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Chambres d’agriculture : Sébastien Windsor réélu président national

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Sans surprise, Sébastien Windsor a été réélu le 19 mars à la tête de Chambres d’agriculture France. Ce vote conclut un processus électoral de près de deux mois, qui a vu la poussée initiale de la Coordination rurale s’atténuer au fil des scrutins.

Lors de la session d’installation le 19 mars, Sébastien Windsor a été réélu sans surprise président de Chambres d’agriculture France (ex-APCA), pour un mandat de six ans. « Notre secteur agricole est au cœur d’une tempête. Il faut garder le cap du développement agricole et redonner des perspectives à nos agriculteurs », a-t-il déclaré à cette occasion. M. Windsor avait été une première fois élu à ce poste en janvier 2020, à la suite du décès accidentel de Claude Cochonneau. Âgé de presque 55 ans, Sébastien Windsor est ingénieur diplômé de l’École des Mines de Nancy ; il exploite une ferme de polyculture-élevage près de Rouen (Seine-Maritime).

À la suite des élections départementales de fin janvier, les instances nationales ont été largement renouvelées : la session de Chambres d’agriculture France compte 45 nouveaux présidents départementaux et 10 nouveaux présidents régionaux (sur un total de 101 membres). Fait inédit : le scrutin a acté un fort recul de la FNSEA, principalement au profit de la Coordination rurale. À la tête de 84 chambres départementales, la FNSEA et les JA restent toutefois ultra-majoritaires. La CR dirige désormais 10 chambres, contre trois pour la Confédération paysanne et une pour le Modef. Trois chambres sont tenues par des listes asyndicales. Élu avec 91 voix sur 102, Sébastien Windsor a fait remarquer – non sans gourmandise – que « certains élus hors FNSEA-JA ont soutenu ma candidature ».

Aucune chambre régionale pour la CR

M. Windsor était le seul à se présenter, la Coordination rurale n’ayant présenté aucun candidat, selon lui. Les dix élus départementaux CR ont participé à l’élection du président, mais ont quitté la salle pour celle du conseil d’administration, a-t-il rapporté en conférence de presse le 19 mars. Et de préciser qu’ils sont ensuite « revenus pour parler des sujets de fond l’après-midi », en deuxième partie de session. L’élu normand décrit une ambiance « sereine », hormis « quelques minutes de débat autour des élections dans les départements et les régions ». Car le processus électoral, qui a duré près de deux mois, a vu la poussée initiale de la Coordination rurale s’atténuer. Majoritaire dans le collège 1 (chefs d’exploitation) dans 14 départements, elle ne préside finalement la chambre que dans dix d’entre eux. Dénonçant au passage un « déni de démocratie » et des élections « volées ».

Lire aussi Élections chambres: recul historique du syndicalisme majoritaire

La CR n’aura pas non plus réussi à se hisser à la tête d’une chambre régionale, malgré ses percées en Nouvelle-Aquitaine et en Centre-Val de Loire. C’est bien le candidat présenté par la liste FNSEA-JA, Bernard Layre qui a été élu le 14 mars président de la chambre d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine. Il a récolté 39 bulletins, contre 26 pour son adversaire de la Coordination rurale Bertrand Venteau. Dans cette région, les « bonnets jaunes » étaient arrivés en tête du collège 1 dans sept des douze départements. Mais ils étaient restés à la porte de la présidence en Charente-Maritime et en Gironde, ne parvenant pas à obtenir suffisamment de votes dans les autres collèges. Le 13 mars, le président de la CR régionale, Xavier Desouche, a prévenu, dans un communiqué, que « la situation pourrait dégénérer en un véritable chaos » en cas de vote défavorable.

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Un projet stratégique pour fin 2025

Scénario similaire en Centre-Val de Loire, où le Jeune agriculteur (JA) Maxime Buizard-Blondeau est élu président, à 32 ans – ce qui en fait le plus jeune président de chambre régionale. Benjamin de la session de Chambres d’agriculture France, il a été nommé au bureau et aura en charge le dossier de l’installation. En région Centre-Val de Loire, la CR était arrivée en tête du collège exploitants dans trois départements sur six (Cher, Indre-et-Loire, Loir-et-Cher), mais c’est la FNSEA qui a finalement emporté la présidence dans le Loir-et-Cher.

Le réseau des chambres va maintenant se lancer dans l’élaboration de son projet stratégique pour la mandature, basé sur les remontées des départements. La priorité sera « d’accompagner les agriculteurs en commençant par écouter leurs demandes, puis en bâtissant un accompagnement sur-mesure », explique M. Windsor, qui souhaite s’appuyer sur la recherche et les filières. « Beaucoup de secteurs de notre agriculture sont dans une crise profonde », a-t-il souligné, citant notamment les éleveurs confrontés aux épizooties, la viticulture, les producteurs bio, ou encore les zones intermédiaires. Ce chantier sera piloté par le secrétaire général Olivier Lebert (Sarthe), président de la chambre de région Pays de la Loire, avec l’objectif d’aboutir avant fin 2025. « Je souhaite que toutes les chambres participent à l’élaboration du projet stratégique », a précisé Sébastien Windsor. Comprendre : quelle que soit leur obédience syndicale.

Avec 84 départements sur 102, FNSEA et JA restent ultra-majoritaires

« Écouter les agriculteurs et bâtir un accompagnement sur-mesure »

En Gironde, la CR appelle à manifester pour empêcher la session chambre

Dans un message publié sur le réseau social X le 19 mars, la Coordination rurale de Gironde (CR 33) appelle à la mobilisation le vendredi 21 mars, à Bordeaux, afin d’empêcher la tenue de la session de la chambre d’agriculture, dirigée par des élus qu’elle estime « illégitimes ». Lors du scrutin de fin janvier, la CR était arrivée en tête du collège 1 (chefs d’exploitation) avec 36,75 %, soit six voix d’avance sur la liste FDSEA-JA. Mais le syndicat majoritaire est parvenu à conserver la présidence de la chambre, grâce aux voix des autres collèges (salariés, coopératives, organisations professionnelles, anciens exploitants, etc.). Le bureau compte finalement sept élus FDSEA, un membre de la Confédération paysanne et un représentant de la CFDT. La Coordination rurale déclare avoir refusé une place dans cette instance, ainsi qu’à la commission des Finances. La session du 21 mars est « essentielle pour autoriser le bureau à gouverner notre chambre d’agriculture », note la CR 33 dans un communiqué. « Sans le vote de ces délibérations, le bureau […] n’aura aucun pouvoir, ne pourra s’octroyer aucune indemnité et sera dans l’obligation de convoquer une session chambre pour chaque décision », affirme le syndicat.