre le maintien des droits de plantation viticoles », a déclaré François Patriat, président du conseil régional de Bourgogne et sénateur PS de la Côte d’Or, au congrès de la Cnaoc le 3 avril, évoquant la venue de François Hollande la semaine du 9 avril dans l’Yonne. Le président de la région Bourgogne a ainsi résumé la position unanime des élus au congrès de la Cnaoc.
L’unanimité rassemble aussi les représentants viticoles, tant ceux des appellations que des vins sans IG (indications géographiques protégées). Ainsi, Rudolph Nickenig, directeur du syndicat des viticulteurs allemands et vice-président du groupe « vin » du Copa-Cogeca (le comité des organisations de producteurs et de coopératives agricoles de l’UE), estime que la régulation doit pouvoir concerner toutes les catégories de vignobles, ceux d’appellation, d’IGP et ceux sans IG (1).

« Ce n’est pas une question de camp politique »
Pour le président du conseil régional de Bourgogne et ancien ministre de l’Agriculture, la question du maintien des droits de plantation viticoles « n’est pas une question de camp politique, c’est un débat autour des territoires, des prix et de la qualité ». L’enjeu est, selon lui, d’éviter de planter n’importe où, de se battre pour l’identification des territoires et d’éviter l’effondrement des prix.
Astrid Lulling, députée européenne luxembourgeoise et présidente de l’intergroupe « vin » au Parlement européen, a indiqué qu’elle et d’autres eurodéputés, tel son collègue français Michel Dantin, déposeront un amendement pour revenir sur la libéralisation des plantations de vigne dans l’UE. Cet amendement sera introduit dans le rapport sur la réforme de la Pac que présentera Michel Dantin, ou bien sera déposé à part.

Infléchir l’orientation libérale de la Commission
Quoi qu’il en soit, il s’agit d’affirmer une régulation européenne des surfaces viticoles, et d’éviter que de nouvelles plantations ne viennent déclencher une course à la quantité, qui engendrerait des surplus coûteux, une baisse des prix, et, à terme, une détérioration de la qualité des vins à appellations.
« Il faut se concentrer sur la qualité. Nous n’avons aucune chance de concurrencer les pays qui produisent à 2-3 euros la bouteille, ce n’est pas notre créneau », a résumé Astrid Lulling.
Le premier objectif de la Cnaoc est de faire revenir la Commission sur sa décision, prise en 2007, de libéraliser les plantations. Pour cela, il faut rassembler une majorité qualifiée au Conseil. Au 30 mars, 15 États membres représentant 215 voix se sont joints à cette démarche. Il manque 33 voix pour atteindre la majorité qualifiée. La Finlande (7 voix) a rejoint début mars les quinze États membres. Les pays approchés par les pays opposés à la libéralisation sont la Pologne (27 voix), la Lituanie (7 voix) et la Belgique (12 voix), a indiqué Pascal Bobillier-Monnot, directeur de la Cnaoc. Remettre en cause une orientation décidée par la Commission nécessite beaucoup d’énergie, a souligné ce dernier. Mais si l’administration de la Commission n’est pas disposée à modifier sa perspective libérale, le commissaire Dacian Ciolos est plus réceptif au message des professionnels et des politiques pour le maintien des droits, a-t-il précisé.

À qui confier la gestion des droits ?
Si ce bras de fer est gagné par les tenants des droits de plantation, la gestion de ces derniers constituera le prochain défi, selon la Cnaoc. « Le problème n’est pas de revenir sur la libéralisation, nous y arriverons, mais c’est de savoir comment on gérera les droits de plantation », a affirmé Astrid Lulling.
« Ne croyons pas que si nous remportons cette bataille, nous aurons gagné la guerre », a averti Ricardo Ricci Curbastro, président de la Fédération européenne de vins à origine (Efow), basée à Bruxelles. Le plus difficile en effet sera pour les professionnels des différents pays de s’entendre sur le mode de gestion des droits de plantation : faut-il des droits européens, comme le veut la Cnaoc ? Ou des droits gérés par l’État, comme le souhaite l’Allemagne (qui le justifie par le fait qu’il ne « s’agit pas seulement de quotas, mais aussi d’implications sur les paysages », a expliqué le représentant des viticulteurs allemands) ? Ou des droits gérés par les interprofessions régionales comme le suggèrent des professionnels du commerce ? « Ceux qui proposent des droits gérés par des interprofessions régionales sont ceux qui ne veulent plus de droits de plantations », a lancé Rudolph Nickenig, avant d’être applaudi par les congressistes. Ce principe de subsidiarité « nous semble être un grand piège », a-t-il alerté. Le président de l’Efow craint que si les professionnels n’y prennent garde, les discussions se poursuivent « jusqu’aux calendes grecques ».

(1)Appellations d’origines protégées (AOC/AOP), Indications géographiques protégées (IGP), vins sans Indications géographiques (Vsig).

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