Les services statistiques du ministère de l’Agriculture (Agreste) ont donné de premières prévisions de récoltes encourageantes. En régions, la plupart des retours restent positifs, avec une certaine hétérogénéité, surtout concernant les taux de protéine. La fin des moissons est proche.
Les services statistiques du ministère de l’agriculture (Agreste) ont publié leur première prévision de récolte française 2025 de blé tendre, dans leur rapport mensuel du 15 juillet. Elle est attendue à 32,6 Mt, en hausse de 7 Mt par rapport à l’année catastrophique de 2024. Certains analystes, notamment le cabinet de courtage Plantureux et Associés, tablent sur un chiffre un peu plus élevé. En orge, elle atteindrait 11,77 Mt, contre 9,9 Mt l’an dernier. En colza, Agreste maintient sa première projection survenue le mois antérieur, à 4,2 Mt (3,87 Mt l’an dernier). Du côté du blé dur, les volumes sont espérés à 1,26 Mt, un niveau proche de 2024 (1,23 Mt). Notons la forte progression de la moisson de féveroles, de 80 000 t environ annuellement, à 295 000 t. En pois, elle est évaluée à 514 000 t, contre 487 000 t l’an passé. Les coupes n’étant pas encore finalisées, les prévisions sont amenées à évoluer lors des prochaines publications.
Les échos collectés en région tendent à confirmer les bons chiffres, sachant que la fin des moissons, très précoces, est imminente. « Il ne devrait pas rester beaucoup de blé sur pied en France d’ici le 20 juillet », témoigne Benoît Piètrement, président d’Intercéréales. Les récentes pluies ont néanmoins stoppé les travaux dans certains secteurs, sachant que d’autres sont attendues dans les prochains jours. La qualité de certains lots pourrait en souffrir, tandis que le maïs et le tournesol voient d’un bon œil cette arrivée d’eau.
Plus beaucoup de blé sur pied d’ici le 20 juillet
En Vendée, Cavac retrouve une belle collecte
Si la récolte des orges et des colzas est par exemple terminée depuis plusieurs jours déjà pour la coopérative vendéenne Cavac (1 Mt de collecte), celle des blés s’achève « avec une quinzaine de jours d’avance », précise Loïc Guitton, directeur du pôle végétal. « Tout est allé très vite. Même si quelques restrictions de battage la journée, lors de la canicule, ont un peu compliqué la logistique, tout s’est bien passé. Après un automne très arrosé et des implantations parfois compliquées, le bilan est plutôt très positif. » Avec des rendements moyens autour de 80 q/ha, les orges d’hiver frôlent « l’exceptionnel ». En colza, les résultats sont un peu plus hétérogènes mais restent très bons, autour de 40 q/ha de moyenne, avec de belles surprises dans la zone du bocage.
Pour les blés, moissonnés à 95 %, le bilan devrait dépasser de 10 q/ha la moyenne pluriannuelle pour atteindre près de 78 q/ha. « Un excellent millésime qui fait oublier la collecte d’été 2024, divisée par deux, confirme-t-il. Si les PS sont bons, les taux de protéines sont un peu décevants. Cela va nous obliger à travailler davantage le grain. » Si la récolte du blé dur, des lentilles et du lin s’annonce également très belle, les maïs et tournesols souffrent, comme dans d’autres régions, du manque d’eau.
En Normandie, la pluie stoppe les récoltes, jusque-là satisfaisantes
Dans la zone sud de Natup (2 Mt de collecte), près de 90 % des parcelles sont récoltées, « avec de bonnes surprises en orge d’hiver, entre 60 et 90 q/ha et de très belles qualités », note Pauline Falubet, responsable du service collecte. Belles performances également en colza avec des parcelles, notamment dans l’Eure-et-Loir, qui dépassent les 50 q/ha. Le bilan des blés est plus hétérogène : « Cela va de 40 à 100 q/ha mais la qualité est là, y compris pour les protéines, entre 11 et 11,5. » En Seine-et-Marne et dans le nord de l’Eure, la récolte est stoppée par la pluie mais les premiers échos, près de 40 % des surfaces, sont prometteurs.
Chez Sévépi (470 000 t de collecte) aussi, la moisson est à l’arrêt : à peine 50 % des volumes sont récoltés. « Contraste entre la zone sud où tout sera fini dans 2 jours et plus au nord où la récolte commence à peine, confie Aurélien Caurier, le directeur général. La pluie n’est pas une bonne nouvelle pour la qualité des céréales encore sur pied mais s’annonce en revanche salvatrice pour les maïs. » Quant au premier bilan à date, « pour les blés, nous devrions être sur notre moyenne quinquennale, guère plus, avec des hétérogénéités selon le type de sol. Les meilleures terres ne sont pas encore récoltées. » Les bilans sont également bons pour les orges et les pois de printemps, ainsi que pour les colzas.
Dans le Grand Est, de bons rendements mais les protéines décrochent
La moisson suit son cours dans le Grand Est. En Lorraine, la moitié des blés avaient été récoltés le 16 juillet, d’après la Coopérative agricole Lorraine (Cal). « Hors stockage ferme, les blés sont à 10 % de plus que la moyenne olympique des dix dernières années, soit environ 70 q/ha », explique Pierre-Antoine Ferru, directeur général de la Cal. Les orges d’hiver et les colzas devraient également enregistrer une hausse de 10 % en volume. Mais ces rendements élevés ont eu un impact négatif sur la protéine, plutôt faible. 20 % environ des blés vont être déclassés en fourragers.
