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Déforestation : des critères de durabilité envisagés pour les importations de matières premières agricoles

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La Commission européenne envisage, dans un projet de communication qui pourrait être publié au mois de juillet, d’introduire des mécanismes de certification sur les produits agricoles de base importés (comme la viande, le soja ou le bois) afin de limiter leur impact sur la déforestation et la dégradation des forêts. Un dispositif qui vient d’être mis en place pour les importations d’huile de palme destinées à la production de biodiesel.

Comme cela a été mis en place dans le cadre de la révision de la directive européenne sur les énergies renouvelables pour limiter le recours à l’huile de palme – à la demande du Parlement européen –, la Commission européenne envisage d’étendre à l’ensemble des matières premières agricoles importées le dispositif de critères de durabilité afin de lutter contre la déforestation et la dégradation des forêts. Le règlement définissant les matières premières à haut risque de changement indirect d’affectation des sols (ILUC) dans la production de biocarburant vient d’entrer en vigueur (1). Il vise à limiter, voire interdire après 2030, le recours à l’huile de palme dans la production de biodiesel. Un dispositif qui semble inspirer Bruxelles. Dans le cadre d’un projet de communication – en cours d’examen au sein des services bruxellois et qui devrait être publié au mois de juillet – sur les actions à entreprendre pour lutter conte la déforestation (directe et indirecte), la Commission propose notamment d’introduire des mécanismes de certification pour les produits qui contribuent le plus à la déforestation comme la viande, le soja, le bois, le cacao, le café, le maïs ou le caoutchouc. L’objectif fixé est que l’UE arrête de contribuer à la déforestation mondiale à l’horizon 2030.

Controversé

Pour y parvenir, cinq priorités sont définies : accroître la demande de l’UE pour des produits de base exempts de déforestation et réduire la demande de produits de base associés à la déforestation et à la dégradation des forêts ; renforcer les partenariats avec les pays producteurs pour réduire la pression sur les forêts et assurer leur protection ; renforcer la coopération multilatérale et bilatérale pour arrêter la déforestation et la dégradation forestière ; réorienter les financements pour soutenir des pratiques plus durables d’utilisation des terres ; et enfin soutenir la recherche et l’innovation en la matière.

Dans le cadre de la première de ces priorités, les systèmes de certification de durabilité peuvent jouer un rôle très important, souligne le projet de communication qui évoque également la lutte contre le gaspillage alimentaire et le développement de la production européenne de protéines végétales comme des solutions à explorer.

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Mais le système de certification mis en place pour l’huile de palme dans le cas de la production de biodiesel est dénoncé par les pays tiers concernés, l’Indonésie et la Malaisie, qui pourraient porter l’affaire devant l’OMC.

(1) Voir n° 3694 du 27/05/2019

Déforestation : Greenpeace accuse l’élevage industriel européen

Dans un rapport publié le 11 juin, Greenpeace dénonce l’impact de la consommation de viande, d’œufs et de produits laitiers des consommateurs européens sur la déforestation en Amérique latine, via l’importation de soja. Intitulé « Mordue de viande, l’Europe alimente la crise climatique par son addiction au soja », ce travail estime que 87 % des 33 millions de tonnes de soja importées en Europe chaque année sont destinés à l’alimentation animale, dont « 50 % pour la volaille », « 24 % pour les porcs », « 16 % pour les vaches laitières » et 7 % pour les bovins viande. Si l’Amazonie brésilienne fait « l’objet d’un moratoire » permettant « d’endiguer la déforestation », d’autres régions sont menacées, comme le « grand Chaco, la plus grande forêt sèche d’Amérique latine », et le « Cerrado », une savane brésilienne qui aurait « perdu la moitié de sa végétation d’origine » sous la pression de l’expansion agricole.