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Manifestations : une deuxième semaine marquée par des dégradations

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Les appels des syndicats majoritaires à des actions « sans atteintes aux biens et aux personnes » n’auront pas suffi à empêcher des dégradations, notamment à Montauban. À Paris, les militants FNSEA/JA ont symboliquement muré les entrées de l’Anses et de l’Inrae.

La FNSEA voulait des manifestations « sans atteintes aux biens et aux personnes ». Une consigne qui n’a pas été respectée à Montauban. Le 26 novembre, le chef-lieu du Tarn-et-Garonne a accueilli une « importante manifestation agricole », avec « plus de 500 participants et 150 tracteurs et bennes », selon un communiqué de la préfecture. Les agriculteurs ont déversé « des centaines de tonnes de détritus » devant « trois bâtiments de l’État », rapportent les pouvoirs publics. Et de constater de nombreuses dégradations : « portail et clôture enfoncés, introduction dans des locaux, tags visant les services de l’État, bris de vitre, projection de fumier et d’huile sur les murs de bâtiments ». Des actes condamnés par le préfet, qui a indiqué porter plainte. Plus baroque : après cette action, les manifestants ont également saccagé le siège départemental du PCF (parti communiste), à 500 m de là – par erreur, assurent les JA.

En Île-de-France, les syndicats majoritaires ont choisi des cibles symboliques. Dans la matinée du 28 novembre, une centaine d’agriculteurs FNSEA/JA ont érigé un mur en cartons pour bloquer symboliquement l’entrée de l’Anses, à Maisons-Alfort (Val-de-Marne), après avoir mené une action similaire à l’aube devant l’Inrae. Le mur de cartons visait à exhorter l’Anses à « déménager à Bruxelles, pour qu’elle arrête de contredire les réglementations européennes » sur les pesticides, a expliqué le président de la FDSEA de Seine-et-Marne, Cyrille Milard, à l’AFP. À l’aube, les mêmes manifestants avaient érigé un mur de parpaings devant le siège de l’Inrae, à Paris, et brandi une banderole « À vendre, ne sert plus à rien – Bail à céder – Économie réalisée : 1,1 Milliard € ». « On finance un institut national à 1 Md€ par an qui ne nous rapporte que des contraintes », a déploré Donatien Moyson, coprésident des JA Île-de-France Ouest, auprès de l’AFP.

Trois associations de FNE visées en 24 h

« Les critiques visant notre institut ne rendent pas compte des recherches menées », qui ont débouché sur « des solutions concrètes pour l’agriculture », a sobrement répliqué l’Inrae dans un communiqué. Et l’institut public de se considérer comme « une force pour l’agriculture française ». De son côté, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard a condamné – comme elle l’a déjà fait« avec la plus grande fermeté toute atteinte aux personnes et aux biens, qui nuit aux revendications légitimes des agriculteurs », dans une déclaration à l’AFP.

Par ailleurs, en 24 h, trois associations membres de France Nature environnement « ont été ciblées par des agriculteurs », dénonce l’ONG, citant la CR, la FNSEA et les JA. Des actions qui se sont déroulées à Gap (Hautes-Alpes), Coutances (Manche) et Châteauroux (Indre), rapporte Ouest-France. Dans ce dernier cas, « les salariés présents dans les locaux ont été menacés », précise l’association, qui dit porter plainte.

Blocages d’un port méditerranéen et d’un site Danone

En tout, mercredi 27 novembre, 28 actions ont eu lieu dans 24 départements, ont indiqué les autorités à l’AFP, impliquant 1 600 personnes et 479 engins agricoles, et ciblant « davantage les bâtiments publics ». Après une première semaine de mobilisations contre l’accord UE/Mercosur, les syndicats agricoles dénonçaient lors de cette deuxième phase les « entraves à l’agriculture », selon la FNSEA. La semaine a été émaillée par de nombreux blocages, comme celui mené par les JA de l’Aude au port de Port-la-Nouvelle, qui comporte notamment un dépôt pétrolier. Déversement de fumier et de laine à Nice, mur de parpaings devant la préfecture à Nantes, rond-point occupé près de Toulouse : les modes d’action étaient à la main des départements.

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De son côté, la Coordination a ciblé plusieurs plateformes de la grande distribution, et a bloqué l’accès à l’usine Danone à Villecomtal-sur-Arros (Gers), afin de contraindre l’industriel à utiliser des matières premières françaises pour ses laits végétaux. Les actions musclées du deuxième syndicat ont souvent été condamnées par les pouvoirs publics, avec dépôts de plainte à la clé. Ce fut le cas en Lot-et-Garonne, où le préfet Daniel Barnier a annoncé saisir la justice – ce qu’il n’avait pas fait en février après de précédentes actions à Agen de la CR. Une procédure judiciaire lancée « conformément aux consignes reçues du ministre de l’Intérieur, recommandant l’accompagnement des manifestations dans le respect de la liberté de manifester, mais la plus grande fermeté dès lors qu’elles engendreraient des atteintes aux biens ».

Tensions autour d’une visite d’Arnaud Rousseau

De son côté, la préfecture des Landes a également confirmé à l’AFP le dépôt d’une plainte le 21 novembre pour un incendie volontaire la veille dans l’enceinte de la DDTM lors d’une action de la CR. Et en Creuse, l’OFB a déposé deux plaintes à la suite des incidents intervenus le 19 novembre lors d’une action de la CR, au cours de laquelle une porte avait été brisée et plusieurs pièces saccagées.

Dernier signe – s’il en fallait encore – de la tension qui règne entre syndicats à la veille des élections des chambres : la venue d’Arnaud Rousseau au congrès de Légumes de France, le 22 novembre à Agen, a été largement perturbée par la CR. Le président de la FNSEA a dénoncé les « méthodes lamentables » et les « menaces pas acceptables » de représentants du syndicat concurrent, dans une déclaration à l’AFP. « Je rappelle que la FNSEA et les Jeunes agriculteurs sont majoritaires dans 95 % des chambres [d’agriculture] et que, pour ma part, jamais je n’accepterai que la présidente de la Coordination rurale ne puisse pas aller dans un département, qu’elle soit menacée physiquement », a déclaré M. Rousseau.

Dans une atmosphère électrique, les militants de la CR avaient hué le patron de la FNSEA, le laissant rejoindre son véhicule sous escorte policière, pour quitter le congrès national des producteurs de légumes où il venait d’intervenir. « Vous ne l’empêchez pas de sortir mais qu’il voie bien qu’en Lot-en-Garonne, on est chez nous », a lancé à ses troupes Serge Bousquet-Cassagne, président (CR) de la chambre d’agriculture du département.

À Montauban, « des centaines de tonnes de détritus » déversées

Au moins trois préfets, ainsi que l’OFB, ont porté plainte