Élections chambres: recul historique du syndicalisme majoritaire
Après les manifestations de l'hiver dernier, c’était un des scénarios attendus de ces élections aux chambres d’agriculture 2025 : le syndicalisme majoritaire a subi un recul historique, avec la perte d’au moins 17 chambres d’agriculture, essentiellement dans le Sud-Ouest et le Centre-Val de Loire. Pour la première fois de son histoire, l’alliance FNSEA-JA devrait passer sous la barre des 50 %. Le résultat est une rude défaite pour le président de la FNSEA Arnaud Rousseau, dont c’était la première élection. Grande gagnante du scrutin : la Coordination rurale, avec au moins 14 chambres. À croire que le durcissement du ton engagé par le syndicat depuis l’élection de Véronique Le Floc’h fin 2022 aura payé, sur fond de mauvais résultats économiques en 2024. La CR devance désormais largement la Confédération paysanne, qui gagne la chambre d’Ardèche. Dernière surprise de ces élections : une liste indépendante prend la chambre de la Haute-Garonne.
La thèse d’un « pluralisme stabilisé » a vécu. À la faveur des manifestations de l’hiver dernier, des mauvaises récoltes en vin et céréales, et peut-être du contexte politique général (instabilité, montée de l’extrême droite), les résultats des élections des chambres d’agriculture 2025 ont relancé de nouvelles dynamiques après deux scrutins marqués par une grande stabilité. Au moment où nous écrivons ces lignes, dans la soirée du 6 février, la FNSEA a perdu au moins 17 chambres d’agriculture, principalement au profit de la Coordination rurale (14 chambres) et de la Confédération paysanne (Ardèche).
À l’occasion d’une conférence de presse le 6 février, le président de la FNSEA Arnaud Rousseau a indiqué qu’il « actait un recul » des listes FNSEA-JA. Interrogé sur le score national attendu, le président des JA, Pierrick Horel, a convenu qu’il était probable que le duo passe sous la barre des 50 % de voix exprimées à l’échelle nationale. Ce que confirme la Coordination rurale, en communiquant un score de 48 % pour la FNSEA et de 33 % pour elle.
Seule donnée constante, la participation qui, selon les premières estimations de la FNSEA et des JA, se serait maintenue à un niveau proche du précédent scrutin, après plusieurs années de recul. Le taux d’abstention consolidé au niveau national n’était toutefois pas connu au soir du 6 février.
Recul important de la liste FNSEA/JA
Pour la FNSEA et les JA, c’est une soirée amère. « Une colère s’est exprimée » qui s’est développée « sur les promesses non tenues du gouvernement depuis un an », a déclaré Arnaud Rousseau au soir de la présentation des résultats. L’élu pointe des « territoires où les difficultés s’accumulent », notamment les zones intermédiaires, qui n’auraient pas obtenu le soutien espéré de la dernière réforme de la Pac. Il s’agit d’un lourd revers pour le leader syndicat, dont c’était le premier scrutin consulaire depuis son élection à la tête de la FNSEA en 2023. Il promet que la FNSEA va tirer les « conclusions » de ce recul, sans pour autant « changer d’ADN ».
Pour la première fois de son histoire, le duo FNSEA-JA pourrait donc perdre la majorité absolue, alors qu’il se maintenait entre 56 et 53 % depuis 1995. Un petit tremblement de terre Rue de la Baume, car cette domination historiquement écrasante lui confère cette capacité à synthétiser les attentes du monde agricole, puis à peser face aux pouvoirs publics.
Le syndicat marchait sur des œufs depuis un peu plus d’un an, et le déclenchement dans le Sud-Ouest de manifestations qui ont remis en cause le deal conclu à l’automne 2023 entre son président Arnaud Rousseau et la Première ministre de l’époque, Élisabeth Borne : une trajectoire de hausse du GNR négociée contre des assouplissements fiscaux.
La FNSEA n’est-elle plus parue à même de transformer les demandes du monde agricole en politiques publiques ? En tous les cas, son rôle singulier de « forteresse agricole » (Gilles Luneau, Fayard, 2004), de lieu où la profession s’entend au préalable sur sa stratégie de négociation, est désormais remis en question.
Percée de la Coordination rurale
Pour les « bonnets jaunes », c’est une percée. Selon les résultats provisoires disponibles dans quelque 80 départements dans la soirée du 6 février, la Coordination rurale a gagné 14 chambres d’agriculture, dont 11 nouvelles. Le syndicat a accumulé les victoires dans le Sud-Ouest, arrivant en tête dans la moitié des départements de la Nouvelle-Aquitaine.
Il étend même son implantation jusque dans les zones intermédiaires du centre de la France, en raflant l’Indre-et-Loire, le Loir-et-Cher et le Cher. Plusieurs résultats sont particulièrement serrés, et donc potentiellement sujets à recours : Charente-Maritime (trois voix), Gironde (six voix) et Lozère (12 voix) notamment.
Ce n’est pas le cas du Gers : la CR a remporté largement (plus de 50 %) ce département qui l’a vu naître. C’est à Auch que se situe son siège, et c’est là qu’est installé son ancien président Bernard Lannes. Cette fois, la campagne a été menée par le nouveau président de la CR départementale Lionel Candelon, ancienne figure des Canards en colère, et tenant d’une ligne dure : lors des manifestations de l’automne 2024, il avait notamment appelé à « paralyser et affamer » Toulouse.
