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Sébastien Bossard (Kersia) : « Notre objectif est de rendre la plupart de nos formulations durables d’ici 2030. »

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Sébastien Bossard, président de Kersia, et Karine Le Grand, directrice Innovation de Kersia. Crédits : © Kersia

Depuis le début de l'année, le groupe breton Kersia, acteur majeur du nettoyage et de la sécurité en agriculture et alimentaire, a racheté les activités volaille et porc de l’américain Neogen et l’entreprise familiale grecque Ikochimiki. La signature de partenariats stratégiques avec le français Axioma Biologicals et le mexicain Beta Procesos complète une actualité chargée. Sébastien Bossard, président de Kersia, et Karine Le Grand, directrice Innovation au sein du groupe, en disent plus sur la stratégie de croissance de Kersia et sa vision de l’innovation dans son cœur d’activité. 

Votre partenariat scientifique avec le spécialiste français des biostimulants Axioma a été lancé en janvier 2025. Quel est votre but avec ce partenariat ? 

Karine Le Grand : Nous avons plusieurs objectifs, dont un est de chercher des synergies avec les formules existantes. L’objectif à plus long terme vise à créer un projet collaboratif autour de l’utilisation d’extraits végétaux, puisque nous avons une expertise sur le sujet à travers notre filiale Bioarmor, dans le secteur des compléments alimentaires en nutrition animale. Axioma a développé une expertise sur la caractérisation des extraits végétaux avec le recours à une modélisation couplée à l’intelligence artificielle. Cela va déboucher sur la création de nouvelles gammes de produits, avec de l’innovation disruptive. 

Sébastien Bossard : Par notre histoire, nos produits de nettoyage et de désinfection sont issus d’ingrédients de la chimie fossile. Ce partenariat nous permet d’explorer des options sur des applications de demain, notamment en matière d’ingrédients d’origine végétale. Notre objectif est de rendre la plupart de nos formulations durables d’ici 2030. Nous voulons anticiper les contraintes réglementaires possibles d’ici 5 à 10 ans. Nous sommes en chemin, et 36% de nos formules ont déjà été revisitées. Quand nous y arriverons, nous serons sans doute une des sociétés les plus innovantes, capables de proposer les deux formules. 

On constate que nos grands clients de la brasserie et du lait sont assez réceptifs à ce type de demande. Par exemple, nous sommes une des seules sociétés du monde à pouvoir nettoyer et désinfecter une machine à traire sans utiliser un produit qui contient du chlore. 

 

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Vous avez annoncé l’acquisition de certaines activités de l’américain Neogen le 22 avril dernier. Pourquoi ce choix ? 

S. B. : Nous reprenons uniquement leur activité animaux, avec des produits de biosécurité en élevage. Aux États-Unis, notre activité portait uniquement sur les vaches laitières, alors que Neogen travaille sur la volaille et le porc. Neogen possède une gamme de produits innovants, dont certains dans le traitement d’eau des boissons animales, avec nombre d’entre eux homologués auprès de l'Agence de protection de l'environnement (EPA) et de la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis. 

Neogen est aussi présent dans plus de 50 pays dans le monde, dont le Brésil, la Chine et l’Asie du Sud-est, où Kersia est plutôt implanté en élevage laitier. Et sur ces 50 pays, il y en a un tiers où nous n’étions pas présents, par exemple la Chine ou l’Inde, où nous récupérons respectivement 2 millions d'euros et 1 million d'euros de chiffre d'affaires. 

 

Le rachat du grec Ikochimiki fin avril dernier porte à 14 le nombre de vos acquisitions en 9 ans. Entendez-vous poursuive sur cette lancée, malgré un contexte mondial incertain ?

S. B. : La réponse est oui. En période de crise, il est bon de ne pas s’endormir et de continuer à investir. L’idée est de poursuivre ce qu’on fait depuis 2016, qui marque le début de nos aventures hors du groupe Roullier, à savoir s’appuyer sur la croissance organique et les acquisitions, avec environ deux acquisitions par an, en priorité en Amérique du Nord et dans la zone Asean, qui englobe la Chine et le sud-est asiatique, où nous avons encore des parts de marché très faibles. En termes de fusions acquisitions, nous sommes très opportunistes. Si on trouve des sociétés qui correspondent à ce qu’on recherche, et qui nous apportent des technologies nouvelles, que ce soit des équipements ou des formules, on ne s’interdit aucune option. 

Nous voulons dépasser le milliard d’euros de chiffre d’affaires annuel d’ici 2030. Nous en sommes à 685 millions d’euros. Nous avons déjà doublé de taille entre décembre 2020 et aujourd’hui. Kersia n’est plus la société d’il y a quatre ou cinq ans, c’est devenu un groupe international qui peut prétendre à prendre des parts de marché plus vite que par le passé. 

 

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Comment abordez-vous de nouvelles technologies, comme l’IA ? 

S. B. : Non seulement l’IA nous intéresse, mais on y investit. Nous étudions par exemple comment l’IA peut aider nos chercheurs à gagner du temps dans les phases de démarrage des projets de R&D. Dans l’élevage laitier, nous sommes en train de développer une application qui permet à l’éleveur d’avoir des conseils sur la gestion de son troupeau en se connectant aux outils qu’il a déjà dans la ferme, comme le collier de la vache, la bouche d’oreille ou encore le système de gestion de la ferme automatisé. Nous combinons toutes ces données avec celles de la météo et de son environnement dans des serveurs d’IA pour lui recommander un protocole qui inclura nos produits pour améliorer la performance et la gestion de son troupeau. Le but est d’aider l’éleveur à avoir une meilleure productivité tout en allongeant la durée de vie de son troupeau pour améliorer le bien-être animal. 

 

Vous avez récemment investi dans la construction d’un nouveau centre de R&D à Seneffe, en Belgique. Quelles seront ses missions ? 

S. B. : Ce centre a trois vocations. La première, permettre de travailler en R&D sur l’industrie food et boissons, la deuxième servir de centre de formation aux nouvelles pratiques dans la sécurité des aliments pour nos clients et nos commerciaux et enfin la troisième, être utilisé par nos équipes d’ingénierie pour finaliser la mise au point des équipements. 

K. L. G. : Nous avons douze laboratoires R&D dans le monde en Europe de l’Ouest, en Amérique du Nord et en Asie. Mais ce centre à Seneffe est le seul avec une telle polyvalence. Il devrait entrer en service au premier semestre 2026. 

 

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Quelles sont les demandes que vous voyez émerger dans votre secteur ? 

K. L. G. : Dans l’immédiat, il y a surtout une demande autour du bilan carbone, qui est de plus en plus scruté. Nous avons développé un programme capable de calculer le Scope 3 (émissions indirectes, ndlr) des émissions représentées par les produits Kersia, chez nos clients. Nous sommes aussi capables de les conseiller sur la mise en place de programmes ou de produits pour une réduction du scope 3. On vient de lancer une preuve de concept sur l’analyse de cycle de vie de 79 de nos produits. 

Un autre exemple est un de nos laboratoires en Amérique du Nord qui développe nos propres souches de bactéries que nous allons utiliser dans les cuisines collectives dont les drains ont tendance à s’encrasser. En disposant des bactéries positives pour occuper cette niche écologique et veiller à une bonne dégradation des matières organiques, l’agent pathogène ne peut pas se développer avec les odeurs indésirables associées.