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Même son de cloche chez Cérèsia, dans la Marne : « Dans plusieurs zones, la sécheresse a empêché la fertilisation d’être optimisée, ce qui se ressent dans des taux de protéine au-dessous de 11 », explique Baptiste Blanche, responsable collecte. Les calibrages des orges sont excellents, atteignant 96 dans la Marne, et les PS des blés sont bons, à 80 en Champagne, et 78 en Lorraine. « Mais les pluies des jours à venir risquent de dégrader les poids spécifiques, met en garde Pierre-Antoine Ferru. 10 mm d’eau correspond en moyenne à une perte d’un point de PS. »
Dans l’Oise, bonnes surprises en colza chez Valfrance
Au 16 juillet, 90 % des chantiers de récolte de Valfrance (835 000 t de collecte) étaient finalisés. « Dans deux jours, tout devrait être terminé, confirme Hugues Desmet, responsable de la collecte. Le rythme a été soutenu. Le bilan des orges d’hiver est très bon avec des rendements allant de 60 à 115 q/ha, pour une moyenne proche des 80 q/ha. Des résultats cohérents en fonction du type de sol et de la qualité du semis : seules les petites terres décrochent. » La bonne surprise vient des colzas, « avec une moyenne à 42 q/ha et des pointes à plus de 50 q/ha. Le tout, avec d’excellents taux d’huile ».
Pas d’inquiétude non plus du côté des blés tendres. « Comme pour l’orge, la moyenne devrait atteindre le seuil haut, à plus de 80 q/ha avec des PS très élevés, de 80 à 82 avant les pluies et de 76 à 77 après, ce qui reste très bon. La protéine est, elle, un peu faible depuis le début de la moisson mais avec une moyenne à 10,9, rien d’alarmant pour l’export où l’allotement permet d’atteindre aisément les 11 requis. La qualité sanitaire est elle aussi au rendez-vous. » La panne sur l’écluse du Coudray (Essonne) qui perturbait la circulation des péniches à gros gabarits sur la Seine, devrait être résolue dans les jours à venir : un soulagement pour la coopérative qui devrait ainsi voir sa logistique se fluidifier.
D’excellents taux d’huile dans l’Oise chez Valfrance en colza
En Auvergne-Rhône-Alpes, des craintes pour les cultures de printemps
La moisson 2025 s’achève en Auvergne-Rhône-Alpes, avec des résultats globalement bons, comme sur le reste du territoire. « Habituellement nous sommes aux alentours de 32 qx/ha pour le colza, explique Raphaël Comte, directeur métier du grain chez Oxyane. Cette année, nous devrions atteindre 37 à 38 qx/ha. » Par ailleurs, les lots livrés étant très secs et sans impuretés, les adhérents de la coopérative pourront percevoir un bonus. Du côté du négoce Bernard, les rendements sont également bons, à 39 qx/ha pour le colza, et 70 qx/ha pour les orges fourragères. « En blé, la situation est plus mitigée, avec des rendements qui vont de 53 à 90 qx/ha, observe Xavier Bernard, président du négoce. La qualité est bonne, avec un PS à 78,6 et une protéine à 11,2 %. Les blés améliorants atteignent 82 kg/hl pour le PS et 14,5 % pour la protéine. »
Chez Oxyane, une partie des blés de force a cependant dû être requalifiée en blés meuniers traditionnels, les taux de protéines nécessaires n’ayant pas été atteints. Autre sujet d’inquiétude pour la coopérative, la sécheresse, qui dure et risque de mettre à mal les cultures de printemps, qui représentent 50 % de la sole d’Oxyane. « Nous avons déjà réévalué nos prévisions à la baisse pour le maïs et le soja, car il y aura des pertes irrécupérables », signale Raphaël Comte.
Dans les Hauts-de-France, la première partie de la récolte des blés bat des records
Alors que la récolte est bien avancée en Picardie, elle débute seulement dans le Nord-Pas-de-Calais. Chez Carré (945 000 t de collecte), « les deux tiers du prévisionnel sont déjà rentrés au 17 juillet, c’est du jamais vu, confirme Maximilien Carré, gérant du négoce éponyme. Le bilan des colzas est exceptionnel, entre 45 et 50 q/ha, encore mieux qu’en 2022. Pour les orges, à 85 q/ha, c’est correct sans plus pour la région mais la qualité est très bonne. La moyenne des blés devrait se situer à 90 q/ha avec de moins bons résultats pour les parcelles semées après le 15 novembre. Pour les plus précoces, les 120 q/ha sont parfois atteints et ce, avec une qualité exceptionnelle, y compris en protéines (11,5 de moyenne). »
Même constat chez Unéal où Maxime Thuillier, responsable de la collecte, explique que les pluies de fin de cycle ont permis de reminéraliser l’azote disponible, permettant un remplissage des grains optimal. Les agriculteurs qui ont apporté le 3è apport battent des records. » Il souligne toutefois que la zone ouest de la coopérative reste à récolter, « là où en général, les taux de protéines sont souvent un peu plus faibles. » Pour les cultures industrielles aussi, les prévisions sont positives : les parcelles de betteraves sont belles et saines, tout comme celles de pommes de terre, y compris dans les situations non irriguées.