Interrogée par Agra Presse, Véronique Le Floc’h revendique un score national de « plus de 30 % ». La présidente de la CR – qui n’a pas réussir à prendre la chambre du Finistère – dit avoir rempli ses objectifs : gagner dix chambres et faire passer le tandem FNSEA-JA sous la barre des 50 %. Dans un communiqué du 6 février, la CR affirme avoir « progressé dans tous les départements ». Une « victoire historique » pour le syndicat, qui estime que « les agriculteurs ont dit stop à la cogestion » entre les pouvoirs publics et les organisations majoritaires. « Nous sommes le premier syndicat et nous espérons être considérés comme tels », affirme Véronique Le Floc’h, arguant que le score des organisations majoritaires devrait être divisé par deux, car il résulte de l’addition de deux structures indépendantes.
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Géographie d’une percée
Le résultat de la Coordination rurale est un succès pour la nouvelle équipe de la Coordination rurale, menée par Véronique Le Floc’h, élue en décembre 2022, en opposition avec ses prédécesseurs sur les modes d’action et la stratégie de communication. Depuis lors, le syndicat multiplie les actions coup de poing, avec deux tentatives illégales de bloquer le marché de Rungis (en janvier, puis en décembre), un appel remarqué – qui ne sera pas non plus suivi d’effets – à « affamer » la ville de Toulouse, des dégradations de locaux de l’Office français de la biodiversité (OFB) donnant lieu à quatre placements en garde à vue.
Le score de la Coordination rurale est marqué par trois motifs géographiques. Le premier, c’est une sur-représentation dans le Sud-Ouest qui s’explique par l’implantation historique du syndicat, né dans le Gers, et par les manifestations de l’hiver dernier, nées dans cette région, où la CR a été très active pour leur donner de l’écho. Sa présidente Véronique Le Floc’h explique ce tropisme par l’importance dans ces zones de « l’agriculture de diversification, qui n’est pas soutenue par le modèle ultralibéral, alors que les syndicats majoritaires mettent en avant la vocation exportatrice ».
Deuxième motif : celui des zones intermédiaires (Indre-et-Loire, Cher…), les plus touchées par les mauvaises récoltes céréalières et les impasses techniques en herbicides. Enfin, avec les Ardennes, le score peut aussi être lu comme celui de la « diagonale du vide», région marquée par l’exode rural du XIXe siècle où services publics, culture, emploi ou encore lien social se font rares.
La Conf’ retrouve les commandes
La Confédération paysanne fait son retour aux affaires en métropole : selon les résultats officiels publiés par la préfecture le 6 février, elle remporte l’Ardèche avec 40,54 % des suffrages du collège 1 (chefs d’exploitation). La Conf’ l’emporte avec 31 voix d’avance sur le tandem FNSEA-JA (38,96 %) et presque le double du score de la CR (20,5 %). L’Ardèche est la seule chambre présidée par la Confédération paysanne en métropole pour ce scrutin. En 2019, elle avait remporté une unique chambre, celle de Mayotte (le scrutin y est reporté en raison du cyclone Chido). En revanche, la Conf’ échoue à conquérir la Réunion, la Loire-Atlantique, ainsi que l’Ariège, où elle était pourtant bien placée en raison des divisions au sein de la FDSEA. La chambre reste aux mains de Philippe Lacube, président sortant et dissident FDSEA, qui s’était présenté face à une liste du syndicalisme majoritaire.
Au niveau national, « on est satisfaits de nos résultats, dans un contexte vraiment difficile politiquement et syndicalement », estime la porte-parole Laurence Marandola. En début de soirée, alors que les résultats étaient connus dans 64 départements, « nous progressons dans 36 départements et nous augmentons notre nombre d’élus », indique-t-elle à Agra Presse. L’objectif du syndicat était de progresser partout. Par ailleurs, la Conf’dépasse le seuil de représentativité (10 %) dans trois nouvelles chambres : Île-de-France, Lot-et-Garonne et Allier.
La Confédération paysanne ne sera pas parvenue à profiter pleinement de la crise. En visant essentiellement les enseignes de grande distribution et leurs centrales, la Conf' n’a pas réussi à se démarquer dans les médias, comme elle le fit aux grandes heures de José Bové, ou comme y parvinrent les « bonnets jaunes » de la CR.
MR, YG
Hors des syndicats, Jérôme Bayle réussit son pari en Haute-Garonne
La liste asyndicale des « Ultras de l’A64 » a remporté la chambre d’agriculture de Haute-Garonne, avec 41,06 % des voix du collège 1 (chefs d’exploitation), selon les résultats officiels publiés le 6 février par la préfecture. Les syndicats établis arrivent loin derrière : 25,64 % pour FNSEA-JA, 18,21 % pour la Confédération paysanne, 15,09 % pour la Coordination rurale. La liste des « Ultras de l’A64 » est pilotée par Jérôme Bayle, figure médiatique des blocages autoroutiers de l’hiver 2023-2024. Il ne fait pas partie de la liste, qui est menée par Christian Déqué, éleveur et président du GDS (groupement de défense sanitaire) du département. « Les gens ne croient plus aux syndicats », estimait M. Bayle, ancien membre de la FDSEA, dans un entretien accordé à Agra Presse en décembre 2024, avançant que « moins de 10 % des agriculteurs sont syndiqués » en Haute-Garonne. La liste des « Ultras de l’A64 » vise selon lui à « remettre du lien entre les agriculteurs du département ». Rappelant la diversité des productions locales, il plaide notamment pour la création d’une « filière locale d’engraissement avec 100 % de céréales de Haute-Garonne ». Même s’il a promis d’accueillir les syndicats au bureau de la chambre en cas de victoire, M. Bayle surfe ouvertement sur une vague dégagiste. L’un de ses slogans ? « Servir les agriculteurs avant de se servir ».
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