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Vinifresh, nouveau moyen de rafraîchir les moûts sans consommer d’énergie

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L'échangeur Vinifresh fait baisser la température des moûts. Crédits : © Moebius

La start-up Moebius Technologies s’appuie sur un matériau à changement de phase (MCP) pour créer un échangeur capable de faire baisser la température des moûts lors des vendanges. Objectif : protéger les vins d’une altération de leurs qualités organoleptiques et d’un degré d’alcool trop élevé.

Dans tous les terroirs français, le climat plus chaud d’année en année oblige à vendanger toujours plus tôt, mais sans forcément être à l’abri d’une altération du goût fruité et frais, et d’un degré d’alcool bien supérieur aux 12 degrés.

Pour éviter ces inconvénients, les vignerons n’ont pas attendu : vendanges de nuit, neige carbonique, surgélation, chambre froide, etc. Les moyens ne manquent pas, mais avec à chaque fois des impacts sur les raisins, des coûts d’investissements initiaux et des frais de maintenance récurrents. Sans compte que certaines AOP interdisent certaines pratiques, à l’image du champagne qui proscrit toute surgélation.

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D’où l’idée d’Aymeric Thomas de s’appuyer sur un matériau à changement de phase (MCP) capable de changer d’état en fonction de la température, sous forme de gel. « Cette technologie est basée sur un MCP qui stocke ou libère de la chaleur lors de son changement d’état, à température constante », détaille Aymeric Thomas. Cette technologie est utilisée pour rafraîchir des bâtiments (climatisation passive) ou des composants électroniques, et elle est désormais appliquée aux moûts. « Nous avons créé un échangeur composé de tubes dans lesquels le moût circule en étant en contact avec de la glycérine végétale issue de la transformation du colza en biocarburant », poursuit-il. Cet échangeur ne consomme donc aucune énergie, s’installe près du pressoir et permet de faire passer le moût de 28°C et plus à moins de 20°C afin d’éviter toute fermentation spontanée. Un brevet a été déposé en 2023 pour protéger l’invention.

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Aymeric Thomas a privilégié la dimension régionale. La société est basée en Haute-Marne, non loin de la Champagne, utilise de la glycérine de la région et est fabriqué par un chaudronnier établi dans les Vosges. Le dispositif a reçu un feu vert du Comité interprofessionnel des vins de champagne (CIVC).

Commercialisation en 2024

Après 10 ans de R&D, le projet Vinifresh approche de sa commercialisation. « A l’occasion des vendanges 2024, deux prototypes finalisés à 95% seront testés, et après les derniers ajustements, la commercialisation devrait être lancée à la fin de l’année 2024 », indique Aymeric Thomas. L’objectif de fabrication s’établit ensuite à environ 30 à 40 échangeurs par an. Les premières ventes permettront d’autofinancer les prochaines fabrications. Vinifresh devrait être proposé autour de 50 K€ l’unité (peut-être moins après les ajustements), avec aucun frais de maintenance, sachant qu’un leasing pourrait être une forme de diffusion auprès des clients.

A plus long terme, Aymeric Thomas envisage des partenariats industriels avec des chaudronniers régionaux qui pourraient fabriquer les échangeurs au plus près des terroirs auxquels ils sont destinés. Et ils pourraient être commercialisés par des vendeurs de pressoirs. D’autres industries pourraient profiter du Vinifresh sous réserve de quelques adaptations, notamment celles ayant des problématiques de refroidissements des fluides comme l’industrie brassicole ou l’industrie laitière.