La FNSEA et les JA lanceront le 26 novembre une deuxième semaine de mobilisation pour « dénoncer les entraves à l’agriculture ». Les syndicats majoritaires ont mené les 18 et 19 novembre une démonstration de force sans débordement notable, tandis que la Coordination rurale a multiplié blocages et actions musclées dans le Sud-Ouest.
Une semaine de manifestations s’achève, la suivante se prépare déjà : alors que la FNSEA et les JA ont démarré leur mobilisation lundi 18 novembre, « dès la semaine prochaine, mardi, mercredi et jeudi, à l’initiative des départements, nous serons à nouveau sur le terrain », a annoncé Arnaud Rousseau le 20 novembre sur France Info. Selon le président de la FNSEA, cette deuxième phase visera à « dénoncer les entraves à l’agriculture » (lourdeurs administratives, distorsions de concurrence, etc.). Comme la semaine passée, le choix des thématiques et des modes d’action reviendra aux départements, qui pourront cibler « des représentants de l’État, des agences ou des administrations ».
Comme évoqué en conférence de presse le 13 novembre, le mouvement FNSEA/JA connaîtra ensuite une troisième phase consacrée au revenu agricole « début décembre », avant les négociations commerciales, a précisé M. Rousseau, toujours sur France Info. « On sera intraitable sur le respect du coût de la matière première agricole », a-t-il indiqué précisant sa « ligne rouge » : « Le fait que l’agriculteur ne soit pas la variable d’ajustement » des discussions tarifaires.
Rousseau « n’oublie pas les sujets nationaux »
Moins d’un an après le mouvement de colère de l‘hiver 2023-2024, le syndicalisme majoritaire a relancé sa mobilisation le 18 novembre, notamment contre la signature de l’accord commercial UE/Mercosur et plus largement contre « l’Europe passoire ». Deux journées d’action multiformes : barrages filtrants, « feux de la colère », manifestations devant les préfectures, dépôts de panneaux de signalisation etc. Au micro de RMC, lundi 18 novembre, le président des JA Pierrick Horel recensait « 85 points de manifestation » dans l’Hexagone. Quelque 68 actions ont été menées dans la nuit du 18 au 19 novembre, rassemblant 7 180 agriculteurs et 1 898 engins agricoles, indiquaient de leur côté les autorités à l’AFP.
Dès dimanche soir, des manifestants ont partiellement bloqué la RN 118 à Villacoublay (Yvelines), non loin de l’aéroport militaire d’où décolle fréquemment le président de la République pour ses déplacements à l’étranger. Une action symbolique alors qu’Emmanuel Macron a participé au G20 à Rio de Janeiro (Brésil) les 18 et 19 novembre. Autres actions notables menées par la FNSEA et les JA : le blocage du pont de l’Europe à Strasbourg, cinq convois de tracteurs convergeant vers Périgueux, ou encore le blocage d’un pont à Avignon. Au-delà de l’accord avec le Mercosur, « on a aussi des sujets nationaux et on ne les oublie pas », ajoutait Arnaud Rousseau sur France Info. « On a obtenu un tiers [des mesures promises début 2024], il y a deux tiers à aller chercher. »
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Actions musclées de la CR dans le Sud-Ouest
À quelques semaines des élections des chambres d’agriculture, les autres syndicats ne sont pas en reste. Ainsi, « plus de 150 » membres de la Confédération paysanne ont manifesté devant la chambre d’agriculture à Tulle (Corrèze), pour « dénoncer les conséquences de l’agrivoltaïsme sur l’installation ». Le Modef, après s’être mobilisé le 8 novembre devant la préfecture de Tulle, s’est rendu à celle de Limoges (Haute-Vienne) le 14 novembre. Mais c’est surtout la Coordination rurale qui s’est distinguée par ses actions musclées. Le 20 novembre, ses militants ont bloqué des centrales d’achat de la grande distribution, notamment à Beychac-et-Cailleau (Gironde) et à Mont-de-Marsan (Landes), rapporte l’AFP. La CR bloquait aussi le port de Bordeaux – une action toujours en cours dans la matinée du 21 novembre. Après avoir lancé sa mobilisation le 19 novembre, principalement devant les préfectures, le deuxième syndicat a ainsi mis à exécution sa menace de « bloquer le fret alimentaire » en l’absence de réponse.
Mardi, la première journée d’action de la CR avait été marquée par la dégradation des locaux de l’OFB dans l’Oise et dans la Creuse, ainsi que par des déversements de fumier devant les préfectures à Limoges ou à Agen. Dans le Lot-et-Garonne, justement, les deux coprésidents de la CR départementale refusaient de quitter les lieux et ont dû être évacués par les forces de l’ordre dans la soirée du 19 novembre. Par ailleurs, mercredi 20 novembre à la mi-journée, le syndicat a levé son blocage, démarré la veille, au péage du Boulou, à la frontière franco-espagnole.
Blocages « pas acceptables » pour Genevard
Dans les Landes, les membres de la CR ont allumé un feu « dans l’enceinte de la DDTM » et effectué des « dépôts sauvages » à la MSA, selon la préfecture, qui a condamné ces actes. En congrès dans la Vienne les 19 et 20 novembre, la CR a confirmé son tropisme pour le sud-ouest, théâtre de manifestations devant les préfectures (Aveyron, Charente-Maritime, Dordogne, Lot-et-Garonne, Landes, Pyrénées-Atlantiques, etc.). Sans s’interdire quelques incursions plus au nord, comme dans les Ardennes.
De son côté, le 20 novembre sur France 2, la ministre de l’Agriculture a estimé que « s’en prendre aux biens, s’en prendre aux personnes, bloquer durablement le pays, ça n’est pas acceptable ». Pour Annie Genevard, les blocages ne sont « pas raisonnables et ne [servent] pas la cause agricole ». « Les Français ont de la sympathie pour leurs agriculteurs. Si demain, à l’approche de Noël, certains membres de ces organisations syndicales bloquent le pays, je pense que véritablement cette sympathie […] se dissipera », a-t-elle prévenu. Du côté des syndicats, la FNSEA prévoit une trêve pour la fin de l’année, mais pas la CR.