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Une agriculture de précision facilitée pour les agriculteurs grâce à Centipede RTK

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Le réseau Centipede RTK peut servir pour guider avec précision les tracteurs et les drones Crédits : © DJI-Agras/Pixabay

Avec l’émergence de l’agriculture de précision, les agriculteurs font appel à des services de guidage disponibles sur abonnement, souvent coûteux. Pour démocratiser cette technologie, l’Inrae, accompagné de partenaires académique, privé et associatif, déploie Centipede RTK, un outil open source, gratuit et accessible à tous. 

« Ma première frustration avec les systèmes de guidage propriétaires était de ne pas savoir ce qu’il y avait dedans, c’est une boîte noire. Cela coûte très cher et si l’entreprise ferme, on perd tout », explique Julien Ancelin, fondateur du réseau Centipede RTK, développeur et chef de projet à Inrae. Lui-même agriculteur en Charente-Maritime, à une vingtaine de kilomètres de La Rochelle, il a éprouvé le « besoin d’être autonome sur le système de correction RTK. J’avais déjà un abonnement payant, avec un tracteur équipé pour l’agriculture de précision et cela représentait entre 500 et 800€ par an, sur une petite exploitation. Je réfléchissais déjà à la méthode pour être autonome. » Ce qui a commencé comme un projet personnel avec l’installation d’une base unique de positionnement par satellite (GNSS, Global Navigation Satellite System) est devenu à partir de 2019 un réseau de bases connectées. « Très rapidement, je me suis rendu compte qu’en cas de panne chez moi, je ne pouvais pas travailler, d’où le besoin de me mettre en réseau pour être sûr de pouvoir aller dans mon champ, même en cas de panne de courant », se souvient-il. 

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Le principe du réseau Centipede RTK était né. Open source, gratuit, sans abonnement, accessible à toute heure quelles que soient les conditions météo et compatible avec les systèmes de guidage de précision existants, le réseau promet une alternative aux agriculteurs. Il peut servir aussi bien pour piloter un tracteur, qu’un drone ou un robot agricole autonome. Pour rejoindre le réseau, les agriculteurs sont encouragés à fabriquer leur propre base, à l’aide d’une documentation mise en ligne sur le site web du réseau. « Tout y est décrit, de la fabrication de la base, au paramétrage en suivant le tutoriel », glisse Julien Ancelin. L’investissement est vite rentabilisé, selon lui. « Le coût d’une base représente le prix d’un abonnement RTK pour un seul tracteur par an. » Les moins bricoleurs peuvent même les acheter déjà assemblées et prêtes à l’emploi. Une fois les vérifications faites, la base devient accessible à tous les utilisateurs de Centipede RTK. « Cette vérification permet de s’assurer que toutes les bases du réseau utilisent le même référentiel, et de garantir un réseau fiable et interopérable entre les acteurs. » 

Une idée qui séduit aussi à l’international 

Selon son fondateur, toutes les activités agricoles peuvent bénéficier de cet outil : « Cela va du maraîchage à la viticulture, même si la majorité des utilisateurs travaillent dans les grandes cultures, parce qu’ils sont souvent déjà équipés avec ces technologies. » Par exemple, avec un guidage de précision de type RTK, un tracteur ne va pas repasser au même endroit en travaillant le sol ou en administrant un traitement. « Cela représente un gain de temps de travail, de coût mécanique, de gasoil et d’intrants. » En viticulture, le guidage de précision aide à la traçabilité. « Cela permet de savoir où on est déjà passé pour un traitement et de s’assurer qu’il n’y a pas eu d’oubli », assure Julien Ancelin. Avec une base à moins de 30 km, l’agriculteur peut s’assurer un guidage avec une précision proche du centimètre

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Pour la diffusion de son idée, Julien Ancelin savait pouvoir compter sur l’entraide entre agriculteurs. « Le réseau fonctionne aussi parce que la coopération entre agriculteurs fonctionne. Avec Centipede RTK, chacun devient acteur du réseau et apporte sa pierre à l’édifice. » Aujourd’hui, le réseau compte environ 900 bases dans le monde, dont 670 en France, et chaque semaine de nouvelles bases sont ajoutées à la carte disponible sur le site internet. Difficile néanmoins de connaître le nombre d’agriculteurs qui utilisent le réseau au quotidien, chaque base pouvant servir à plusieurs exploitants, mais aussi à des instituts de recherche ou des centres de formation. « En ce moment, on gagne environ 1000 utilisateurs par an », estime Julien Ancelin. « Nous sommes en train de passer un pallier. » 

Avec le bouche-à-oreille, le réseau trouve de plus en plus d’adeptes, y compris à l’étranger, où Centipede RTK est déjà présent. « Nous avons des bases en Norvège, au Danemark, en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Canada », énumère le fondateur du réseau. En France, certaines chambres d’agriculture lancent des initiatives pour promouvoir le réseau auprès de leurs adhérents. C’est le cas de l’Occitanie, avec le projet CentipOc, qui « met en place de l’accompagnement aux agriculteurs, cela permet aussi de mutualiser l’achat d’une antenne ou de monter des formations », et du projet transfrontalier CVOconsoles, mené par l'organisme Wallon WalDigiFarm et les chambres d'agriculture des Haut-de-France.